Chronique : Ratamahatta – RATA 4 LIFE

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Quand on pense à « hardcore » et « France », bien souvent c’est le nom de Black Bomb Ä qui passe par la tête et pourtant, en route depuis la même année, époque qui a vu grandir et grandir la scène ou plutôt famille de la frenchcore, Ratamahatta en sont de véritables dinosaures.

Avec 20 ans de carrière, le groupe a sillonné les routes, explosé des centaines de scènes, déclenché nombre de guerres dans les fosses, vidé BEAUCOUP de bouteilles et partagé l’affiche avec des noms comme Pleymo et Svinkels. Pourtant seulement deux disques sont à compter à leur discographie, RATA 4 LIFE sorti en juin 2014 sent bon le son dit « à l’ancienne » et semble même apparaître comme un vestige intemporel d’une époque où tout semblait possible, une époque où la haine et la bière étaient au service d’une musique agressive et fédératrice : le hardcore.

RATA 4 LIFE, pour faire aussi simple et rapide que le disque en lui-même est un concentré de hits destructeurs taillés pour la scène. Ni démonstration profondément artistique ou contemporaine, ni même de complainte d’un chant du cygne Ratamahatta fait l’effet d’un brass knuckles dans l’estomac qui n’est pourtant pas dénué de finesse. Que ce soit le titre éponyme lui-même et son riff principal exclusivement groovy qui rappellera les débuts de Soulfly et Limp Bizkit ou son solo endiablé dans la plus pure tradition d’un Sepultura période-Roots, l’exquis « Hipster va te faire mettre » dont la subtilité mange les pissenlits par la racine ou encore l’hymne au moshpit sobrement baptisé « La bagarre !!! », Ratamahatta peut compter sur la puissance de ses deux féroces aboyeurs-nés et un débit en français parfois incompréhensible mais avouons-le… on s’en fout tellement c’est bon.

La musique des Rata sent bon la bière, la cave et le son indé enregistré par des mecs qui ont la haine et sonne comme si le Biohazard couillu des dernières années ou Deez Nuts avait apprivoisé la douce langue de Molière pour la rendre aussi aiguisée et coupante qu’un tesson de bouteille. Pour autant, loin d’eux l’idée d’enregistrer n’importe quoi et n’importe comment, le son de ce RATA 4 LIFE est soigné, ne tombant jamais dans le brouillon gratuit et le groupe se refuse de rester sur ses acquis. Si le feeling évident est clairement old-school, la volonté des musiciens aux commandes de ce char d’assaut paré à toute épreuve se permet quelques folies afin de passer la musique de Rata à un stade supérieur et plus réfléchi autant dans sa forme que dans son fond. Purement old-school, ce nouvel EP des Ratamahatta tient les promesses qu’il fait : servir une musique authentique et décomplexée sur 7 titres courts, 7 hymnes pour de la joyeuse baston entre potes dans un moshpit furieux dont il ne reste qu’un No Man’s Land en fin de passage.

Tour à tour hip-hop, hardcore, punk et néo metal old-school grâce à la richesse d’influences de ses musiciens, RATA 4 LIFE s’affiche comme un concentré de testostérone mais surtout sincère, violent mais jamais beauf et de surplus un Rata qui a évolué et tente des nouvelles formules dans sa musique, évitant avec brio le piège de la redite ou de l’ennui. Sombre et foutrement dynamité, cet EP est comme un témoignage d’une époque révolue où des darons du hardcore contemplent aujourd’hui une scène qui tend à s’éteindre… qui tend seulement car tant que le hardcore français possédera des représentants tels que les furieux Ratamahatta dont l’ambiance de leurs concerts serait l’équivalent français d’un Fight Club, la flamme ne s’éteindra jamais. Un disque de bonhommes !

Note du rédacteur : 

Julien-K