Batman – Arkham Knight : on vous explique la (vraie) fin [Spoilers]

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La trilogie aussi célèbre qu’excellente que représente Batman: Arkham par Rocksteady s’est invitée dans vos salons depuis juin dernier afin de conclure l’une des plus grandes histoires de Batman. Le net s’affole suite à la conclusion d’Arkham Knight, ultime opus de la saga, avec ses théories les plus farfelues possibles… Le temps pour nous de remettre les choses à plat. Cet article contient des spoilers à la fois sur Batman: Arkham Knight, The Dark Knight Returns, Knightfall et The Dark Knight Rises.

« Voilà comment c’est arrivé. Voilà comment Batman est mort. »

Le ton est donné dès le début de l’aventure, Batman: Arkham Knight est LA conclusion de la grande histoire débutée en 2009 sur vos écrans, manette en mains. Tout au long du jeu est supposé que Batman doit passer la main et qu’il est préparé à l’ultime sacrifice. Que ce soit par les effets secondaires omniprésents de la toxine du Joker qui poursuit ses effets malfaisants depuis contamination de son propre sang à Arkham City, la présence d’Azrael, personnage bien connu des comics par la saga Knightfall, souhaitant explicitement prendre la relève de Batman à Gotham ou encore les confidences de Batman lui-même à la  séduisante Catwoman sur le fait que Gotham a besoin de « quelque chose de plus radical »… « Radical » oui, mais comprenons-nous bien : pas dans la méthode mais dans l’incarnation du personnage.

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A la manière d’un The Dark Knight Rises (Christopher Nolan), Batman: Arkham Knight se veut être la fin épique d’une trilogie et surtout puise ses principales influences dans les mêmes sources : Knightfall et The Dark Knight Returns.

Knightfall, arc narratif culte des comics, où Batman se fait briser le dos par Bane et se fait remplacer temporairement par Jean-Paul Valley, le futur Azrael. C’est d’ailleurs le nom que porte le protocole déclenché par Batman à la fin d’Arkham Knight. Le Protocole Knightfall est lui-même inspiré directement de la conclusion de The Dark Knight Returns, certainement l’une des trois œuvres les plus célèbres sur Batman et signée Frank Miller.

A la fin de The Dark Knight Returns, après avoir vaincu une ultime fois le Joker (qui se donne la mort), Batman se retrouve acculé par le gouvernement américain qui n’apprécie pas le retour de la justice implacable du Bat-Vigilante, ouvrant la voie à l’auto-justice avec le soulèvement du peuple qui reprend sa ville aux malfrats alors que les autorités (in)compétentes se veulent laxistes, corrompues et en manque évident de moyens. L’histoire se conclue par la révélation au grand public de l’identité de Batman, Bruce Wayne, après un affrontement dantesque contre Superman considéré comme l’arme de Washington.

Batman feint donc la mort, après avoir battu Superman grâce à l’aide d’Oliver Queen/Green Arrow, à l’aide d’un subterfuge laissant l’image de Bruce Wayne dans la tombe, lui permettant à la fois de garder ses (derniers) proches en sécurité, et de continuer à œuvre en tant que Batman dans l’anonymat afin de retrouver ce qu’il était au départ : plus qu’un homme, un symbole.

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Même chose pour The Dark Knight Rises de Christopher Nolan en 2012 où le personnage de Bruce Wayne prend sa retraite en tuant Batman publiquement. La fin ouverte de Christopher Nolan laisse le doute quant à la survie ou non de l’emblématique milliardaire paranoïaque et justicier… est-ce qu’Alfred voit ce qu’il avait envie de voir lors des dernières secondes du film ? L’art de la fin ouverte, mais pas tant, puisqu’elle conclut ainsi l’histoire de Bruce Wayne et porte le Batman au niveau qu’il a toujours voulu atteindre : celui de symbole. Si dans The Dark Knight Rises, c’est le complice John Blake (de son vrai nom Robin Blake, easter egg) campé par Joseph Gordon-Levitt qui ré-endosse la cape et le masque de la chauve-souris pour faire perdurer la légende du justicier, Batman: Arkham Knight emprunte la même voie à quelques détails près.

Chez Rocksteady, l’apothéose se fait avec la révélation devant la caméra de l’Épouvantail en direct sur tous les écrans de Gotham, de la double-identité de Bruce Wayne. Contraint à se livrer à son impitoyable ennemi et acculé au point de tomber le masque, Batman déclenche alors le Protocole Knightfall. Attention à vous, joueurs, le Protocole Knightfall se révèle totalement si vous bouclez le jeu à 100% et donc si vous coffrez absolument tous les super-vilains qui font des siennes à Gotham.

Alors que Batman, démasqué, rentre dans son manoir devant le regard braqué sur lui, du monde entier, la demeure Wayne explose et s’effondre dans un fracas apocalyptique et un tourbillon de flammes. Bruce Wayne est mort. Batman est mort.

Voilà ce que vous verrez si vous ne terminez pas les missions d’Arkham Knight à 100%. En revanche, si vous sentez l’âme d’un véritable justicier qui mène sa croisade jusqu’au bout de la nuit, alors la cinématique finale cachée se joue. L’action prend place quelques mois après les événements du jeu, on apprend que Jim Gordon est candidat à la mairie de Gotham, que Tim Drake et Barbara Gordon se marient et…. que la criminalité est toujours là. Un couple avec leur fils, certainement âgé de 8 ans, s’engouffre dans une ruelle et est pris dans le traquenard de deux voyous qui les dépouillent, arme au poing.

Se croyant en sécurité depuis la mort publique de Bruce Wayne et donc de Batman, les crapules rient aux éclats, le collier de perles de la mère se brise et se dessine alors une sombre silhouette terrifiante sur le toit derrière les deux malfrats. C’est un Batman cauchemardesque qui se dresse contre les criminels et leur plonge dessus tel un démon, rideau.

Les théories les plus farfelues du web prétendent que ce Batman à l’aspect surnaturel serait en réalité Azrael, qui reprend la cape comme préparé pendant les événements du jeu, ou Jason Todd, véritable identité du Chevalier d’Arkham et plus connu plus tard sous le nom de Red Hood le justicier radical aux méthodes létales.

Que néni, vous vous doutez bien qu’ils se trompent. Le Batman « démoniaque » de la cinématique final n’est autre que Bruce Wayne qui peut agir en anonymat total depuis sa mort présumée, protégeant ainsi tous ses proches de répercussions personnelles et projetant la figure de Batman au rang de symbole, un symbole que rien ne peut corrompre, que rien ne peut tuer. Le choix de dépeindre la silhouette de Batman comme monstrueuse est très bien pensée, puisqu’elle adopte le point de vue des deux voleurs en bien mauvaise posture, en proie à une figure terrifiante qui se dresse devant eux.

C’est bien là le but ultime de Batman, insuffler la peur à ses adversaires, se servir de cette imposante et terrifiante stature pour s’adonner un côté surnaturel et insaisissable qui provoque une imminente diarrhée de peur face à quiconque se trouvant devant lui.

Batman par la mort présumée et publique de Bruce Wayne renoue donc avec son propre concept originel. Si avec les années de pratique, le justicier est apparu aux yeux des criminels et des super-vilains comme étant un homme armé jusqu’aux dents, il n’en restait pas moins un homme, avec ses fêlures et donc un être capable d’être touché, blessé, tué. En devenant un symbole immortel, Batman reprend sa croisade, Bruce Wayne se jouant des yeux du monde avec sa mort programmée par le Protocole Knightfall à l’image de la fourberie finale de The Dark Knight Returns de Miller. La légende perdure et perdurera en traversant les années et les siècles. Bruce Wayne n’est plus, lui et Batman ne forment désormais plus qu’un, le justicier qui ne possède plus aucune attache et donc aucune peur, idéal pour incarner la terreur elle-même.

La peur parlons-en, Batman l’incarne peur dans son habit le plus primaire, la peur primitive, la peur du monstre tapi dans le noir qui fait écho aux terreurs nocturnes, qui nous renvoie à nos propres peurs d’enfants, à nos codes culturels avec un aspect très conte horrifique. Impossible de ne pas penser à « Have I Got a Story for You », première des cinq parties de Gotham Knight qui à la manière de The Animatrix raconte les évènements sous forme de compilation de court-métrages animés les évènements qui séparent Batman Begins de The Dark Knight (Christopher Nolan).

Dans ce court-métrage d’animation, un groupe d’enfants partage leur expérience « Batman » pendant qu’ils l’apercevaient dans les rues de Gotham, autant d’interprétations de Batman que d’enfant présent et celles qui marquent le plus sont celles où le justicier est représenté par une créature surnaturelle et terrifiante soit humanoïde avec des inquiétants airs de Slenderman ou en chauve-souris géante dans la lignée du Man-Bat. Le justicier apparaît souvent comme un monstre terrible dans le regard d’autrui simplement car il sait incarner la racine-même de ce qu’est la Peur.

Une autre théorie intéressante qui peut même se révéler complémentaire à cette interprétation met en avant le fait que Batman, à la fin d’Arkham Knight apparaisse sous une forme cauchemardesque en se servant de la toxine de Jonathan Crane aka l’Épouvantail. On connaît Bruce pour retourner les armes de ses ennemis à son avantage et s’en créer des gadgets.

En effet, lors de l’apparition du « Batman démoniaque » l’image passe aux codes couleurs de ceux utilisés par la direction artistique de Rocksteady pour tout ce qui concerne l’Épouvantail. Une teinte verdâtre et criarde avec des silhouettes diaboliquement déformées qui rappelle l’imagerie très psychédélique des effets de la toxine de Crane. Mais au final… la toxine ne fait que déchaîner nos peurs, cette couleur verte est associée à la fois à sa toxine, à son personnage mais plus principalement au concept de la Peur elle-même, tout simplement.

A l’image des grandes oeuvres qui ont osé proposer une fin, ouverte ou non, à Batman, Batman: Arkham Knight comprend et use parfaitement de tous les codes de la mythologie du célèbre personnage de DC Comics. Renouant ainsi avec son but originel, puisant ses inspirations dans ce qu’il s’est fait de meilleur jusqu’à aujourd’hui pour dépeindre sa propre histoire et sa propre fin, Rocksteady propose tout simplement une fin parfaite à une trilogie de très haute volée.