Chronique : Pacific Rim

, Le

Pacific Rim ou le retour des faiseurs de rêves.

L’été 2013 est une période où les blockbusters dotés d’une véritable qualité se succèdent avec succès et s’équilibrent sans que l’un ne fasse de l’ombre à l’autre. Entre les adaptations et relectures de mythe (Star Trek into Darkness, Man of Steel, World War Z), le réalisateur hispanique Guillermo del Toro sait imposer sa différence avec Pacific Rim, une licence 100% originale, sans précédent sur grand écran et réalisée avec amour.

Pacific Rim, qu’est-ce exactement ?

Dans un futur proche, une brèche dimensionnelle s’est ouverte dans l’océan Pacifique laissant filtrer des créatures géantes et destructrices appelées les « Kaiju » (« Monstre Géant » en Japonais) déferler sur le monde. Pour combattre ces monstres, l’humanité a créé ses propres monstres, les « Jaeger » (« Chasseur » en Allemand) pour endiguer la menace. Mais un jour… Tout a changé, les forces humaines étant affaiblies par les attaques de plus en plus rapprochées et féroces des Kaiju, le programme Jaeger prend fin. Commence alors une quête de rédemption pour le héros du film, Raleigh, ex-pilote du Jaeger américain « Gipsy Danger ».

Avec Pacific Rim, Del Toro atteint une sorte de consécration, le film dont le bourgeonnement s’est fait dans l’imaginaire d’un jeune enfant et qui aujourd’hui peut enfin prendre forme et devenir réalité, à l’instar d’Inception pour Christopher Nolan. Se posant en véritable déclaration d’amour à la culture pop japonaise entre les manga à méchas post-Evangelion, les films de monstres dont Godzilla est le premier réel « Kaiju », et à une passion pour la mythologie d’Howard Phillips Lovecraft, Pacific Rim étonne et détonne par sa fraîcheur, son éclectisme et son innocence enfantine.

Donc non, Pacific Rim n’est pas une version plus sale du Transformers de Michael Bay, Pacific Rim n’est pas un Cloverfield mieux filmé, Pacific Rim n’est pas l’Hollywoodisation de la culture pop nippone ni même l’adaptation live inavouée d’Evangelion ou encore un mauvais Lovecraft. Pacific Rim est Pacific Rim, un film honnête, authentique, neuf et terriblement impressionnant dans sa réalisation.

Certes, le réalisateur distille à travers son métrage un certain nombre de références que les férus de culture geek reconnaîtront, mais à aucun moment ne tombe dans le vilain piège du plagiat. Au coeur de la réalisation, Del Toro multiplie les poses iconiques pour ses héros pilotant leurs méchas d’où se dégagent une certaine poésie post-moderne et où le langage visuel prend le dessus.

Fidèle à son sujet, Del Toro dépeint le gigantisme impressionnant de ses Jeagers face aux Kaijus où les affrontements titanesques épousent une direction artistique léchée et aux couleurs variées mettant en avant des idées de réalisation inédites dans ce cinéma de genre. L’intelligence de la mise en scène n’oublie jamais que les pilotes, même aux commandes d’un Jeager, restent humains et donc vulnérables. Cette vulnérabilité est plus que palpable à certaines séquences clés du film, où la ferraille usée de ces machines de guerre apparaît comme une chair fragile et fatiguée de cette guerre, tout comme leurs pilotes.

Comme à son habitude, le réalisateur mexicain aime prendre son temps pour présenter son héros mais également l’histoire de chaque protagoniste principal. Ainsi si la première heure de film, hormis l’introduction, pose une narration solide avec un scénario plutôt lambda, il est laissé le temps au spectateur de s’attacher aux héros et de donner envie de connaître le dénouement de leur quête et fait même passer Raleigh (Charlie Hunnman) du statut de cowboy sauveur du monde au personnage meurtri et hanté par son douloureux passé.

Même si Pacific Rim ne propose pas de rebondissements inattendus, ni réelle grande séquence d’émotion ou encore une profondeur pas plus creusée que le minimum scolaire, le long-métrage n’apparaît pas décérébré ni même incohérent. La magie du cinéma de Del Toro, prenant certainement modèle sur la narration de Lovecraft, arrive à rendre crédible des situations fantastiques et des intrigues abracadabrantes tant la cohérence est travaillée et le tout bien intégré dans notre monde. Tel était le cas pour Hellboy ou Le Labyrinthe de Pan.

De manière subtile, le film se permet même de glisser une morale écologique, sans être rébarbatif ou accusateur.

Toujours fidèle à ses procédés, Guillermo Del Toro réduit une nouvelle fois encore la frontière entre technologie numérique et et décors/acteurs organiques où le tout s’équilibre parfaitement.

Doté d’un véritable sens de l’épique (dont une BO signée Ramin Djawadi et où le thème principal est interprété avec Tom Morello), du dosage dans sa narration (pouvant peut-être même rappeler le schéma narratif de Man of Steel), Pacific Rim s’impose à la fois comme une déclaration d’amour criarde aux écrits d’H.P. Lovecraft (sur le mythe des Anciens), à toute la culture manga japonais à thème de méchas notamment la période après Evangelion, du génial Hideaki Anno, ayant propulsé le genre à un niveau radicalement supérieur, et aux films de genre.

S’adressant davantage à un public initié qu’à un public large, Pacific Rim de Guillermo del Toro peut aisément s’imposer dans la même catégorie de films qu’Avatar de James Cameron, Hugo Cabret de Martin Scorcese ou Inception de Christopher Nolan, ces films qui hissent d’un cran encore les possibilités du cinéma et qui rappellent qu’avant d’être une industrie et un business, le cinéma est surtout un domaine de faiseurs de rêves, un domaine d’enfants dans le corps d’adultes qui réalisent leurs idées les plus folles et les font partager avec joie à leur public.

Pacific Rim se place réellement comme une réussite et s’impose même comme le film le plus abouti visuellement depuis 2000, proposant un spectacle intelligent et évitant certains pièges de narration. Un film à qui sa force n’a d’égal que sa noblesse.

Respect.

Note du rédacteur : 

Les + :
– Guillermo del Toro.
– Le casting.
– Enfin un « film de robots/monstres » crédible.
– La réalisation dantesque à la fois explosive et poétique.
– Un rythme qui prend le temps de poser l’histoire sans négliger le gros du métrage.
– Une bande-originale épique et rock.
– Un amour criant pour la culture geek.
– Un rêve de gosse réalisé.
– Les Kaiju.
– Certains clichés habilement évités…

Les – :
– … mais d’autres restent même s’ils sont assumés.
– Une implication moindre envers certains personnages importants de l’histoire.

Lelouch.

 

Un avis de plus, c’est bien !

 [SPOILERS]

Pacific Rim est un bon gros divertissement, un bon rêve de gosse (du réalisateur et des spectateurs) devenu réalité. On a le sourire du début à la fin, et on vibre, tremble, vit au rythme des mechas. On aime le design usé de ces vieilles machines de guerre au cachet certain, on partage ce sentiment de puissance, qui détrône même celui ressenti lors du visionnage de Man of Steel, car ici, contrairement aux Kryptoniens invincibles, on sait qu’il y a des humains vulnérables à l’intérieur de ces colosses d’acier qui plantent leurs fondations dans les entrailles de la mer. On apprécie le casting « Sons Of Anarchy » et le petit clin d’oeil lorsque « Jax » enfile un blouson de cuir sous fond de rock’n’roll (merci Tom Morello de RATM pour la contribution au film). Bien sûr on peut trouver le scénario un peu tiré par les cheveux, notamment cette histoire de brèche menant sur une autre dimension (une simple invasion alien aurait suffit), on peut aussi se demander pourquoi les robots ne dégainent pas leurs épées plus tôt (vu l’efficacité), on peut être lassé des mêmes scènes militaires « le discours avant la bataille », « le sacrifice », « la rivalité », mais c’est au final bien peu de choses devant le plaisir ressenti, les émotions suscitées, à travers notamment une complicité entre les 2 principaux pilotes, et un baiser final, intelligemment évité pour un simple tête à tête qui en dit long. Bref, Transformers 4 a du soucis à se faire.

Note du rédacteur : 

Sylvain.