Chronique : Furykane – Furykane

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Suite à un premier concert au Chinois où nous avons eu droit à la quasi totalité de leur nouvel album, Furykane a officialisé sa sortie en nous fournissant généreusement une copie de celui qui succède à FaKe. Ce n’est un secret pour personne : depuis que je les ai découvert, justement avec leur premier album, la formation parisienne s’est hissée au sommet de mon top ‘french metalband’. Après un complet changement visuel et sonore, le groupe revient en force avec un son éloigné de la fusion de leurs premiers amours. Si nous savions déjà à quoi nous en tenir, il faut avouer qu’une fois l’album lancé, c’est avec grand étonnement que je découvre des sonorités auxquelles je ne m’attendais absolument pas de leur part.

Le blanc ça tâche, et la fusion typée nü commence à se faire un peu vieille. Deux choses que les Furykane ont bien compris. C’est avec un visuel moins atypique et un son s’éloignant de leurs débuts que le groupe a commencé sa promo avec un premier teaser de leur single « Feast ». Ces très (trop) courtes 37s nous laissaient imaginer un son résolument plus mélodique et plus alternatif, en soi bien plus moderne que pouvait l’être FaKe. Mais ce qu’il ne nous disait pas, c’est que l’album entier serait un véritable bijou sonore.

Le clip de « Feast » fût dévoilé ce 31 mars, et le morceau en lui-même n’est donc plus une surprise pour personne. Ce qui l’est, en revanche, ce sont les influences typiquement djent que nous pouvons retrouver dans la façon de jouer de notre guitariste, Max. A croire que le dernier Smash Hit Combo (RESET) a réellement influencé le quator Parisien (ndlr : les deux ont joué ensemble lors du Festinal Ch’ti Rock’n Loos). D’un point de vue technique, nul doute que les musiciens ont grandement évolué, il faut dire que 3 ans séparent leurs deux albums. On comprend donc assez facilement que tant les influences que leur vision de la musique ont évolué avec le temps. Second constat, la ligne vocale fait la part belle à la voix chantée de Jen, toujours aussi ravissante, toujours aussi douée. Le chant hurlé est cette fois-ci relégué au second plan, et n’est plus une composante principale dans la ligne de chant. Que l’on apprécie ou pas cette optique choisie, la belle a énormément progressé tant en justesse qu’en technique elle aussi, comme nous le prouvent des morceaux comme « Chemical Load » et « Dive » qui, très sincèrement, me filent des frissons. Jamais deux morceaux n’auront autant réussi à provoquer en moi cet espèce de petit choc électrique, si ce n’est « STFU » (FaKe) !

Certains ont déjà pu lire que j’ai une sainte horreur des chanteuses metal, hormis quelques exceptions (Jinah des MAD FRET, Lena des Infected Rain, et… c’est à peu près tout). A vrai dire, je regrette que la plupart des chanteuses dites metal aient toutes les mêmes screams et, à quelque chose près, toutes la même voix claire. Mais s’il y a un point sur lequel je m’entends avec moi-même, c’est que Jen est au dessus de tout ça. Non seulement sa voix claire, d’une extrême justesse et d’une rare beauté, parvient à nous transporter, mais sa voix hurlée est tout aussi réussie, tout comme elle l’était sur leur premier album. On retrouvera d’ailleurs avec « Porn to be wild » et « Hard Cookie » un lien sonore avec FaKe. Comme quoi il est toujours bon quand un groupe n’oublie pas ses propres racines. Et pour les avoir vu en concert, je peux vous affirmer qu’il n’y a aucun artifice. Pas de cache-misère, pas d’arrangement bidon impossible à reproduire en live : l’authenticité est une qualité à mettre au compte de musiciens expérimentés qui ne tentent pas de reproduire ce qu’ils entendent ailleurs sans maitrise.

Romain, batteur, est l’exemple parfait du musicien qui n’en fait jamais trop mais se trouve être là où on l’attend. On retrouve ainsi ce côté pro tout au long de l’album, et un peu de légèreté de ce côté-là, ça fait du bien. Parce que qui n’en a jamais eu marre des martelages de futs et autres double kicks incessants et abusifs ? C’est une chose que vous ne retrouverez jamais chez Furykane. Et c’est sur « Lullaby » que l’on apprécie le plus ce genre de discrétion, alternant couplets atmosphériques à la « Absolute Disgrace » (FaKe) et refrain un peu plus percutant.

En lui-même, l’album se révèle malgré tout relativement inégal. Mais mettons les choses au clair : on oscille ici entre jouissance sonore et chansons véritablement réussies mais toutefois un peu moins marquantes que le combo Feast/Porn to be Wild/Chemical Load/Dive (ce qui fait déjà 4 véritables merveilles sur 10 morceaux…), comme « Psycho ». Il faut dire qu’une fois que l’on a goûté à la quasi perfection, difficile de revenir en arrière. On ne peut tout de même pas leur reprocher d’avoir frôler l’excellence sur une majeure partie de leur album…

Reste « In Flames », sa structure atypique où le groupe intercale quelques secondes reposantes entre deux couplets avant de repartir de plus belle, mais, et surtout, sa basse. Une ligne tant agressive que particulièrement en raccord avec le morceau, qui sait s’effacer quand elle le doit. Je l’avais déjà mentionné lors du report, mais le jeu de Quentin m’aura totalement séduit sur bien des points. Sa gestuelle est d’enfer (chose invisible sur CD, je le conçois), sans compter qu’il s’agit d’un des rares bassistes metal qui ne se perd pas dans les autres instruments (!). J’en aurai la confirmation à la release party, mais je dois avouer qu’il fait dorénavant parti de mes bassistes favoris… comme quoi, il n’y en a pas que pour les frontgirls ! D’ailleurs, on retrouve sa dominance sur « Point of view », où son instrument prendrait presque le pas sur la 7 cordes aux riffs écrasants. Et la petite dernière pour la fin, « Pop-up », plus légère que les autres, plus électrique aussi, avec un chant un peu plus relâche et moins agressif. Encore une preuve que notre quatuor s’est éloigné du metal pur et dur pour quelque chose de plus alternatif en soi. Mention spéciale à la fin du morceau, près d’1mns (sur 3:30) de riffs de clôture, sans aucune voix par dessus. Mieux qu’une outro !

Vous l’aurez compris, ce nouvel album confirme bien la place du groupe dans mon coeur. Aux premiers abords, j’étais un peu déçu de ne pas y retrouver les sonorités de FaKe, mais après avoir creusé et découvert ce qu’offrait cette nouvelle recette, impossible pour moi de le bouder. Mieux encore, cet album est, selon moi, supérieur à leur premier sur bien des points. Les sonorités sont modernes, toujours mesurées, jamais abusées, et surtout, on sent l’expérience et l’âge des membres dans leur vision de la musique. Alors n’attendez plus, achetez cet opus ou, encore mieux, venez participer à son lancement samedi soir ! Pour ma part, mon exemplaire est déjà réservé et trônera fièrement aux côtés de leur EP et de leur premier album.

Note du rédacteur : etoile4edemie

Les + :

  • Un album d’une rare classe
  • La production est à la hauteur du talent de ses musiciens
  • Un quatuor alchimiquement parfait !
  • Le combo Feast/Porn to be Wild/Chemical Load/Dive

Les – :

  • Où est mon retake de STFU ?! (oui, il faut bien trouver un défaut…)