Chronique : Suicide Squad

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Troisième film de l’univers étendu DC Comics sur grand écran, Suicide Squad portait sur ses épaules la lourde de tâche de proposer un spectacle transitoire en attendant la Justice League, toujours prévue pour la fin de l’an prochain, tout en dépeignant une galerie de nouveaux personnages et donc être une extension même de mythologie par rapport aux bases posées par Man of Steel et Batman v Superman.

L’intrigue prend bien la suite directe du second film de Zack Snyder dont la répercussion principale, et pilier porteur du pitch du film, est la disparition du Superman. Le long-métrage de David Ayer se pose donc là, dès le départ relativement bâtard dans son approche entre le respect de la pesanteur sombre et grave de ce nouvel univers de films de comics, et sa propre patte artistique personnelle permettant à Suicide Squad de se démarquer de ses deux grands frères. C’est donc une belle bande de tempéraments aussi fluo que cartoons que nous offre le cinéaste à travers sa galerie de personnages neufs et hauts en couleurs, aussi hétérogènes que l’excellente BO qui rythme le métrage et caractérise autant les protagonistes que leurs péripéties. Du rythme endiablé d’AC/DC à Eminem jusqu’à Lesley Gore et The Animals, la soundtrack de Suicide Squad  contribue à trouver un écho à chaque situation et caractérisation de sa bande de freaks transformée en Inglorious Basterds déglingos de fortune.

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Le Suicide Squad de David Ayer, c’est une sorte de Horde Sauvage complètement déjantée et loufoque, véritable foire aux monstres au service d’un divertissement 100% rock’n’roll aussi sombre que flashy avec son lot de vulgarités et de violence (modérée) graphique qui multiplie les références qui feront pas mal de lèche autant à l’amateur de comic-books qu’au cinéphile. Le réalisateur ne cache à aucun moment ses inspirations, qu’elles viennent de Tarantino dont le déroulé du film est pensé par sa playlist et même Carpenter dont le film est une version pop-punk du culte New York 1997 sauce DC Comics, Snake Plissken et le doigt politique en moins, plutôt tourné vers le grand n’importe quoi loufoque et jouissif des Aventures de Jack Burton sans rougir de l’esthétique de The Thing avec la scène spectaculaire du métro. 

Malgré ses qualités de mise en scène, le film peut souffrir d’une direction d’acteurs parfois inégale privilégiant Margot Robbie, Jay Hernandez, Viola Davis (bluffante), Jared Leto (un séduisant et frais nouveau Joker) par rapport au reste, plus en roue libre à l’image de Will Smith qui fait ce qu’il sait faire depuis Men In Black en accordant une personnalité plus tendre et chaleureuse à Deadshot, juste un bon gars du mauvais côté de la loi qui essaie d’être le bon père pour sa fille. Les plus assidus de la Squad au format bédé crisseront certainement des dents par rapport à certaines réécritures et traitements de personnages connus, si le Deadshot populaire répond aux abonnés absents au profit d’un Will Smith qui renoue avec ses grandes heures malgré un sentiment de lassitude et de déjà-vu, c’est vers Joel Kinnaman et son personnage de Rick Flag qu’il faudra se tourner pour retrouver cette figure de leader droit, froid et sans pitié. Ici, c’est donc Rick Flag le Deadshot de service.

Évidemment, le film échoue dans le développement singulier de chaque figure de son équipe de choc au profit des fortes têtes, mais on partait dès le départ avec cet acquis tout comme celui des réécritures pour lesquelles il faut être paré à accepter un nouveau regard notamment sur l’approche plus romantique mais toujours aussi pathologique de la relation qui unit le Joker à Harley Quinn, promettant de beaux jours au couple sous l’écriture de leurs prochains long-métrages centrés sur eux. En quelques scènes et surtout grâce au travail d’écriture, qui n’évite malheureusement pas certaines maladresses, sur l’ambivalence du Joker et les sentiments d’Harley, Ayer nous gratifie d’un Roméo et Juliette punk-rock et bipolaire où son Joker Leto (à mi-chemin de David Bowie et Marilyn Manson) possède sa Harley (en mode Deborah Harry de Blondie) à titre fusionnel et maladif jouant sur une attraction-répulsion permanente, ambivalente et imprévisible.

Enfin qu’importe, Will Smith faisant du Will Smith, une mise en scène sortie d’un autre temps avec ses effets ralentis archaïques donnent une certaine saveur au Suicide Squad de David Ayer, la même qu’avaient les blockbusters des années 90 en brassant une certaine nostalgie parmi ses références et son récit peu engageant mais rendu pétillant par sa galerie de personnages sortie d’une foire aux monstres extrêmement rock’n’roll. C’est à partir du troisième acte que le sentiment du film bâtard intervient, et si le cinéaste se débrouille avec ses armes pour garder un cap uniforme de A à Z, difficile de passer à côté des intentions de la production désireuse d’un Avengers-like avec ce qu’il faut de créature colossale numérique à défaire, d’instants ultimes de bravoure face à une catastrophe d’ampleur mondiale dont la destruction massive monte encore d’un cran après les deux films précédents de Zack Snyder, déjà bien fournis en pyrotechnies et dommages collatéraux. Pour autant, David Ayer ne se laisse pas débiner par cet aspect plus dirigiste que représente le remplissage obligatoire du cahier des charges imposé par Charles Roven, producteur et coupable des montages cinéma de Batman v Superman, Warcraft et de la happy-end frontale de The Dark Knight Rises. Fidèle à son caractère propre, Ayer accepte de relever la tâche mais en profite pour faire partir son film totalement en vrille et à balancer le plus grand bordel jouissif possible dans son orgie d’effets spéciaux ; un démon chicano ? Et pourquoi pas ? Ça ne joue pas de provocation gratuite envers sa hiérarchie mais ça a bien le mérite de divertir son spectateur bien comme il faut. On espère juste, qu’à l’avenir, les marges de manœuvres des réalisateurs officiant sur cette saga seront plus grandes ; Geoff Johns, nous croyons en toi.

L’un des enjeux de Suicide Squad, en plus de mettre en avant toute une gamme colorée de personnages inédits et de créer un attachement véritable envers ses figures du crime plus fêlées que cruelles, carte du capital sympathie oblige,  est d’étendre la mythologie des DC Films au-delà des frontières posées par Man of Steel et Batman v Superman. Le film d’Ayer prend pour acquis que son histoire évolue dans un monde qui a connu la grande crise Superman, que l’humanité a rencontré une entité supérieure à elle avec l’arrivée des Kryptonniens, mais également  avec la découverte des méta-humains, des Amazones ou encore des Atlantes. Avec Suicide Squad, c’est la dimension occulte qui ouvre grand ses portes avec ce qu’il faut de mysticisme et de démonologie pour tracer un chemin tout-fait vers un supposé débarquement prochain de John Constantine et sa Justice League Dark. En cas de crise telle, ce ne serait pas de refus.

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Frais, divertissant, vulgaire et profondément crétin, le film de David Ayer est une bulle d’oxygène décérébrée dont arrive pourtant à se dégager une véritable poésie à travers plusieurs séquences qui flattent la rétine par un vrai ballet de couleurs peignant une fresque pop à la folie, la beauté et à la noirceur. Suicide Squad offre donc un contraste certain par rapport au caractère plus grave et cérébral de Batman v Superman et sûrement de Wonder Woman en approche. On regrettera peut-être l’aspect très secondaire du Joker incarné par Jared Leto qui constitue une mise en bouche extrêmement appétissante quant à l’avenir du personnage, tâchons de garder en tête que le film est baptisé Suicide Squad, pas Joker – Le Film, et en ça le film ne ment à aucun moment, passant le roi du crime de Gotham au second plan, ne lui laissant que de courtes interventions efficaces et marquantes où l’interprète s’en donne à cœur-joie.

Avec un tel succès commercial, on peut imaginer que le test de David Ayer est passé et que la Warner lui laissera le droit d’accéder à son projet d’adaptation de la Horde Sauvage façon cartel mexicain. C’est mérité.

Le tour de montagnes russes promis par Suicide Squad est assuré et non-loin de celui d’un Mad Max: Fury Road sans pour autant en atteindre l’apogée ni même en toucher du doigt la maîtrise artistique. Si Batman v Superman, à l’instar de Watchmen, peut toujours paraître être en avance sur son temps, Suicide Squad est une friandise aussi douce qu’acide que l’on aurait pu posséder en VHS entre Men in Black et Independance Day. En multipliant les références bien pensées, puisant son inspiration et même son esthétique dans la filmo culte de John Carpenter, Suicide Squad de David Ayer est un film profondément pop-punk coloré et rock’n’roll aux allures de série B réhaussée, parfois dirigiste et convenu, qui développe une identité propre cultivant une certaine nostalgie des blockbusters décomplexés et funs d’un autre temps, suffisamment pour que ce troisième chapitre n’apparaisse pas comme « un DC Film de plus ». 

NB : Le meilleur moyen de vous faire un avis sur un film reste d’aller le voir vous-même, surtout si le long-métrage en question vous fait de l’œil. Personne ne connaît mieux vos goûts et vos attentes que vous-même, ne vous en remettez pas uniquement à vos critiques/magazines/YouTubers préférés pour forger un avis à votre place. Au mieux vous passerez deux bonnes heures d’éclate, au pire vous aurez un sujet de conversation sur lequel débattre/bitcher. Je reprendrais les mots d’Angry Joe pour le coup : « What the fuck is wrong with critics? It’s an awesome fuckin’ movie!« 

Note du rédacteur :

J.