Chronique : Le Prince, la lune et les fornicateurs

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Le Prince, la lune et les fornicateurs pourrait presque passer pour le dernier roman de Hank Moody (personnage fictif de la série Californication), et pourtant, celui-ci est bien réel. Mêlant science fiction, érotisme, et humour, ce roman retrace une période particulièrement trouble de Casa luna, paisible planète perdue dans le vide sidéral où les femmes et les hommes y vivent heureux, travaillant le jour et forniquant la nuit sous la douce férule de leur souverain. Mais une crise vient troubler leur insouciance : l’ensemble de la gent masculine est frappée de stérilité, menaçant l’espèce d’extinction. Seul l’empereur s’avère fécond, interdisant de fait les plaisirs de la chair à ses sujets. Fort heureusement, la résistance s’organise…

Remettons les choses dans leurs contextes. J’ai découvert Le Prince, la lune et les fornicateurs par le biais de Olivier BRUN, créateur de La Dragonne et intervenant au CFCL de Reims où je suis une formation. Peu passionné par la littérature, le titre m’a de suite interpellé. Fan de Science Fiction mais aussi de tout ce qui peut être décalé et barré, un roman où se marie SF, érotisme léger et humour ne pouvait que me séduire. C’est donc avec un grand enthousiasme que j’ai pu lui emprunter, espérant secrètement que ce ‘bouquin’ saurait renouer les liens entre le Livre et moi-même.

Écrit par Florent Kieffer, un enseignant français s’étant essayé à la littérature, et donc édité en 2008 par La Dragonne, petit éditeur de chez nous aussi, ce roman à mi-chemin entre le conte philosophique et la fantaisie d’anticipation permet à l’auteur de se livrer à une critique sociale aussi subtile que mordante.

Première qualité de cette oeuvre littéraire : son écriture. Si un écrivain se veut toujours maître de ses mots, beaucoup de livres se veulent complexes et, dans de plus rares cas, pompeux, dans l’unique but d’impressionner le lecteur. Mais tout le monde ne veut pas de la plume d’un Marc Levy à chaque lecture. C’est avec un choix de mots simples mais efficaces que Kieffer donne à son livre un certain charme. Mais pas seulement. Car cette écriture simpliste mais jamais minimaliste supporte une histoire qui saura tenir en haleine jeunes comme moins jeunes. Pour une fois que l’on s’écarte des classiques enquêtes policières ou de la jeune humaine qui tombe amoureuse de son voisin sorcier, vampire, loup-garou (rayez les mentions inutiles), il est utile de souligner que notre fameuse Casa Luna est un endroit où il fait bon vivre. D’ailleurs, parlons-en.

Casa Luna, planète fictive perdue dans l’immensité spatiale, où hommes et femmes forniquent le plus librement et le plus aisément du monde. Le cadre planté et le roman Fifty Shades of Grey en tête, c’est avec entrain que les premières pages furent dévorés. Bien moins hasardeux que l’infâme roman cité précédemment, Le Prince, la lune et les fornicateurs pèche cependant par une histoire qui peine à se développer efficacement. Les pages défilent, les mots s’enchaînent, mais on se perd dans de nombreuses explications tout en stagnant dans le fil conducteur. Dommage car, arrivé aux dernières pages, on reste sur sa faim, malgré un dénouement efficace.

Mais l’attrait principal de ce court roman reste l’humour omniprésent qui orne ses pages. L’érotisme décrit reste toujours soft, l’auteur restant loin des aspects trash de certains livres traitant des parties de jambes en l’air de ses protagonistes. Détaillées, ces dernières sont très largement agrémentées de mots particulièrement ‘rigolos’. Jamais vulgaires, le tout est bien plus supposé qu’exposé, ce qui fait tout le charme de ce roman particulièrement léger.

Exemple : ‘En ces temps incertains, les hommes et les femmes forniquaient le plus gaiement et le plus librement du monde. En ces temps incertains, il suffisait que le sexe des hommes se gonfle de sang, et le ventre des femmes s’ouvrait pour l’y faire rentrer. En ces temps incertains, les hommes – tous les hommes – bandaient.’

Et il s’agit ici de l’une des nombreuses scènes nous faisant esquisser un sourire des plus naturels !

71 pages, 30 chapitres, autant dire qu’il est rapide d’arriver au terme de l’aventure de nos Casaluniens affectés par le syndrome de Klinefelter (affection du sexe masculin, due à une aberration chromosomique, caractérisée par une atrophie des testicules, une stérilité et, parfois, une déficience mentale). On arrive le sourire aux lèvres aux derniers mots de la dernière page, en ayant partiellement oublié une trame simplement sympathique. Facile et rapide à lire donc, Le Prince, la lune et les fornicateurs est un petit roman qui ne brille certes ni par l’excellence de son écriture, ni par une histoire sur-détaillée et développée sur plusieurs tomes, mais qui arrive à séduire celui ou celle voulant passer un agréable moment en compagnie d’un livre humble et honnête. Pour 14€, il serait bête de se priver.

Note du rédacteur : 

Les + :

  • Facile et rapide à lire
  • Jamais trash, toujours humoristique

Les – :

  • Le rythme de l’histoire, inégal et haché par moment