Chronique : Les Gardiens de la Galaxie vol. 2

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C’est qu’il était attendu le nouveau film de James Gunn. Suite du très réussi premier volet des Gardiens de la Galaxie pour le compte des studios Marvel, ce second épisode se devait de confirmer l’essai de ce qui s’inscrivait dans le meilleur qu’avait produit le  Marvel Cinematic Universe, de plus frais, surprenant et original autant dans son propre paysage que dans celui du blockbuster américain. 

Fort d’une formule imparable exploitée dans le premier, un pied dans l’esthétique rétro des folles années Jodorowsky, Métal Hurlant et George Lucas, Les Gardiens de la Galaxie vol. 2 repousse encore un peu plus les frontières de la photographie numérique pour s’imposer comme l’oeuvre visuelle à la patte graphique la plus pétillante de ces dernière années. James Gunn, à la manière d’Edgar Wright et Matthew Vaughn dans son approche du comicbook-movie, insuffle une âme particulière et joue avec les codes de la BD, du cinéma et du cartoon avec un second degré constant, assumé et naturel à son long-métrage.

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Alors que le premier volet de la nouvelle franchise cosmique des Marvel Studios passait avec nous le deal du décalage loufoque et des codes de l’insouciance propre aux années 70/80, le second creuse plus profondément encore ces bases et profite d’une carte-blanche intégrale accordée à son cinéaste pour se payer une écriture dans le développement des personnages bien plus soignée que la moyenne. Plus sombre, plus barge, plus drôle, plus spectaculaire, plus poétique aussi, Les Gardiens de la Galaxie vol .2 combine tous les atouts de la suite « bigger & louder » qui effraiera même certains fans les plus assidus de la franchise Marvel.

Car oui, Les Gardiens de la Galaxie vol. 2 s’avère déroutant dans son flot d’excès, met à mal les standards et les repères, trace à fond dans chacun de ses aspects, les appuie, les souligne jusqu’à l’exagération la plus improbable d’un joyeux bordel aux couleurs somptueuses que l’on croirait sorties des planches signées Jack Kirby. Le film se paie même avec culot sûrement les meilleurs moments sur pellicule du Marvel Cinematic Universe et parmi les plus stylisées du milieu du divertissement actuel via mise en scène astucieuse et même ingénieuse (le générique d’ouverture en plan-séquence, la séquence du massacre sur ‘Come a Little Bit Closer‘ de Jay & The Americans n’a rien à envier à la monstrueuse tuerie de l’église du premier Kingsman de Matthew Vaughn).

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Mais Les Gardiens de la Galaxie vol. 2 n’est pas qu’une roue-libre visuelle à la beauté léchée et à la pluie référentielle (pensez à Gurren Lagann lors du dernier acte !) c’est également le film qui offre le plus de thématiques intimes, celui qui sait poser le silence, marquer la pause et prend le plus le temps de récupérer chaque personnage où on l’a laissé dans le film précédent pour plonger plus en abysse dans sa psyché, ses conflits afin d’en faire remonter une ligne conductrice sur l’amour et la famille.

En funambule entre son premier degré grave et son second à la fois cynique et burlesque, voire même cartoonesque (à causer des fou rires) mais jamais régressif, James Gunn accouche d’un film fort sur les blessures causées par la carence d’amour, particulièrement d’amour familial, et sur la représentation de la paternité. Fort en symboles sur la figure du Père tout au long du métrage, l’accent est mis sur la condition de Peter Quill/Star-Lord condamné à passer à l’âge adulte par la perte de re-pères selon le modèle Freudien de la question, ou comment le fils devient père à son tour et le père, le fils. Cependant, les autres ne sont pas en reste dans leur crise identitaire où chacun représente, même orphelin, un frère, une sœur, un père, une mère et tous sont appelés à assumer ce rôle.

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A mi-chemin entre le space-opéra sous LSD et la comédie musicale rétro excessive, Les Gardiens de la Galaxie vol. 2 de James Gunn est plus qu’un divertissement, plus qu’un pop-corn movie de l’écurie Marvel, c’est un produit de commande transcendé en film d’auteur véritable, un spectacle ahurissant et touchant où le grandiose côtoie de très près le cinoque, où les gags absurdes n’empiètent jamais sur l’intimisme de ses situations et la symbolique véhiculée par son premier degré.

Cette nouvelle réalisation de James Gunn nous accorde par la même occasion le final le plus lourd en émotions de toute la grande saga étendue de Kevin Feige. Une preuve que la liberté artistique qui ose le risque est source d’authentiques feux d’artifices, quitte à décevoir jusqu’à ses plus grands fidèles. Dans le cadre d’une production commandée dans le contexte d’un MCU très dirigiste et formaté, la performance et l’audace d’avoir laissé un contrôle créatif total au cinéaste se doit d’être saluée.

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Graphiquement magnifique, épique, grandiose et troublant jusque dans ses derniers instants, Les Gardiens de la Galaxie vol. 2 est sûrement ce que les Studios Marvel ont produit de plus soigné, de plus libre, de plus beau et de plus humain. Avec son film geek ultime, fresque carnavalesque puissante sur la parentalité, James Gunn est complètement lâché en tant que capitaine à bord d’un navire voguant parmi les étoiles sur le son de George Harisson, paré pour vous malmener dans son grand-huit émotionnel. Somptueux et bouleversant.