Chronique : Amnesia – A Machine for Pigs

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A sa sortie, Amnesia: The Dark Descent (2010) avait marqué les esprits en proposant tout simplement la meilleure expérience survival-horror à une époque où justement le genre survival perdait ses lettres de noblesse au profit de l’action et des explosions. 3 ans plus tard, un nouveau volet de la série, développé cette fois-ci par TheChineseRoom (Dear Esther) et co-développé par les développeurs initiaux de la série, Frictional Games, nous invite à nous replonger dans ce qui semble être un nouveau trip horrifique sonore et visuel. Répondant au doux nom d’Amnesia: A Machine for Pigs, la franchise semble avoir évolué en s’éloignant des sentiers survival tout en proposant une narration plus poussée mais aussi plus linéaire.

A Machine for Pigs n’est pas la suite directe de The Dark Descent mais prendrait d’avantage place dans le même univers, soixante courtes années séparant les deux récits. Le speech ? Vous êtes en 1899 et incarnez Oswald Mandus, un riche industriel, en proie à une terrible fièvre et hanté par les visions d’une machine infernale, et devrez arpentez les rues sombres d’un Londres en fin de période victorienne, à la recherche de ses enfants.

Dès les premières minutes de jeu, on sait déjà que l’on a affaire à Amnesia mais, si les développeurs de chez TheChineseRoom sont très doués dans la grandiloquence et le contemplatif, ils le sont bien moins quand il s’agit de retranscrire l’ambiance propre à la série. Les ficelles déjà usées et les différents scripts très prévisibles n’ont que peu d’impact sur ceux ayant déjà touché au premier opus. Aussi, les interactions avec le décor sont réduites à leur strict minimum, tout comme les énigmes sont minimalistes. L’exploration ici n’est plus, et est remplacée par une progression linéaire où, même si la présence de nombreux passages secrets donnent un certain cachet aux environnements, donne une forte impression de couloirs, alors qu’au final, ces mêmes environnements sont un peu plus ouverts que dans le précédent épisode.

Le cochon, véritable symbole et surtout cauchemar d’Amnesia: A Machine for Pigs.

Fort heureusement le jeu peut compter sur deux réussites indiscutables : une bande-son absolument magistrale, orchestrée par Jessica Curry, qui a déjà fait ses preuves sur Dear Esther ou encore Korsakovia (mod de Half Life 2) et qui, pour le coup, signe une œuvre sans défaut; ainsi qu’un aspect visuel respectant scrupuleusement l’ambiance de la toute fin du XIXème siècle (1899 pour être précis). Si le moteur du jeu accuse son âge dont la présence importante de tearing, l’aspect graphique quant à lui propose de très bons jeux de lumière malgré des textures assez vieillottes. Mais après tout, quand 90% du jeu se passe dans le noir le plus complet… ce n’est pas le plus important. L’ambiance horrifique, qu’elle soit visuelle et sonore, est, ainsi, une véritable réussite.

Si The Dark Descent offrait au joueur une gestion complète de la santé physique et mentale, de sa lampe à huile ainsi que de son inventaire, A Machine for Pigs n’offre plus qu’une simplissime gestion de sa santé physique douée d’auto-regen. Adieu donc les items ramassés servant aux énigmes, la combinaison de tel ou tel item clé, des boites d’amadou servant à allumer les bougies, des flacons d’huile servant à raviver la flamme de sa lampe qui, une fois totalement éteinte, nous plongeait dans le noir le plus totale stimulant ainsi notre santé mentale et, donc, notre perception visuelle des environnements. TheChineseRoom a réduit le gameplay de cet opus à son plus simple appareil, et si le nombre d’action est déjà plus important que dans leur bébé Dear Esther, il en est ridicule dans Amnesia.

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Des machines, du sang, tout l’univers industriel du Londre victorien dans lequel on évolue.

Malgré ses défauts, LE point fort de cette aventure reste son écriture et sa narration. Non seulement le scénario est terriblement dérangeant et accrocheur, mais il se paye le luxe de passionner le joueur pour l’histoire de notre personnage, et ainsi découvrir ce qui se trame derrière celle-ci. Si TheChineseRoom avait déjà prouvé son talent d’écriture dans Dear Esther, ici, c’est un autre cap qui a été franchi et qui frôle carrément l’indécence. Soutenu par un doublage anglais d’une excellente qualité, et d’un travail sonore appliqué, l’aventure de A Machine for Pigs vous tiendra en haleine pendant toute sa (courte) durée.

Courte durée de vie car oui, A Machine for Pigs propose une aventure ridiculesement courte de 4h maximum. L’absence de custom story ne permet pas non plus de pallier au côté one shot de l’aventure. On aurait aimé pouvoir créer nos propres scénarios et ainsi les partager avec ses amis. Fort heureusement, les éléments custom de cet opus seront intégrés dans une prochaine mise à jour à The Dark Descent, qui permettra donc de créer ses propres histoires avec les éléments de A Machine for Pigs. Ouf.

En résumé, A Machine for Pigs surprend plus qu’il n’effraie, et c’est, en soi, plus un défaut qu’une qualité ici. TheChineseRoom a bradé tout ce qui faisait le charme de la série pour une narration plus poussée et une histoire plus dérangeante, mais ça ne suffit pas à cet opus de surpasser ou même équivaloir son grand frère… On espère ainsi le retour des papas de la série, Frictional Games, à leur poste de développeurs et non de co-développeurs car… c’est à se demander ce qu’ils ont co-développé dans cet opus.

Note du rédacteur : etoile3

Les + :

  • Ambiance visuelle et sonore au top
  • Narration développée & scénario captivant
  • Excellente retranscription de l’époque fin XIXème

Les – :

  • Pas bien effrayant
  • Pas bien surprenant quand on a déjà terminé The Dark Descent
  • Abandon de la gestion de la folie et de l’inventaire
  • Absence d’exploration au profit d’une certaine linéarité
  • Aventure trop courte, sans rejouabilité et pas de custom story