Pourquoi le bashing organisé de Batman v Superman est un échec

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Impossible de passer à côté tant c’est le grand étalage sur les lignes du web, plus que le film en lui-même, Batman v Superman possède l’actualité pour son bashing organisé n’étant autre que le résultat d’une opération sabotage orchestrée depuis de longs mois maintenant et je vous dis pourquoi ce matraquage gratuit n’est qu’un enfumage et surtout un échec auprès du public.

Pour la véritable chronique du film : c’est ici qu’il faut cliquer. Je la précise car le but de cet article ci-présent est de défendre les prises de risque, les intentions de création du film et de l’affirmation de l’identité de son réalisateur plutôt que sa qualité intrinsèque.

Jouons franc-jeu et soyons clairs dès le départ, je ne voudrais pas fustiger quiconque possédant un avis contraire au mien, ce serait trop présomptueux, alors que je soutiens à 200% les néo-critiques et la vague de vocations qu’a lancé internet grâce à ses infinies possibilités d’expression et de diffusion. Je ne prétends pas non plus détenir et livrer LA vérité, ce que j’énonce ici est ma vérité, elle ne reflète peut-être cependant pas la vôtre et n’est donc par conséquent pas universalisable. Cet article a pour but d’être un énorme coup de gueule contre l’éternel aigreur qui occupe tout l’espace médiatique alors que nous sommes trop nombreux à bouffer les miettes, dans le meilleur des cas, sans être forcément moins intéressants ni même intelligents que les gros bonnets. Après cette introduction aux velléités pseudo-prolétaires 2.0, je vous souhaite une bonne lecture.

C’est la Une de tous les sites se revendiquant un temps, soit peu, geek ou « fanas » de cinéma, le nouveau film de Zack Snyder, Batman v Superman est actuellement victime d’un lynchage médiatique sans précédent et même incompréhensible. Le film est ce qu’il est, je ne reviendrais que très peu dessus tant ma chronique (et celle de mon cher collègue, Sylvain) à son sujet fait déjà le boulot, il tient ses promesses tout en souffrant de ses défauts comme tout autre film (du même genre ou non) et a le bon goût de proposer une alternative à l’embargo Marvel sur l’industrie du blockbuster depuis 10 ans. Quand je parle d’alternative, je parle d’une volonté propre de créer des films de super-héros, sur les super-héros avec un ton adulte fortement assumé. Trop adulte certains disent, c’est leur droit, mais en quoi reprocher ce critère à une démarche qui en a justement fait son principal argument d’attaque ?

Oui, les films tirés de DC Comics sont adultes et franchement pas fun, ils jouent sur la gravité des situations et se focalisent sur les répercussions de traumatismes à grande échelle, faisant un écho sérieux aux drames vécus par notre propre population. Car oui, au final, on ne peut pas se permettre de traiter avec légèreté le terrorisme, les campagnes politiques, les attentats meurtriers, les situations de crise humanitaire en Afrique sous le joug de tyrans et seigneurs de guerre. Pour Batman v Superman, dans le contexte de son histoire, c’est la rencontre de l’humanité avec le Superman qui correspond à l’équivalent de leur 11 septembre 2001, tout comme l’idée était déjà présente chez Marvel avec ce qu’ils appellent « l’incident de New York », la bataille finale du film Avengers. La principale différence de traitement sur un événement fortement similaire dont le traumatisme est clairement inspiré de la destruction du World Trade Center, c’est que Marvel ne traite sérieusement la chose que dans sa (géniale) série Marvel’s Daredevil qui a le bon goût de, déjà, présenter ses personnages à échelle humaine et donc de nous confronter à leurs peurs intimes, à leurs blessures créées par un événement aussi grave et traumatisant qu’une destruction d’une partie de la ville par une invasion Alien. Pour le reste, il faut attendre Captain America: Civil War pour que nos héros soient enfin confrontés à leurs responsabilités, aux dommages collatéraux de leurs luttes incontrôlables issues de leurs capacités surhumaines face à des ennemis qui le sont tout autant.

Batman v Superman à la manière d’un Watchmen (étrangement qui a subi le même sort injuste à sa sortie pour exactement les mêmes raisons) aborde des thématiques graves sur les craintes humaines, sur les traumas des récentes guerres. La scène du mémorial de Superman fait directement écho à Ground Zero. Et on ose reprocher à ce film, cette saga, d’être trop sérieuse ? Etant donné la gravité profonde et méta des événements qu’elle aborde, il semble catégorique que ce sont des choses à ne pas prendre à la légère. Certes, il lui manque son souffle épique, mais reste dantesque au possible, le film ose prendre à contre-courant l’industrie du divertissement en proposant un blockbuster upgradé dans son propos avec des thèmes philosophiques, des enjeux politiques, un angle d’attaque symbolique où les dialogues en métaphores s’enchaînent sur l’existence de Dieu et de sa bienfaisance agrémentés de références bibliques graphiques, la complexité des sociétés humaines face à un pouvoir absolu et son impunité, présentant des personnages aux fêlures saillantes et aux blessures œdipiennes qui les maintiennent en perpétuelle conflit et connexion. Ajoutez-y suffisamment de contenu pour le développement des personnages principaux, une écriture d’orfèvre pour l’antagoniste, une fondation de bases solides d’un univers complet et cohérent qui se ressent, chose que la concurrence peine à faire depuis plus de 10 ans. Et pourtant, même avec ça, t’as Le Monde qui veut te faire avaler que c’est « vide d’idées ».

Le film n’est pas cette nullité qu’on veut vous faire avaler. Les reproches au sujet de son montage, de son rythme et de ses zones d’ombre d’histoire sont clairement justifiés, mais retourner contre le film son propre argument de vente (sa teneur sombre et grave) est une hypocrisie sans nom et une mauvaise foi intense tout comme cette volonté putassière bien chère aux grands pontes de la critique que d’appuyer sur des défauts du film tout en les passant sous silence chez d’autres. Pourtant, de la petite expérience de critique que l’on bénéficie chez la Meute, on aime à se rappeler que « tout le monde est logé à la même ancienne » juste par respect à la fois du lectorat qui ne soit pas se sentir pris pour une bande de crétins, par éthique personnelle et surtout car nous ne sommes pas des girouettes ou une énième bande de faux-culs vendus, baissant le pantalon à la moindre occasion pour gratter telle ou telle accréditation presse ou opportunité. (Voilà !) Première, Variety, Entertainment Weekly, Metro, TéléramaStudio Ciné Live… elle est où votre intégrité ?

« – Vous ne savez même pas ce que ça vaut.

– C’est vrai, je n’ai rien lu dessus, ni assisté aux générales, mais après la première, je rendrai la pire critique qu’on n’ait jamais lue. Et je ferai suspendre votre pièce. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que je vous hais, ainsi que tous vos congénères. Désinvoltes, égoïstes, gâtés-pourris. Aucunement entraînés, expérimentés, ni disposés à vous frotter à l’art véritable. Vous couvrant de prix pour des dessins animés et de la pornographie. Comparant vos gains sur les week-ends. Ici, on fait du théâtre. N’allez pas croire que vous pouvez écrire, mettre en scène et jouer dans votre pièce de propagande sans avoir eu mon aval.

– Qu’est-ce qui fait qu’un jour, on devient critique ? Vous écrivez un nouvel article ? Alors, la pièce est bien ? Ou mauvaise ? Vous l’avez vue ? « Novice », c’est juste une étiquette. « Fade », encore une étiquette. « Marginalia », sérieusement ? Faut de la pénicilline contre ça. Encore une étiquette, vous ne faites que mettre des étiquettes. C’est de la foutue paresse. Vous êtes une connasse paresseuse. Vous ne pouvez concevoir cette chose sans l’avoir étiquetée. Vous prenez ces petites voix pour la vérité ultime. Je ne vois rien sur la technique, la structure, l’intention. C’est juste un ramassis d’opinions merdiques étayées de comparaisons encore plus merdiques. Vous rédigez deux paragraphes, mais au fond, tout ça ne vous coûte absolument rien. Vous ne prenez aucun risque, aucun. Je suis un putain d’acteur. J’ai tout misé sur cette pièce. Vous savez quoi, vous allez prendre cet article haineux et lâche, écrit par-dessus la jambe, et vous le foutre bien profond dans votre cul ridé de constipée. » Birdman, Alejandro Gonzales Iñarritu.

Et tout ça pourquoi au final ? Parce que Warner Bros a organisé un embargo autour du film envoyant bouler les accréditations presse de tout le monde, ce qui amène une réponse sous forme de vendetta massive et mondiale de la part de la presse trop frustrée de s’être faite refoulée. C’est la vie, mon gars. Des fois, tu fais comme tout le monde, tu payes ta place.

A l’ère de la grande démocratisation d’internet, le public comprend qu’il n’a plus besoin de se laisser orienter aveuglément par n’importe quelle presse, qu’elle soit musicale, vidéoludique ou de cinéma. C’est bien simple, la différence fondamentale entre un « critique de cinéma » et n’importe lequel d’entre vous et nous, hors les études de journalisme (et encore, tu te demandes à quoi elles mènent quand on lit tout un tas de torche-culs de presse) ? Rien, parce que l’avis d’un « critique de cinéma » ne vaut pas plus que le vôtre, chers lecteurs et lectrices. La majorité d’entre vous, entrain de lire cet énorme parpaing possède autant de ressources si ce n’est plus que n’importe quel journaliste de la presse culturelle et souvent une plus belle plume agrémentée d’une plus belle répartie. C’est bien simple, le public se tourne majoritairement vers les vidéastes de YouTube qui font de leurs chaînes des spécialités. Sont-ils mieux que vous ? S’estiment-ils mieux que vous ? Non, et c’est bien pour ça que ce média leur permet ce succès : nous sommes sur le même pied d’égalité, des passionnés.

Le bashing orchestré de Batman v Superman n’est qu’un énième soubresaut de la presse qui tend à s’éteindre avec la génération internet, l’appel à l’aide d’une industrie entrain d’être dévorée par le public qui ne se laisse plus dicter sa conduite ou quoi consommer. Aujourd’hui, on se tourne plutôt vers des Fossoyeur de Films, Karim DebbacheNexus VI, La Chronique du DaronInThePanda, Le Cinéma de Durendal pour le format vidéo, ou des Strange-Movies, Ecran Noir, ArtZone Chronicles, Résistance 7ème Art, Kinok, pour la formule écrite…  qui valent mieux que tout le gratin formaté et orienté, et c’est ça la magie et la richesse d’internet : voir que les réseaux sociaux sont plus forts que la presse (vendue) et ont un impact plus grand. Les gens ont compris que ce qui les différencie des critiques presse… C’est juste une invitation et une feuille de papier, rien d’autre. Enfin, heureusement que subsistent des irréductibles comme Mad Movies (dont nous sommes plutôt proches en termes de ligne éditoriale), Le PointL’Écran Fantastique, Science-Fiction Magazine. J’aurais volontiers cité Rockyrama dans cette catégorie mais ils semblent avoir définitivement sombré dans la tendance de la clickbait de bas étage, dommage pour un magazine qui peut se targuer d’avoir pondu deux excellents numéros consacrés à Star Wars et à Mad Max.

Honnêtement, qui s’en fout encore de Télérama ? Je ne parlerai pas de Rotten Tomatoes, épicentre même de cette tentative de meurtre et pourtant on lui accorde bien plus d’importance que le site ne mérite.

« Il semble que beaucoup de critiques passent leur temps à faire ce que veut entendre la majorité. Comment pouvez-vous faire ça ? Pourquoi c’est si facile aujourd’hui… d’aller sur le web et lire ce que d’autres reviews ou blogueurs disent. Peu importe à quel point une opinion peut être malavisée à propos d’un film avant même sa sortie. Enferme un critique dans une pièce avec un film que personne n’a vu et ils ne saura pas quoi en faire. Parce que contrairement à ce que devrait probablement être un critique, ils n’ont pas de goût personnel ou d’opinion propre, parce qu’ils basent leurs vues sur le status quo. Aucun d’entre eux n’est assez brave pour dire « allez, j’ai aimé » si ça va à l’encontre du consensus. Par conséquent, ils sont moins que rien. Maintenant que tout le monde peut poster son opinion sur tout, que ce soit d’un film ou d’une pair de chaussures ou d’un hamburger, quelle valeur ont-ils ? Aucune. Roger Ebert n’était pas mauvais. Il était un véritable adorateur de films, un cinéaste raté, ce qui luii a donné une vraie perspicacité. Sa passion pour le cinéma était contagieuse et il partageait ça avec ses fans. Il aimait les films et sa contribution au cinéma a été très positive. Maintenant on a une bande de vautours malades rongeant la moelle d’une carcasse morte. Essayant de picorer au rythme du consensus. J’applaudis les gens qui vont voir des films en se faisant leur propre opinion, suffisamment pour ne pas avoir à se baser sur ce que ces bien-pensants disent être bon ou mauvais. » Alex Proyas (The Crow, Dark City, I Robot)

Détruire aussi injustement le travail de Zack Snyder qui vise à vous proposer un divertissement réhaussé, de qualité en plaçant la barre nettement plus haut via une invitation à la réflexion et une forte volonté de chambouler nos habitudes sur les films de ce genre, c’est aussi identique qu’assassiner le travail des Wachowski, qui sont certainement les cinéastes les plus visionnaires de leur génération, et donc cracher sur la liberté de création qu’un studio de production laisse à ses réalisateurs quitte à prendre n’importe quel risque. Car oui, au final, c’est ça qu’est Warner Bros Studio malgré les apparences, ce sont ceux qui donnent les moyens à leurs réalisateurs de faire ce qu’ils ont envie et leur permettent d’accoucher de Matrix, Mad Max: Fury Road, The Dark Knight, Interstellar, Watchmen et Batman v Superman. Demandez à Josh Trank de vous parler de « création libre » quand il avait le flingue de la 20th Century Fox pointé sur la tempe pour ses 4 Fantastiques, posez également la question à Sam Raimi lors de sa collaboration avec Sony/Columbia qui lui ont saboté son projet de saga Spider-Man dès le troisième volet. Quid d’Edgar Wright et sa courte expérience chez Marvel ? Évincé du projet Ant-Man car possédant une vision trop personnelle et un caractère peu enclin à être un Yesman ? Des blockbusters aussi libres que Batman v Superman ne sont pas légion.

D’autres ont subi le même sort en leur temps, Blade Runner, The Thing, Chute Libre, La Nuit du Chasseur, 2001: L’Odyssée de l’Espace, They Live!… Aujourd’hui cultes, certains ont reçu l’aveu même de la presse à demi-mot que leur massacre médiatique était, principalement, lié au message politique de l’œuvre elle-même ou du rattachement de son réalisateur allant à l’encontre du consensus.

Batman v Superman est, reste, et restera un film fort pour ce qu’il aborde, pour son ambition démesurée, son propos intellectuellement plus élevé que la norme dans le genre, son identité forte et son ton violent et noir.

Afin de conclure en revenant sur le postulat de départ, en quoi ce bashing est un échec… Il suffit de se référer à l’accueil public, aux critiques du web qui sont bien plus emballées et à contre-sens des couleuvres que veut nous faire avaler la presse et surtout au succès commercial du film  qui bat des records jour après jour. Le film a récolté à ce jour 424 millions de dollars au box-office en seulement 5 jours d’exploitation, ce qui en fait le meilleur démarrage de tous les temps pour un film de super-héros et tout simplement le 4ème démarrage au cinéma de l’Histoire, pas mal pour un « flop » pressenti que des langues de putes ont mis des mois à détruire, l’annonçant comme une catastrophe autant dans sa campagne de promotion que dans son processus créatif. Un sondage réalisé dans la soirée sur un échantillon de 4000 personnes sur internet portant sur « Est-ce que les reviews négatives affectent votre envie de voir le film ? » 73,6% répondent que non et iront au cinéma, 16,5% sont plus craintifs et veulent attendre la sortie vidéo tandis que 9,9% seulement refusent de le voir à cause de ce qu’en disent les critiques.

Batman v Superman est une pièce de plus sur l’échiquier du pouvoir des médias et plus que jamais le plus important étant de faire votre propre avis à VOUS, de ne pas brader votre personnalité au profit de ce qu’untel ou untel a pu dire, ça permettra aussi d’éviter les trolls des familles qui ne peuvent s’empêcher de troller un film sans même l’avoir vu. Car au final, le plus important dans l’affaire : c’est toi, le public. 

J’invite les grandes pontes de la presse critique bien-pensante à boire mon thé à la pêche de grand-mère,

Cordialement,