Chronique : Girugämesh – MONSTER

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Les formations visual-kei qui ont réussi à percer hors Japon sont nombreuses, allant de la plus modeste à des monstres bien plus populaires comme THE GAZETTE. Bien que la plupart n’ont pas survécu à leur passage en Europe, certaines ont malgré tout réussi à se faire un petit nom non plus seulement chez les amateurs du genre, mais dans le monde entier. Depuis dira-t-on 2006/2007, Girugämesh et leur son neo metal à base de fusion hip-hop et electro a éclaté cette bulle Japonaise en s’éloignant du VK que l’on connait pour proposer des éléments plus occidentaux. Attendus au tournant depuis leurs 2 derniers albums plutôt moyens voire médiocres pour certains, les voilà de retour avec une nouvelle orientation musicale.

Après avoir fêté leur dixième anniversaire, le quator Japonais se devait de revenir en force pour séduire à nouveau. Après un album peu inspiré et bien insipide sorti en 2011 sous l’intitulé GO et où l’orientation plus pop que rock perdait en chemin de nombreux fans, c’est avec leur dernier single INCOMPLETE que le groupe surprenait ses auditeurs ; majoritairement ceux ayant perdu foi en eux malgré deux singles signant un retour plutôt heavy (mais impersonnel au possible) en 2012. En ayant repris ses influences electro metal datant de MUSIC (2008), considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs disques du groupe avec leur album éponyme sorti en 2007, les Girugämesh signent MONSTER.

Dès l’intro, on se rend compte que le groupe veut repartir sur de bonnes bases avec un son à la croisée de l’electro et du metal, où des samples dubstep particulièrement imposants accordent à leurs compositions une approche bien plus musclée qu’auparavant. Et c’est à « DRAIN » de prouver à beaucoup que le groupe s’est enfin repris en main et a abandonné la pop de leur album précédent en faisant suite à cette introduction certes inutile, mais démontrant tout le potentiel déjà acquis de cet album. A nouveau, nous retrouvons toute la fougue et l’énergie de nos 4 japonais, où le chanteur Satoshi alterne de nouveau voix éraillée et chant clair ‘pop-ish’ tout en contraste avec une instrumentale presque metalcore. On retrouvera toujours cette pointe de mélodie qui fait tout le charme du groupe avec « Resolution » et « Another Way », plus rock que metal pour le coup, où une certaine légèreté ne sera pas sans rappeler les sonorités j-rock. Une preuve de plus que Girugämesh a définitivement laissé tomber l’univers visual.

Avec « VOLTAGE » et « Live is Life », Satoshi renoue avec une capacité vocale bien appréciée de ses plus vieux fans en se lâchant sur une courte gueulante très appréciable, dont les chœurs y faisant suite rajouteront un peu plus de charme à deux morceaux malgré tout déjà répétitifs. Car le principal défaut que l’on peut tirer de MONSTER, c’est son aspect recyclage. Le groupe n’a jamais été très technique, mais les riffs ne sont jamais très inspirés, sans parler des sonorités electro qui ne se renouvellent que trop peu. Fort heureusement, ils peuvent compter sur l’aspect très brut de leurs morceaux, s’enchainant à une vitesse folle sans pour autant voir le temps passer. Le titre phare de leur dernier single, « INCOMPLETE », laissait déjà transparaitre une certaine redondance sur la durée, mais son efficacité n’est plus à prouver et se révèle être un des morceaux les plus marquants de l’album.

Mais puisque celui-ci est déjà et sera toujours comparé à MUSIC, autant y aller franco. On constate que l’ambiance générale d’une grosse partie de l’album est trop souvent impersonnelle. Quand MUSIC se voulait atmosphérique et sombre avec des titres comme « Asking Why » ou « Ishtar » malgré quelques ratés comme le refrain de « Break Down », MONSTER se veut plus classique et plus direct. J’irais même jusqu’à dire que MONSTER est moins abouti que son grand frère. Mais heureusement, l’album en a encore dans le ventre.

« Antlion Pit » se veut déjà bien plus plaisante en étant LE titre qui provoquera des malaises dans les concerts grâce (ou plutôt à cause) des pogos qu’il donne envie de provoquer, en concentrant tout le meilleur du Girugämesh actuel, dont bien évidemment cet aspect fusion/rapcore si chère au groupe. Nii, le guitariste, s’est pour le coup surpassé, puisque étant le seul guitariste du groupe, tout comme Ryo qui a fait d’énormes progrès à la batterie. La mise en retrait de la basse est déplorable bien que logique, ShuU se retrouvant perdu dans cet apport de sonorités toutes plus explosives les uns que les autres. Soit tout le contraire de « BAD END DREAM » qui, malgré ses lignes dansantes, se révèle être plutôt classique ; jusqu’à son solo et ses beats hip-hop qui sauront relever le niveau.

La bande n’a d’ailleurs pas chômé et propose deux nouvelles versions pour « Zecchou BANG!! » et « Zantetsuken », ces deux fameux singles heavy et impersonnels. Que dire si ce n’est qu’ils ont réussi à donner vie à deux morceaux sans âme aucune, en les retravaillant un peu et en les mélangeant aux autres compositions. Il ne suffit parfois pas de grand chose… comme de terminer MONSTER par l’un de leurs meilleurs morceaux, certes inspiré de « nobody » (parue dans NOW), mais pour le coup vraiment personnel. « ALONE » est la seule balade sur 12 titres, mais quelle excellente manière de clôturer un album en demi-teinte sur bien des points. Ses relents hip-hop rappelleront à beaucoup les influences nü du groupe, qui a choisi d’alterner ici acoustique et électrique pour un résultat du plus bel effet.

En résumé, Girugämesh signe un retour plutôt convainquant et moins commercial que leur dernier et avant-dernier album, où seuls quelques titres sortaient du lot. Bien qu’ayant ses défauts, MONSTER pourrait satisfaire les fans qu’ils ont perdu ces dernières années, tout en séduisant de nouveaux auditeurs. Il conviendra aux Japonais de continuer dans cette voie en insufflant un peu plus de personnalité dans leur musique, et surtout plus de créativité ; le recyclage restant LE point faible de cet album. Pour le moment, on se contentera de saluer les efforts de nos quatre musiciens en espérant qu’ils ne se reposent plus sur leurs lauriers et continuent de fournir un travail de qualité, même si en demi-teinte par moment. Il ne s’agit certes pas d’un album aussi mémorable que leurs premiers travaux, mais pour l’heure, MONSTER est une production satisfaisante et séduisante.

Note du rédacteur : 

Les + :

  • Retour en force d’un groupe ayant retrouvé toute sa fougue d’antan
  • L’efficacité de certains morceaux
  • Les sonorités electro/dubstep couplées à un metal des plus efficaces

Les – :

  • Relativement impersonnel et assez répétitif
  • Le chant de Satoshi, toujours trop pop par moment