Chronique : Infected Rain – Asylum

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Introduit dans l’une des dernières news, Infected Rain est à l’honneur aujourd’hui avec une chronique et une interview. En provenance des pays de l’est, et plus précisément originaire de Moldavie, le groupe de nü metal est emporté par 5 membres dont le potentiel et l’alchimie n’est plus à prouver au travers d’une demo en 2008, un EP (Judgemental Trap) en 2009, un album (Asylum) en 2011, et un single (Stop Waiting) en 2013. Leur réussite repose principalement sur leur chanteuse, Lena, dotée d’un timbre unique en son genre, et étant aussi à l’aise dans un chant clair entièrement en anglais que dans des death growls particulièrement maitrisés.

Retour sur un album particulièrement réussi.

L’univers d’Infected Rain se veut tourmenté, à l’accent mélancolique, et c’est avec la courte introduction « What You Whisper » que l’auditeur commence déjà à s’enfoncer dans les limbes d’Asylum. D’hypnotiques chuchotements s’allient ainsi à une atmosphère glauque et angoissante, annonçant dores et déjà la couleur de cet album, dont le premier vrai titre, « The Life Game », nous plonge dans ce que le groupe sait faire de mieux, à savoir allier violence et tristesse, où la chanteuse Lena, tantôt vindicative, tantôt aérienne, se voit supportée par un excellent jeu de guitare, servi par Vidick et Sereja, sachant se faire lourds et agressifs ou lents et emplis de désespoir.

On retrouve par la suite le morceau « Butterfly », mis en valeur par une basse omniprésente servie par Vova. Si le titre se veut plus léger et moins oppressant que son prédécesseur, il n’en est pas plus joyeux dans son approche unhappy ending. « Dead Mannequin » ne changera pas la donne avec l’apport de quelques sonorités électroniques qui lui confèrent ainsi un côté plus martial. On aurait cependant préféré un batteur un peu moins discret. La mise en retrait d’Eugène est peut-être, voire sûrement, due au mixage, qui accuse quelques faiblesses, comme ici. Quant à « Voices », Lena sublime un titre très électrique grâce à un chant terriblement séduisant, à l’accent anglais irréprochable. La belle se fait polyvalente dans son chant, alternant hurlements caractériels et timbre glamour nü metal.

S’enchainent les trois meilleurs titres de cet album. Le premier, « Me Against You » marie avec merveille toute l’agressivité dont peuvent faire preuve les membres, avec toute la féminité que la voix de Lena supporte avec brio, quand le second se veut déjà bien moins incisif. Contemporain, c’est le mot qui lui conviendrait le mieux. Infected Rain s’inspire peut-être des, entre autre, Korn, Soulfly ou encore Deftones, en proposant un son bien old-school, mais c’est l’ajout des nombreuses sonorités modernes voire électroniques, comme en témoignent justement « At The Bottom Of The Bottle » avec de légers samples dubstep, qui confèrent au groupe tout son charme. Des chanteuses de metal il y en a énormément. Des chanteuses alternant chant clair et hurlement aussi. Mais des comme Lena, il n’y en a pas cinquante. Et elle nous le démontre encore une fois sur « Judgemental Trap » qui, même s’il suit le schéma classique du groupe, se compose de passages vraiment planants mis en valeur encore une fois par un chant de toute beauté. Il s’agit du titre qui a lancé le groupe au travers d’une sortie en EP et d’un clip, et il se voit ici doté d’une version réenregistrée et remaniée, pour le plus grand plaisir de ceux qui les suivent depuis le début.

Ainsi, on entame la seconde moitié de cet album avec « My Morphine », le titre le plus mystérieux du groupe, mais aussi le plus calme (ou le moins violent, c’est selon). On y retrouve un chant sincère, parfois presque lyrique, qui nous transporte dans le monde onirique de la chanteuse, comme si cette dernière s’inspirait des œuvres de Lewis Caroll afin de peindre une partie une partie de son univers, en y rajoutant quelques couleurs obscures et lugubres. Une certaine alternance se ressent dans ses techniques de chant, proches de celles d’Otep Shamaya ( Otep ), évitant ainsi à l’auditeur de trop ressentir lassitude et ennui.

Bien que Lena soit la pièce maitresse du groupe, les autres musiciens n’en sont pas moins doués. Le jeu de guitare se veut efficace, et surtout, très rarement brouillon, bien qu’un peu moins inspiré sur une seconde moitié d’album. Loin d’être techniques, Vidick et Sereja ont le mérite de très bien se compléter et, surtout, de proposer des riffs percutants, comme avec « Routine ». Si « With Me » fait aussi parti des titres les moins agressifs, le batteur Eugène parvient cette fois-ci à faire ressortir son instrument, même s’il se perd parfois au milieu des deux guitares, un peu trop mises en avant. Vova n’en oublie pas moins ses lignes groovy puisque sa basse est justement toute la force d’un titre comme « Unwritten Letter », quand encore une fois, Lena relève un titre toutefois classiquement nü comme « No Idols » grâce à un chant des plus ravageurs, inspiré à la fois du grunge mais aussi du hip-hop. Les chœurs d’intro de « Homeless », autre titre paru sur l’EP, donnent la chair de poule comme si l’on assistait à un film d’épouvante. Horrifique, c’est le mot recherché. S’ils alourdissent l’ambiance du titre, Lena se sert cette fois-ci d’un timbre plaintif et empli d’émotion, comme si elle même se débattait pour sortir de cet enfer sonore.

L’asile nous ferme ses portes sur une outro très simplement intitulé « Outro », faisant acte d’un retour à la lumière, mais toujours marqué d’un ton mystérieux et envoutant, comme si Asylum nous rappelait afin d’y jeter une seconde écoute, ce que l’on fera avec grand plaisir tant cet album est de qualité.

Petit bonus pour les fans d’Octav Casian… Personne? Tons Of Powder ne vous dit rien? Il s’agit d’un groupe, toujours moldave, de groove/thrash metal, dont il est le chanteur… Bref, ce dernier nous gratifie d’un featuring sur le titre « Me Against You ». Très honnêtement, cette apparition n’a que très peu d’intérêt, si ce n’est inclure quelques parties hurlées sur un titre qui ne change pas d’un iota. On lui aurait préféré un enregistrement one shot ou bien une version live, où il aurait été intéressant d’entendre un réel duo et non un arrangement facile.

Si cette auto-production se révèle être propre et nette, elle n’en reste pas moins imparfaite, comme la trop grande mise en avant des deux guitares et la mise en arrière plan d’un batteur qui ne demanderait qu’à faire ressortir ses coups de cymbales, ce qui manque cruellement à Asylum. Étrangement, la basse ne se perd que très rarement, ce qui est plutôt une bonne chose tant elle est très souvent relayée en second plan par beaucoup de groupes metal. Il s’agit ici d’une release personnelle et surtout sincère, loin des productions aseptisées voire radiophoniques où l’on pouvait s’attendre à au moins un titre plus classique et plus passe-partout, mais le groupe en a apparemment décidé autrement.

On aurait aussi pu se retrouver avec une moitié d’album moins inspirée voire inintéressante, mais chaque titre est parfaitement choisi, on se retrouve ainsi face à un album homogène dont aucun titre n’est là pour faire du remplissage. Au mieux, on pourrait trouver dommage que les 3 titres les plus efficaces ne soient pas disséminés au milieu des autres, mais ce serait vraiment pour trouver quelque chose à redire sur une tracklist quasi indiscutable.

Pour un premier album, Asylum n’a que très peu de défaut, et on se demande comment Infected Rain parviendra à nous surprendre et à nous émerveiller pour le prochain cd. Si le tout est perfectible, on espère que le groupe ne succombera pas à la nouvelle vague metal moderne et restera fidèle à ses sonorités et ses influences qui sont, pour beaucoup, ce qui se fait de mieux. Tout simplement l’une des plus belles révélations de la scène metal en provenance de l’Europe Orientale, ni plus, ni moins.  On attend maintenant une tournée dans nos contrées, le groupe étant partant pour s’exporter. Gageons qu’ils feront un détour par chez nous…

Note du rédacteur : etoile4edemie

Les + :

  • Lena, pièce maitresse du groupe, aussi belle que douée
  • Un son résolument nü mais doté de jolies sonorités modernes
  • Le jeu de guitare, véritable support aux compositions
  • At The Bottom Of The Bottle, titre parfait sur tous les points

Les – :

  • Le featuring, sans grand intérêt
  • Une batterie trop souvent en retrait

Retrouvez l’interview de Lena dès à présent sur House of Wolves !