Chronique : Fantastic Negrito – The Last Days Of Oakland

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Révélés au grand public par la série Hands of God où l’on y retrouve un Ron Perlman (Hellboy, Sons of Anarchy) en pleine forme, les Fantastic Negrito distillent un blues rock à l’accent punk sulfureux et à l’esprit soul indéniable. Emmenée par Xavier Dphrepaulezz, la formation revendique haut et fort ses racines afro-américaines et propose aujourd’hui son premier album intitulé The Last Days Of Oakland. Après un premier EP où l’on y retrouvait « An Honest Man » , thème de Hands of God, et d’autres tubes en puissance comme « Night has turned to Day » qui ont levé le voile sur un groupe plein de talent et d’avenir, il est temps de se tourner vers ce LP et de parcourir ce qui pourrait bien être l’album blues rock de l’année aux côtés de The Pale Emperor (Marilyn Manson).

Une intro éponyme à la fois narrée et chantée lance l’album et permet d’anticiper le ton mélancolique au possible de ce treize titres issu d’un diamant de musique noire traditionnelle. « Working Poor » et son blues funky enrichi d’un couple synthé/basse mis en avant confirme rapidement la tendance et nous plonge dans une musique roots tout ce qu’il y a de plus pur. Le timbre si particulier de Xavier, parfois à la frontière d’une voix féminine, nous fait traverser les âges où se mêlent soul, blues, rock, et attitude punk. Lointaine est l’ère où la voix blues tentait d’imiter les instruments et inversement, mais tout comme ses ancêtres, Fantastic Negrito raconte une histoire (‘I feel like it’s over / Him clean my city / Me sell my soul / Him evil genius turned working people / Into the working poor‘) et s’identifie au bas peuple, surtout issu de la pauvreté afro-américaine, en extrapolant le déclin de leur ville d’origine, Oakland. Aussi réussi qu’il puisse être, il se peut néanmoins que ce premier single ne soit pas parvenu à vous parler. C’est alors avec « About a bird » que la formation balance tout ce qu’elle a de plus magnifique et prend son auditeur aux tripes, tant musicalement que vocalement. Lancez donc la lecture en bas de cette chronique et continuez la lecture !

L’une des choses que l’on remarque lorsque l’on regarde la tracklist, c’est que The Last Days Of Oakland est superbement bien découpé par ses interludes plaintives « What do you do » et « El Chileno » , ce qui permet au syndrome ‘un blues un rock’ de s’estomper au profit d’un tracklisting de qualité aux compositions toutes plus inspirées les unes que les autres. Que ce soit « Scary woman » et sa guitare tout droit tirée des Cage the Elephant , « Hump Thru The Winter » et son entrainant rythme blues’n’roll ou encore « The Worst » et ses séduisants chœurs féminins, les morceaux défilent mais ne se ressemblent pas. Et ça, c’est gage de qualité. Ce qui est étonnant, c’est qu’il ait fallu autant de temps à notre Fantastic Negrito pour trouver sa voie (voix) et s’émanciper avec une sincérité qui se ressent dans la moindre note écrite et jouée. Mais est-ce un défaut en soi ?

Pour l’aider à sa tâche, L.J. Holoman (clavier) l’accompagne et signe quelques murmures menaçants qui rajoutent une certaine chaleur à des titres comme « In the Pines » et « Lost In A Crowd ». D’autres titres se veulent d’ailleurs tout aussi étonnant que son auteur, comme « The Na song » et son southern side tirant vers la soul et plus particulièrement le gospel par moment. Cet amour hurlé pour la musique noire représente l’une des plus belles forces de cet album mais n’empêche pas à la formation de s’en éloigner avec modernité pour des titres plus rock’n’roll comme « Rant Rushmore » ou pour la balade de clôture obligatoire « Nothing without you ». En soi, et vous l’aurez compris, si cet album tourne autour d’un blues rock noir tout ce qu’il y a de plus classique, sa musique s’embellit d’une voix unique en son genre, travaillée et sincère, d’arrangements tout ce qu’il y a de plus réfléchis, de musiciens excellant dans leur domaine, et d’une ambiance réellement immersive. Chaque morceau s’apprécie seconde après seconde, note après note, comme tout disque d’exception qui se respecte. Difficile, alors, de ne pas lui succomber.

The Last Days Of Oakland est le genre d’album que vous n’entendrez qu’une fois par cycle. Généreux au possible de par son approche de la musique blues, chaque titre se prend comme un cadeau tombé du ciel et se dévore de bout en bout. Il aura fallu de nombreuses années à l’artiste pour se trouver et trouver ses auditeurs par la même occasion; on en déduira alors que la maturité et l’expérience apporte finalement toujours du bon et lui a surtout permis de nous délivrer ce petit bijou artistique. On pourra toujours lui reprocher sa courte durée (40mns~ sans les interludes), son manque de réelle nouveauté par rapport à l’EP qui l’a précédé, ou encore sa relative modernité quant à sa production et ses arrangements, mais ce serait justement lui retirer quelques unes de ses plus belles qualités. Concrètement, comment dire… la musique des Fantastic Negrito ne s’écoute pas, elle se vit. Alors je vous incite très honnêtement à jeter une oreille curieuse à un disque qui a beaucoup plus à vous offrir musicalement parlant que la masse d’autres sorties du moment.

Note du rédacteur : etoile4

Les + :

  • Un diamant brut de musique noire
  • Une voix sincère et débordant d’émotions
  • Des compositions travaillées et recherchées
  • A la fois blues, rock, et soul

Les – :

  • Seulement 10 vrais titres
  • 45mns intro et interludes comprises

01. Last Days of Oakland (intro)
02. Working Poor
03. About a bird
04. Scary Woman
05. What do you do (interlude I)
06. The Na Song
07. In the Pines
08. Hump Thru The Winter
09. Lost in a Crownd
10. El Chileno (interlude II)
11. The Worst
12. Rant Rushmore
13. Nothing without you