Chronique : Kaimokujishô – Jidou

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Souvenez-vous, amis. Le 3 octobre dernier, le groupe indépendant japonais Kaimokujisho (カイモクジショウ) donnait un concert nocturne en plein Sangenjaya à Tokyo. Depuis lors, ce trio rock aux sonorités multiples a cassé bon nombre de guitares aux quatre coins de la Grande. De Ikebukuro à Shinjuku, le groupe n’a cessé de faire parler de lui ; surtout depuis la récente sortie de son premier album complet : Jidou. En studio non plus on ne chôme pas on dirait ! Retour donc, sur cet opus tant attendu par les fans.

Le disque revêt une taille standard: 10 pistes dont une introduction et deux morceaux transitifs.
On appuie sur le bouton ‘play’ de la chaîne et l’intro « soleil » tournant à peine, ses rayons pénètrent déjà tranquillement notre peau. Pendant sa grosse minute, et comme à l’abri de notre chère étoile, on se sent étrangement bien à l’écoute de ce son ; reposé, attiré ça et là par quelques voix d’enfants qui semblent jouer. C’est un message de paix que la formation nous offre. Mais soudain, l’atmosphère chaude et mystérieuse se brise. « BALANCE » débute et le groupe coupe court à notre sieste sous l’oranger. « Tout n’est qu’illusion ! » Voilà ce que semble hurler la formation dans nos faces de naïfs somnolants. Kaimokujisho est de retour, et c’est peu dire. En effet, la piste tout comme le reste de l’album est un véritable coup de poing, un arrachage de dents qui oscille entre la violence d’un métal assumé et la mélodie aérienne des plus grandes balades. Comme à son habitude, Yuuki Takahashi, dans des titres comme « BALANCE », « BUSKET », ou encore « hourglass », tranche les cieux de sa guitare imposante. Son doigté est parfait, ses riffs saisissants. En compagnie de ses gamines les pédales, celui-ci fait le boulot de trois personnes alors que les baguettes Tetsuya Ueda fracassent littéralement les toms de la batterie qui résonne comme les bottes de milliers de soldats. Bien sûr, la chanteuse Natsumi Nishida enrage, ébranle, interpelle, avec sa voix parfois rauque et puissante, parfois cristalline et envolée. Celle-ci n’est pas sans rappeler la maitrise vocale du phénomène suédois Björk, dont l’inspiration mesurée sur scène est un réel plaisir.

Ambivalent et déstabilisant; voilà quels adjectifs réducteurs définiraient un temps soit peu cet l’album dont la force réside dans le jeu des différences. On y trouve de nombreuses influences. De la précision du rock/métal dans « BUSKET » et son break final de folie, à l’approximation du son garage dans « hourglass », des sonorités rap, du grunge ; le mélange subtile de codes connus et de mélodies novatrices font la force de ce petit groupe qui deviendra, on l’espère déjà, un géant de la scène underground et plus encore.

Oui, tout au long des dix titres, le trio s’amuse, et nous avec eux. Nos âmes se BALANCEnt de haut en bas à un rythme tantôt fou, tantôt lent et planant. La piste transitive « Overcast » arrive au bon moment, permettant à notre petite cervelle de se remettre alors que la glissade reprend de manière plus douce avec « OPAL » et « DRAPE » qui s’enchaînent aisément, titillant malgré tout les oreilles de leur mélodie plus japonaise dans le genre. Une joie pour les connaisseurs, un léger obstacle pour les néophytes.

Mais rien n’est insurmontable avec Kaimokujisho, et c’est cette prise de risque qui fait toute la singularité du groupe.

La pente se raidit à nouveau avec la huitième piste, où l’on se prend à rêver d’un live évènement pour headbanguer, puis une autre piste transitive intitulée « molt » se joue et débouche sur un morceau que l’on sent plus intime. Avec « シルバー (SILVER) », Natsumi Nishida nous transporte une ultime fois, loin dans les cieux, là où les questions se posent et résonnent inlassablement: « Then I willing to notice, or I willing to ignore this? Under the mass of clouds. » Finalement, c’est à gros coups de riffs de guitares saturés et de toms-basses martelés que le morceau se termine, dernier accès de rage que lance le trio après 10 titres féroces.
Alors on éteint sa chaîne hi-fi secoué, un sourire aux coins des lèvres.

 » En voilà du rock, du vrai.  » se dit-on en repensant à ce son atypique, à ces breaks fous.
Jidou est énergique, touchant, singulier. Il est un bourgeon sucré, riche, réunissant tous les ingrédients qui nous font croire encore aujourd’hui en la scène rock/métal et surtout en sa version japonaise qui, il faut bien l’avouer, est en période de fanaison. Kaimokujishou deviendra grand, il deviendra fleur. Pour ceux qui ont encore des doutes, le live fera disparaitre toute hésitation persistante, car si le studio se veut être un grand un terrain de jeu où l’on s’amuse commes des petits fous, la scène live est un véritable parc d’attractions où l’on prend son pied.

Foncez.

Mako

Note du rédacteur : 

Les + :

  • Un son atypique
  • Disque homogène et varié
  • Performance vocale de Natsumi Nishida su certains morceaux
  • Que de trouvailles mélodiques

Les – :

  • Trop de pistes transitives
  • Album trop court

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