Chronique : Thirty Seconds To Mars – LOVE LUST FAITH + DREAMS

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La sortie d’un nouvel album de Thirty Seconds To Mars est assurément un événement dans le microcosme de notre scène musicale et même au-delà. Que l’on aime ou que l’on déteste la bande à Jared Leto, elle ne laisse personne indifférent. Les fans ont autant de raison d’apprécier, à juste titre, la musique du groupe, que les détracteurs d’être agacés, à juste titre, par l’attitude de leur leader.

Mais focalisons-nous sur la musique si vous le voulez bien : après deux premiers albums très bons dans leurs genres respectifs, This Is War se contentait de mélanger le son de ses prédécesseurs avec, malheureusement, quelques pistes vraiment faiblardes, au point de laisser une impression générale de déception. Pourtant, l’album était loin d’être une catastrophe, c’était même un bon disque avec des titres forts et parmi les meilleurs que le groupe ai écrit, comme le rock et fédérateur «This Is War » (plus efficace que pas mal de titres d’A Beautiful Lie), le glacial « Stranger In A Strange Land » ou le presque dansant « Night Of The Hunter ».

Dès l’écoute du premier single, « Up In The Air », on savait qu’on allait avoir affaire à un disque différent. Ce qui en soit est une excellente chose de la part d’un groupe ayant annoncé que chaque album, justement, ne sonnerait pas comme le précédent. Sauf que cette nouvelle direction semble être la pop, une impression alimentée par l’artwork flashy emprunté à l’artiste Damien Hirst. Choeurs joyeux en oh oh, electro de club en fond, refrain sympathique, on en retiendra surtout le jeu de batterie de Shannon Leto. Une fois le cerveau lavé par les magnifiques images du clip vidéo, on se dit qu’après tout, c’est agréable.

Sauf qu’agréable n’est pas génial. Surtout quand l’adjectif n’est jamais dépassé par (presque) aucun autre titre sur l’album. Mais creusons un peu plus.
Le disque se veut divisé en segments, correspondants au titre de l’album (love, lust, faith et dreams), mais ceux-ci se révèlent peu homogènes et biens inégaux.

Il y a bien un tube sur cet album, « Conquistador ». Un vrai morceau de rock’n’roll, qui utilise lui aussi les fameux choeurs en oh oh, mais qui, malgré le piano en fond, conserve une vraie énergie. Sans parler du côté fédérateur des paroles « this is a fight to the death /we will we will we will rise again » rappelant ce que This Is War avait de plus épique. Fin de la chronique ? Honnêtement, on aurait pu en rester là.

Déjà sur un autre segment, « The Race » continue à faire (à ce stade) « survivre » le rock’n’roll. Deuxième gros titre de l’album, il n’apporte pas forcément plus, toujours de l’electro en fond, toujours des choeurs, mais toujours entraînant. On ne reprochera jamais à un groupe qui a commencé sa carrière entre progressif et indus de mettre du synthé.

En fait, c’est lorsqu’on entend la 4ème piste, « City Of Angels », qu’arrive la plus grosse déconvenue de cet album. C’est là qu’on se dit « la voici » . La chanson avec un chant plaintif pour plaire aux groupies, la chanson qui va donner raison à toutes les mauvaises langues. Jared y parle de son enfance à L.A. (« All my life, I was never there, just a running ghost, running scared« ), mais au-delà du côté autobiographique, musicalement c’est quand même vide. Il y a bien des violons (inutiles), un vague côté U2/AVA, mais beaucoup moins intéressant.
Ce n’est, de plus, pas la seule ballade du disque. Ce n’est pas un défaut lorsque celles-ci sont toutes prenantes, mais c’est loin d’être le cas de « Bright Lights ». Cette fois les choeurs sont de trop et donnent un côté niais, l’ensemble sonnant finalement comme une simple chanson pop-rock à la Owl City, et le morceau aurait gagné à être plus épuré. C’est ce qu’ils ont d’ailleurs fait sur « End Of All Days », avec un simple piano, une ambiance inquiétante et un chant de crooner qui prend aux tripes. LA ballade du disque.
L’enchaînement « Bright Lights », « Do Or Die » (la même, en différent), « Convergence » (instrumentale platonique composée par Shannon Leto) reste le gros passage à vide du disque.

Il reste toutefois deux autres morceaux plutôt réussis. L’instrumental « Pyres Of Varanasi », entre electro, orchestre symphonique et chant indou, témoigne d’un certain savoir-faire dans le cinématographique et le mélange des genres. Puis « Northern Lights » essai bien tardivement de sauver les meubles, avec une ambiance mystique à la harpe et un chant jouant sur les intensités pour garder son auditeur.
Inutile de s’attarder sur le morceau de clôture « Depuis Le Début » (intro acoustique/final au synthé/cordes, tout est dit), vous ne l’écouterez probablement pas plus de 2 ou 3 fois. On se souviendra juste, finalement, que « Birth », le morceau d’ouverture avec ses trompettes, était une mise en bouche alléchante, qui n’aura pas su tenir toutes ses promesses.

Après 3 années d’écriture, on se demande finalement comment le groupe a pu accoucher d’un disque aussi vide, ou loin de tomber dans le trop (en apparence), tout est dans le pas assez. Se reposant sur ses cordes, ses trompettes, ses choeurs, bref tout ce qui sert d’emballage à sa musique, Thirty Seconds To Mars oublie l’essentiel : la passion, la rage, le génie, qui ne parviennent plus à nos oreilles que par trop courts instants. Un groupe de rock déchu, esclave de la pop, la fame et une partie de son public, voilà ce qu’il reste à ce jour. LOVE LUST FAITH + DREAMS est sans discussion le disque le plus faible de leur discographie, à côté duquel This Is War est un chef-d’oeuvre. Il ne reste plus qu’à espérer que le phénix renaisse de ses cendres, un jour.

Sylvain.

Note du rédacteur : starstarstartransparentstartransparentstartransparent

Les + :
-un changement de direction osé
– « Conquistador »
-une maîtrise de l’electro et des ambiances certaine
-le plaisir de retrouver le groupe

Les – :
-trop de pop
-seulement 9 vraies chansons, 3 ou 4 potables
-une 2ème partie d’album lamentable
-l’impression d’assister au Jared Leto Show

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