Chronique : Crazy Town – The Brimstone Sluggers

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13 ans, c’est l’attente qui sépare la sortie de The Brimstone Sluggers, troisième album de Crazy Town, de son aîné Darkhorse. 13 longues années durant lesquelles Mazur et Shifty, têtes pensantes et leaders de la formation, ont plus ou moins disparu de la circulation. Ils sont de retour en 2015 avec un des groupes au succès le plus éclair qui soit mais dont on retient le tube intemporel et interplanétaire « Butterfly » sorti 1999. Aujourd’hui, Crazy Town séduit-il toujours ?

Question que l’on est en droit de se poser, surtout après l’échec critique et commercial de Darkhorse en 2002, qui prenait la relève de The Gift of Game véritable usine à tubes et un des albums de fusion les plus rafraîchissants qui soit grâce à son côté décalé, volontairement vulgaire et à l’egotrip total.

Aujourd’hui, The Brimstone Sluggers, référence au premier nom du groupe, s’impose comme le retour tant attendu… mais pas trop non plus. Il est clair que retrouver Shifty et Mazur aux commandes de Crazy Town, accompagnés par DJ AM (présent sur le premier album) après tant d’années d’absence est un véritable plaisir (coupable) mais entre 1999 et 2015, le public a grandi et ce qui nous séduisait à l’époque ne marche plus nécessairement aujourd’hui. Pourtant, on est forcés de constater que le nouvel album de Crazy Town ne bouscule plus les standards et s’inscrit même fortement dans la vague electro/hip-hop américaine en vogue, est-ce un défaut pour autant ?

Fidèle à son esprit originel, Crazy Town sait réinventer suffisamment sa musique pour tenter de surprendre son public. Si le puriste attendra en vain un déluge de riffs de guitares bien caractéristiques des sons rapcore du groupe, le profane trouvera un album « à la mode » fortement honnête dont l’efficacité de certains tubes pressentis est irréprochable. L’alchimie de Crazy Town, sur ce disque de retour aux sources, est profondément plus ancrée dans le rap et la pop que dans le metal, exit donc le feeling (néo) metal et place à une fusion des styles plus radiofriendly avec un ton résolument pop et electro. L’habillage discret de guitare se confond aux différents beats electro et même dubstep de DJ AM et les différents invités du disque (J. Angel, Bishop Lamont, Koko Laroo, Madchild) accordent un véritable panel de couleurs supplémentaires à la musique de CxT.

On retient évidemment « Megatron » et sa rythmique percutante non-loin d’une petite folie glam et martiale qu’un certain Marilyn Manson ne renierait pas, « Come Inside » qui ouvre l’album en donnant directement la couleur du disque : frais et estival, « Born to Raise Hell » et son refrain catchy, ou encore « Ashes » avec ses riffs de guitare exotiques, soutenus par Tom Dumont de No Doubt qui possède un potentiel dingue de single radio, ou « Backpack » et son rap sombre très new-yorkais. Pour situer le feeling général de l’album par rapport aux précédents, The Brimstone Sluggers s’inscrit dans la lignée de chansons telles que « Lolipop Porn », « Revolving Door », « Black Cloud », « Skulls and Stars », « Players only love you when they’re playin' », « Butterfly » ou même l’album Happy Love Sick de Shifty (himself).

Toujours dans leur optique de coller le plus possible à l’esprit Crazy Town, la plume des deux MC’s n’a pas évolué et les mêmes thèmes qu’en 99 y sont recyclés : sexe, drogues, filles, west coast et egotrip et pourtant sous cette évidente superficialité se trouve un des éléments clés de la musique de Crazy Town, autant avant que maintenant : le second degré. A l’image d’un Limp Bizkit, Crazy Town a pris conscience très tôt que le groupe ne doit pas se prendre au sérieux mais qu’il est, en revanche, à prendre au sérieux. Plus qu’un album entre copains adulescents, The Brimstone Sluggers s’impose comme un véritable disque de fusion exotique entre pop/electro, rap et rock à écouter sous le soleil tapant de la Californie dont les clés de la recette sont distillées relativement habillement sur les 12 titres du disque.

Le feeling définitivement « à l’ancienne » de l’album est renforcé par la présence d’anciennes chansons du groupe non-gardées pour les sorties précédentes, notamment « Come Inside » et en faire la piste d’ouverture de The Brimstone Sluggers n’est pas anodin. Le tout est évidemment servi par un travail colossal sur la production aidant des chansons profondément installées dans la fin des années 90 à faire un bond jusqu’en 2015 sans accroc majeur.

Malgré un étonnant classicisme en rapport avec le paysage musical radiophonique actuel, Crazy Town a osé la prise de risque en choisissant d’assumer jusqu’au bout sa dimension hip-hop et l’effort se doit donc d’être mis en avant avec la volonté de proposer une musique hétérogène et différente… mais fidèle à l’identité propre du groupe. CxT aurait très bien pu jouer la carte de facilité et sortir un album de rapcore formaté qui aurait mis tout le monde d’accord mais Shifty et Mazur ont préféré rester authentiques vis à vis de leur public et surtout vis à vis d’eux-mêmes en ne trahissant à aucun moment leurs véritables envies et intentions.

Les allergiques à la musique mainstream de Flo-Rida et compagnie y trouveront difficilement leur compte, surtout s’ils attendaient un retour en force où les guitares acérées seraient au premier plan. Le public a vieilli, Crazy Town aussi et si la forme de Crazy Town 2015 n’a plus grand chose à voir avec le Crazy Town de 1999, le fond, lui reste le même, le feeling général de l’album dégage le même sentiment old-school et sait donc pincer la nostalgie de l’auditeur.

On a des doutes concernant le retour à la gloire éphémère d’antan, reste que The Brimstone Sluggers est un disque qui se doit de vous accompagner à la plage ou pendant vos rides en skate cet été. Fort de sa fusion toujours aussi exotique qui sent bon la côte ouest et les plages de Californie et de ses quelques tubes dont on espère une certaine durée de vie sur les ondes FM, il n’empêche qu’il n’atteindra pas le degré de culte qu’avait pu avoir The Gift of the Game. Tout a changé mais rien n’a changé, The Brimstone Sluggers est un des cinq disques « pop » à posséder cet été, c’est certain…. quant à après, il n’est pas certain qu’il vieillisse aussi bien que ses aînés. On attend désormais la suite.

Note du rédacteur : 

Les +

  • Les voix et le punch de Shifty et Mazur que l’on retrouve avec plaisir.
  • « Ashes », le hit évident de l’album.
  • L’éclectisme.
  • L’esprit CxT bien présent (+0,5 sur la note finale grâce à la nostalgie).
  • Des codes modernes avec un feeling old-school.
  • Une prise de risques louable
  • Une première partie d’album efficace et percutante…

Les –

  • Un disque trop ancré dans son époque et donc qui ne vieillira pas nécessairement bien.
  • ….une seconde partie d’album plus anecdotique.
  • La version alternative de Megatron.

Julien K.