Interview : Charles-Elie Conord, jeune plume et auteur d’Ernestine

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Interview Exclusive : Charles-Elie Conord

Chez House of Wolves, on aime promouvoir les artistes de milieux indépendants et cette fois on a eu l’opportunité de poser quelques questions au jeune Charles-Elie Conord, auteur du roman Ernestine, disponible aux éditions Sokrys. Focus sur une nouvelle plume vagabonde.

Ernestine :

Il y a un homme usé, dépouillé de toute paix intérieure. Seul, il ressasse ses souvenirs, ses regrets, ses remords. Mais pourquoi reste-t-il ainsi à errer dans sa chambre ? Qui attend-t-il ? Il y a une île perdue. Loin, très loin de l’homme, un frère et sa sœur profitent d’être ensemble. Les jours sont beaux et identiques : le garçon travaille dans une épicerie, la petite patiente à la crèche en attendant sa venue. Souvent ils jouent ensemble. Surtout lors de ces jours particuliers  au Lac aux grenouilles. C’est l’histoire d’un grand amour, et celle d’un manque de courage.

« J’ai peur.

– De quoi as-tu peur ?

– Je ne veux pas que tu partes.

– Qui t’a dit que je partirai ?

– Personne. »

Parle-nous de toi, qui es-tu ?

Je m’appelle Charles-Elie Conord, et j’ai 21 ans,. Je suis actuellement étudiant en professorat à Nantes, hispaniste. Quoi d’autre ? Mon père est musicien, je baigne dans le milieu artistique depuis tout petit avec notamment un arrière-grand-père écrivain qui donnait dans les pièces de théâtre, les pamphlets, les contes…

Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ?

Je pense qu’on écrit avant tout pour soi-même, j’écris car je retrouve ce que je trouvais dans la musique avant. Un exutoire, une arène, pas de projets particuliers, juste une envie de cracher. Pour moi c’est une sorte de combat contre soi, avec soi, étant son propre adversaire. Je pense que quand t’es dans l’artistique tu te bats contre tes propres tes démons, ceux qui font parti de toi mais que tu rejettes. C’est la séparation de mon ancien groupe de musique qui m’a poussé à écrire, cracher ce que j’avais en moi, même si ce n’est pour dénoncer personne.

Des influences ?

Barjavel, Murakami, la musique rock notamment cet aspect brut, colérique et triste qui arrive à m’apporter une sorte de bonheur. De manière assez étrange, je suis assez influencé par ce qui ne me plaît pas : La vie de tous les jours. Je n’écris pas pour me calquer sur quelqu’un ou quelque chose que j’aime, me dire « je vais faire comme ». Mon influence est vraiment contemporaine, abstraite, davantage du feeling que de la vraie influence.

Dans la deuxième partie de mon roman, je ne cache pas l’influence majeure qu’a eu le long-métrage Le tombeau des lucioles avec ce côté onirique et assez japonais finalement dans la dynamique contemplative du bonheur simple et innocent.

Dans Ernestine, notamment la première partie de ton roman, on sent un état brut, chaotique et limite à fleur de peau. Est-ce tout simplement ta propre personne qui coule à travers le récit ?

Je pense que, quoi qu’on fasse, littérature ou musique il y’a forcément de toi, même si tu n’en parles pas. C’est quelque chose de plus subtil. Effectivement dans la première partie du livre, le personnage aussi enfermé entre ses quatre murs, contemplatif, est moi sous un certain angle. Nostalgique, parce que je ne savais pas où aller, parce que je me posais énormément de questions, me dire « mais qui suis-je pour écrire ? » « qui suis-je pour prétendre créer quelque chose ? » d’où est née la phrase : l’homme écrit des médiocrités. J’y raconte des aléas, sans but réel, sans portée humaniste particulière. Quelque chose d’assez égoïste au fond.

Si le tout apparaît chaotique c’est parce que c’est brouillon, tout s’emmêle dans ma tête tout comme dans celle de mon héros, sans recherche stylistique particulière.

Pourquoi « Ernestine » ?

J’adore ce prénom, je suis peut-être un peu vieux jeu (rires). Très axé anciens noms pour les femmes, mais aussi hommage à une chanson de Noir Désir dont le texte me touche profondément. Peut-être clin un d’œil à ce grand poète qu’est Bertrand Cantat, peu importe ce que l’on pense de lui.

Deux parties dans ton roman, tu peux en parler ?

 La première partie c’est le chaos, dans la tête d’un personnage où passent énormément de choses sans queue ni tête. J’ai peut-être tenté un essai stylistique sur la fin, mais je pense avoir découvert le personnage lui-même en écrivant. Encore une fois, rien n’était calculé. Ses pensées sont stériles et néfastes, d’où l’aspect chaotique et oppressant avec des phrases courtes, tranchantes.

La deuxième partie est davantage axée sur une bouffée d’oxygène, l’amour fraternel entre un frère et sa sœur. Une sorte de bonheur, d’Eden qu’ils tentent de vivre, dans l’innocence.

Ton livre, maintenant édité, comment vis-tu l’expérience en tant que jeune auteur débarqué de nulle part ?

Un vrai bonheur, un vrai rêve. A défaut de rêver d’être un grand artiste en musique ou autre, quand je me suis retrouvé seul je me suis dit « comment puis-je continuer à m’exprimer ? ». Cela dit je ne suis pas entièrement satisfait, je reste modeste et pourtant je n’en suis pas satisfait pleinement. Je remercie énormément la maison d’édition qui a daigné m’accorder ce privilège et qui me permet de vivre cette expérience à fond.

Tu as pu faire l’expérience de quelques salons du livre, en étant de l’autre côté de la barrière, tes ressentis en tant qu’auteur ?

Fascinant. Les rencontres sont étonnantes, notamment avec une moyenne d’âge entre 40 et 80 ans. C’est très intéressant sur le plan humain. Tu vends pas mais t’y vas pas pour te vendre non plus. C’est davantage une rencontre de passionnés, de gens qui sont dans la même optique que toi jusqu’à débattre de choses complètement loufoques pour quelqu’un d’extérieur. C’est assez grisant de te sentir considéré comme une sorte de « saint » par les gens qui te demandent « comment tu fais pour écrire ? ». Difficile de leur répondre tant je me sens petit. Ouais, c’est une expérience très enrichissante d’un point de vue humain.

Projets pour la suite ?

Actuellement je suis sur un deuxième récit, sans être encore sûr de ma trame narrative. Je pense tenir quelque chose d’intéressant. Ça me fait trop de bien pour que je m’arrête maintenant, ce besoin d’expression et la sensation de partage avec les gens qui me lisent. Ça donne une dimension plus bizarre de la pudeur au final car je me livre à des gens que je ne connais pas. C’est excitant en même temps bizarre. Génial, quoi.

Un petit mot pour nos lecteurs ?

 Ne lâchez rien, battez-vous. Soyons hyènes, soyons loups, le monde l’est déjà beaucoup.

Charles-Elie Conord est né en Loire-Atlantique en 1992. Il suit des études littéraires au lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire, avant d’arriver à Nantes en 2010 où il obtient une licence en culture et civilisation hispanique. Baignant dans le milieu du spectacle depuis sa tendre enfance grâce à son père, artiste peintre et musicien professionnel, son attrait pour la musique et la littérature relevait presque de l’évidence. Ernestine est son premier ouvrage.