Chronique : Futsu – Body Island

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Il y a de cela environ 12 mois, je découvrais Pink Tatami, avec à son bord Mike, frontman et musicien accompli. Cet événement pris à part ne peut, peut-être, rien signifier pour vous, mais c’est ainsi que j’ai découvert Futsu qui fût, en l’espace de quelques écoutes de démo, déjà un projet qui me tenait réellement à coeur. Je soutenais même que l’album serait LA sortie pop/folk de l’année. Manque de chance, celui-ci fût légèrement retardé pour une sortie début 2015. Si l’on viendra avancer qu’il est trop tôt pour ça, je déclare à nouveau et, déjà, Body Island comme l’album pop/folk de l’année. Vous me trouvez optimiste ? Moi pas.

En parcourant Body Island, vous assisterez non pas seulement à l’accomplissement d’une vie influencée par de nombreux styles musicaux et de nombreuses époques, mais aussi à la démonstration de ce que veut réellement signifier le mot talent. Car Mike n’est pas seulement un chanteur, il est aussi derrière de nombreux projets et se révèle être aussi à l’aise que ce soit sur Le Petite Morte (premier album délirant de son projet miQue, sorti uniquement sur le territoire japonais), ses autres compositions plus electropop comme 11:11, Nada Collapse, ou encore Pink Tatami (rock/metal fusion). Cependant, Futsu n’est pas seulement le fruit de la schizophrénie musicale de Mike, mais bel et bien la rencontre entre plusieurs musiciens et instrumentistes passionnés provenant d’univers différents.

Si le projet est porté par, donc, Mike Marques, ce dernier se voit ici enrichi de nombreuses interventions d’une pléiade d’instruments comme le violoncelle, la harpe, l’orgue traditionnel, le banjo, la trompette, le saxophone, ou encore l’accordéon, et surtout supporté par plusieurs musiciens de talents, dont certains qui vous seront sûrement familiers : Cécile Mirtin (Kamera Obscura), Julien de Rango (Nada Collapse), Thomas Robin (Pavlov), Melissa TB, et Dave Euphrasie, sans compter les invités (guests) comme Jennifer Diehl (Furykane) qui participe à plus de la moitié des morceaux de l’album ! Et ça tombe bien, puisque la première chose qui me fit accrocher aux démos de l’époque fût justement la participation de Jen, dont la voix m’avait tout particulièrement envouté lorsque je découvris son groupe. Et quel changement !

Le voyage commence en mer avec « Body Island/Body Shapes » où la première caractéristique qui nous saute aux oreilles est l’exotisme régnant des sonorités jouées. Personnellement, je me suis cru sur le quai de départ direction les îles tropicales. Que ce soit dans les harmonies vocales ou l’instrumentale, le premier titre se veut joyeux et bien loin de la pop/folk mainstream et radiophonique, ou niaise à souhait, ou bien trop déprimante pour être réellement sincère. A ce point, Body Island s’annonce comme un album riche dans ses orchestrations, lorgnant parfois du côté rock indie avec « Mechanical Brides », mais gardant avant tout une racine profonde dans la ‘freak folk‘ où l’on y retrouvera tout un tas d’éléments de musique avant-gardiste, de pop baroque, et de folk psychédélique. Techniquement, je dirais même que Futsu s’apparente à ce que je pourrais nommer de la ‘freak pop’. Point plus étonnant, que ce soit sur l’un ou l’autre des morceaux, impossible de reconnaitre Jen et Cécile en partant de leurs formations respectives (ndlr et rappel : Furykane et Kamera Obscura). Deux voix pourtant singulières mais qui, ici, changent du tout au tout afin de s’adapter à un style moins metal. Impossible, donc, de ne pas reconnaitre un certain talent d’adaptation à nos deux demoiselles. Mais il en va de même pour Mike qui, bien qu’avec un accent reconnaissable entre mille, s’est éloigné du style crossover de ces anciennes formations pour un chant moins ‘rock/metal’.

Il en va aussi de saluer l’effort des musiciens côté instrumentale puisque si les ornements sont nombreux et souvent très généreux, quelques compositions nous font grâce d’une sobriété plus qu’appréciable comme « Sand & Noise » (l’une de mes favorites) ou encore « Shadowboxing » où l’on y retrouvera un chant clair du plus bel effet et surtout jamais entendu pour notre jolie blonde. Toutefois, la richesse de certains morceaux, comme « In Descending Circles », signera pour le coup l’un des meilleurs titres de Body Island. Comme quoi, si Futsu excelle dans la simplicité, le groupe sait aussi faire les choses en très grand en ayant pensé à chaque moindre détail, mais surtout grâce à une ligne de violon des plus redoutables. Et si l’on rajoute à ça une basse puissante et loin d’être reléguée en arrière plan, ainsi qu’une guitare électrique des plus funky, nous avons le trio gagnant. Mais ce serait oublier Dave qui, étonnamment, ne cherche jamais à trop en faire ou à sortir du lot pour marquer son instrument. Ce qui, pour moi, reste la plus grande qualité chez un batteur. Justesse est donc le maitre mot pour un instrumentiste qui colle parfaitement avec un son ‘made in Futsu’.

Et puisque l’on en parle, je tiens à souligner le fait que, sans Melissa, les compositions seraient bien plus pauvres et bien moins originales. Parce que si l’intégration d’un violon dans une formation dites rock pourrait en étonner voire choquer plus d’un, il est inutile de préciser que l’instrument remplit à merveille son rôle et sublime de plus d’une manière chaque titre sur lequel il figure. Facile, donc, d’en déduire que celui-ci se veut être une facette marquée de la personnalité surprenante du groupe. Et vous l’aurez compris : surprenant est un adjectif très bien choisi pour qualifier notre jeune formation.

Il n’y a qu’à prendre « Summer Bones » pour s’apercevoir que le violon est loin de servir d’instrument remplissage et prend une part bien particulière dans certains morceaux. Mais ce qui est vraiment étonnant avec Body Island, c’est la qualité entière de celui-ci. On le sait, beaucoup d’albums commencent étonnamment bien pour voir ses moins bons morceaux placés vers la fin. Ici, pas du tout. Que l’on prenne le bateau à levé d’ancre ou à son arrivée avec, par exemple, « Gift Horse » (track 4/11), « Mind over the Matter » (track 7), ou encore « She The Bodies » (track 9) , chaque étape de son trajet est constante en terme de rendu. En d’autres termes, et pour être plus concis, tous les titres sont aussi bons les uns que les autres. Et bien entendu, que serait un tel voyage sans se terminer sur une acoustique, chère à notre Mike (ndlr : souvenez-vous de « Houdini » ), et qui parfait à merveille une aventure riche en émotion.

Je pourrais encore écrire de nombreuses choses à propos de cet album, car la (ma) -re-découverte du mouvement pop/folk anglophone lancée fin 2013 par Lily Kershaw et son merveilleux Midnight In The Garden m’aura permis de mieux apprécier un style bien plus riche qu’il n’y parait en découvrant de très nombreux artistes certes liés à la folk mais dont le son s’en éloigne en profondeur. Parce que la folk ne s’arrête pas à l’acoustique, parce que la pop ne s’apparente pas uniquement aux sorties radiophoniques, Futsu a su mélanger un tas d’éléments rencontrés sur la route de nombreuses années, mais aussi de nombreuses rencontres, pour donner vie à un album unique en soi, qui n’a absolument rien à envier aux grands noms de la musique. Body Island est sûrement même l’un des meilleurs album que j’ai pu écouter de ma vie. Pour vous faire une image, le talent de Futsu pourrait facilement être mis en parallèle à celui de la mystérieuse Chelsea Wolfe, pour avoir su enfanter un son unique en son genre. Parce qu’au final, si une grande partie de la base reste folk, le résultat se révèle surtout exceptionnel et inimitable. Et ça, c’est synonyme de grande musique, pas vrai ?

Note du rédacteur : etoile4edemie

Les + :

  • Un grand nombre d’instruments pour de belles et riches orchestrations
  • De jolis noms tant au line-up que parmi les invités
  • Un album de qualité constante du début à la fin
  • L’exotisme de Body Island, loin de la contemplation plaintive de la folk habituelle

Les – :

  • Les compositions ‘coupées’ de la tracklist (qui verront le jour sous forme de EP ?)