Chronique : Kenshin le Vagabond, la trilogie

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L’année 2016 a surtout été l’occasion de redécouvrir l’œuvre Kenshin le Vagabond manga de Nobuhiro Watsuki au format trilogie live-action avec l’arrivée en France (direct-to-dvd) des trois films réalisés par Keishi Ôtomo avec une nouvelle approche de l’histoire et surtout la preuve que les Japonais peuvent réaliser des films à grand spectacle et bien écrits avec quelqu’un qui sait se servir de sa caméra sans s’accrocher au modèle scolaire du drama.

A l’aube d’une ère nouvelle, le légendaire tueur Battosai décide de se retirer. Dix ans plus tard, un homme doté d’une incroyable dextérité fait son apparition. Ce combattant hors pair qui se fait appeler Kenshin rôde tel un vagabond sur les routes du Japon. Armé d’un sabre dont la lame ne peut pas tuer, il tente de protéger un idéal dans une nation plongée dans le chaos…

Ses inspirations et son exécution sont très proches du Zatoichi de Takeshi Kitano avec un écho non-lointain des 13 Assassins de Takashi Miike, la chorégraphie et l’ampleur des combats au sabre atteint des sommets de maîtrise et de jamais-vu (le combat final du dernier opus vous retournera) n’ayant rien à envier au genre de Tsui Hark et surtout ridiculisant avec une petite claque sur les fesses les cabrioles de George Lucas sur sa prélogie Star Wars. Construite sur le même schéma que la trilogie originale de la Guerre des Etoiles d’ailleurs, la trilogie Kenshin (Kenshin: Les Origines, Kenshin: Kyoto Inferno, Kenshin: La Fin de la Légende) se réapproprie le schéma du héros avec toute l’originalité de l’histoire du manga dont elle est tirée et la particularité de son héros à la morale et au dilemme aussi intelligent que peu commun dans le genre : notre rouquin à la cicatrice en croix décide de s’affranchir de son passé sanglant et tragique d’assassin de clan en ne voulant plus jamais ôter la moindre vie, mais on ne chasse pas les fantômes du passé aussi facilement.

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Le premier film s’impose irrémédiablement comme celui de la rencontre, de la démonstration, de la pose des bases avec une ambiance correctement dosée entre le divertissement absolu, de l’humour et quelques pics de noirceur tandis que les deux séquelles s’identifient au changement de ton similaire à l’Empire contre-attaque. Sombre, grave, au ton apocalyptique (la séquence de l’incendie de Kyoto est glaçante) où aucun personnage ne semble à l’abri d’un destin cruel, les deux derniers volets concluent la trilogie de manière épique et donnant par ailleurs la réplique à l’antagoniste aussi charismatique, emblématique et increvable de Makoto Shishio tant apprécié par les fans du manga originel, campé par un Tetsuya Fujiwara (Battle Royale, Death Note) aussi méconnaissable qu’effrayant.

On aurait pu penser qu’un tel projet d’adaptation tombe dans le défilé au cosplay, la surchorégraphie stylisée et au surjeu absurde dont les Japonais sont friands, pourtant Kenshin évite habilement chacun de ses pièges. Chaque personnage semble sortir d’une véritable fresque historique, même l’improbable Shishio a l’air vrai, Sato Takeru (Kenshin) prend ses marques dans le premier opus alors qu’il donne vie à son héros sur les deux films suivants en lui insufflant, avec dosage méticuleux, autant de naïveté que de noirceur, de douceur que de torture. Avec une volonté de privilégier les décors réels naturels, les effets spéciaux pratiques plutôt que la facilité d’acteurs numériques pour les situations les plus décoiffantes, on y croit et c’est bien là tout l’enjeu des films d’Ôtomo, ramener le langage de la bande-dessinée dans celui plus terre-à-terre de l’écran avec son pourcentage de réalisme. D’une façon générale, la moindre scène d’action assure pleinement son spectacle, avec un Kenshin toujours aussi tourmenté par ses démons, contraint à se défendre sans basculer dans son état d’assassin implacable, donnant droit à un florilège de scènes dynamiques, avec un sabre à lame retournée fouettant violemment les adversaires au rythme incroyable d’un Kenshin rapide et précis, brisant os et mâchoires dans ses moulinets violents.

Rurouni Kenshin (live action movie 2):

Le côté unique et frais de Kenshin réside surtout dans son pied ancré dans la réalité ainsi qu’à son contexte politique réel de la guerre civile de la fin du Bakufu, période trouble de l’Histoire japonaise, voyant notre héros vagabond faire références à des événements tels que l’affaire Idekaya ou la bataille de Toba-Fushimi, rencontrer et collaborer avec certaines figures historiques dans des décors réels et des plans naturels d’une rare beauté. Kenshin le Vagabond est une épopée immanquable, dépaysante et très neuve dans son cinéma en plus d’être la meilleure adaptation d’un manga japonais depuis les deux Crows Zero de Takashi Miike. La trilogie Kenshin incarne un voyage aussi onirique que sanglant, écrit par le sabre dans le sang, la sueur et les larmes, une quête de rédemption de vies happées au lendemain d’une période trouble pour l’historique nippon.

Les seuls regrets qui restent en fin de voyage sont la frustration de ne pas avoir davantage de séquences sur le douloureux passé de notre petit rouquin balafré, même si en quelques flashbacks et séquences clés, l’essence même de son caractère violent et tortueux est capté avec aisance. La volonté également d’avoir voulu découper l’arc narratif bien trop gourmand de Kyoto sur deux films entiers, n’épargne pas l’histoire de souffrir de lourdeurs dans son écriture et de longueurs dans sa narration, mais évite encore une fois le modèle d’Hollywood où le célèbre « part one » d’un tel découpage donne une scène d’exposition de quasiment deux heures sans rupture de ton et emballement de rythme. Sans atteindre la quintessence des métrages animés, Mémoire & Expiation, où la poésie et la mélancolie règnent de manière pesante, même étouffante, la trilogie d’Ôtomo rend au samourai sa dimension spectaculaire, et sa relecture de l’histoire de Kyoto en deux parties se veut de bien meilleure facture que la version animée de 2011 Shin Kyoto-Hen.

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Réalisée avec moins de moyens que nos blockbusters occidentaux, ce qui la rend plus authentique, palpable et viscérale, portée par des acteurs très justes dans leurs rôles, et bien écrite la saga Kenshin est un divertissement où le fun, la grandiloquence et le grand spectacle rencontrent le drame historique violent et le désir de rédemption. Clairement ce qu’il vous faut impérativement si vous êtes lassés de nos franchises actuelles aseptisées et que vous êtes en demande d’un cinéma plus neuf. Véritable symphonie pour un vagabond, Kenshin méritait sa sortie en salles.

Julien-K

Note du rédacteur :