Chronique : AFI – Burials

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AFI revient quatre ans après Crash Love avec Burials, un 9ème album qui marque une toute nouvelle étape dans la carrière du groupe, mettant en avant des influences anciennes mais exprimées ici pour la première fois. A l’instar du Eat Me, Drink Me de Marilyn Manson ou du Screaming Bloody Murder de Sum 41, Burials fait indéniablement penser à un album post-rupture, bien que le sujet ne soit pas clairement évoqué par Davey Havok, le chanteur, se contentant de parler de « chaos » dans sa vie au moment de la composition.

Le sujet est établi dès la magnifique intro, « The Sinking Night », qui renoue avec les ouvertures arena sombres et épiques de rigueur depuis Black Sails In The Sunset : « Over the wind, under the rain, out of the chaos, I can hear your name, through the sinking night. »

Le premier single mis en avant par le groupe est « I Hope You Suffer », dévoilant les blessures de son chanteur : «  I’ve seen my darkest days, you gave each one to me » : un titre rock énervé aux guitares puissantes – la production, assurée par Gil Norton est d’ailleurs vraiment massive et exemplaire – renouant avec la noirceur et l’ambiance de Sing The Sorrow, mais en apportant une toute nouvelle dimension cold-wave avec un synthé des plus oppressants.

Si Crash Love se voulait épuré, Burials est tout le contraire et finalement loin d’être le STS bis qu’on pouvait attendre. Si des titres comme « A Deep Slow Panic »,  avec son chant ultra plaintif (« Teach me, teach me not to dream »), et « No Resurrection » restent à mi-chemin entre les guitares lourdes de STS et le rock alternatif de Crash Love, d’autres comme « The Conductor » laissent une place importante à une lourde boite à rythme et des chœurs mystiques, tout en possédant un côté génialement rock’n’roll dans ses guitares. Le refrain quant à lui aurait fait les beaux jours de STS : « When they kill the lights, you’ll remain my conductor », chanté de façon sur-aiguë comme Davey sait le faire. La basse et le synthé très indus de « The Embrace » feront même penser à la reprise de Nine Inch Nails, « Head Like A Hole », que AFI avaient réalisé il y a quelques années.

Plus surprenant, les influences, toujours new-wave/cold-wave/post-punk à la Joy Division sur « Heart Stops », sur lequel Davey se confie sur la fin de sa confiance mal placée : «  Because I trusted you, I cannot trust another », qui aurait tout aussi bien pu être un morceau d’Interpol ! C’est aussi avec un titre véritablement hantant qu’AFI choisit de terminer son album : « The Face Beneath The Waves », alternant couplets atmosphériques façon The Cure et refrain rock explosif : « I will return again, I will return to you ! »  – mention spéciale au pont post-rock et sa voix caverneuse d’outre-tombe : « What do you do, when my soul invites you ? ».

En dépit du caractère sombre des textes et des ambiances, l’album est pourtant pourvu d’une grosse dynamique pop (l’expérience de Davey sur la comédie musicale American Idiot ?) qui l’empêche de tomber dans le même sinistre que Sing The Sorrow. Ainsi « 17 Crimes », plus léger, donne dans le pop-punk (le « Girl’s Not Grey » de l’album) et se veut un hymne à l’adolescence, un instant nostalgique pour les quarantenaires que sont maintenant les membres du groupe : « Let’s love and kill like seventeen now. » Plus exotique et déluré, « Wild » – qui porte bien son nom – ferait presque penser au délire My Chemical Romanien : « Planetary (Go !) » avec son côté speed et ses bidouillages electro.

Et après tout ça, rien n’empêche le groupe de balancer « Greater Than 84 », un morceau de punk-rock – sans synthé – rapide et inspiré !

Burials n’est pas le nouveau Sing The Sorrow que les fans réclamaient et espéraient, mais c’est sûrement le meilleur album sorti depuis ! On peut certes regretter le manque de poésie des textes, qui se veulent plus directs que par le passé, ou encore le côté post-hardcore qui n’est plus d’actualité malgré quelques passages criés, mais la puissance de l’ensemble, la richesse de la composition menée de main de maître par quatre virtuoses, et la nouvelle dimension atmosphérique puisée dans leurs influences les plus anciennes (le groupe arbore T-shirts et tatouages de Joy Division depuis leurs débuts), devraient avoir raison des derniers réfractaires au bout de quelques écoutes. Un album inspiré et inspirant qui marque le retour en force d’un des meilleurs groupes de ces quinze dernières années, libéré des modes qu’il a traversé avec succès et faisant désormais ce qu’il veut.

Note du rédacteur : etoile4

Sylvain.

Les + :
– le retour en force du groupe après 4 années d’absence avec un album sombre et mature
– une nouvelle orientation musicale avec l’utilisation de synthés atmosphériques
– une production aux petits oignons, claire et puissante

Les – :
– les textes moins métaphoriques que par le passé
– manque parfois de violence, le morceau « I Hope You Suffer » faisant office d’exception
– pour ceux qui espéraient un autre Sing The Sorrow

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