Chronique : Milo Greene – Control

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Malgré l’invasion du genre electropop/synthpop sur les ondes musicales, il subsiste quelques formations s’éloignant du schéma classique mais toujours radiophonique pour proposer une musique parfois plus rock comme Pvris, parfois plus originale comme Chvrches et sa dualité vocale ou parfois, dans le cas de Milo Greene, une musique plus orientée cinematic (ndlr : faite pour être placée au cinéma ou dans les séries TV). Beaucoup ont d’ailleurs découvert le quintet au travers de la série Supernatural avec le titre ‘What’s the matter‘. Après un premier album paru il y a déjà 3 ans, le groupe a décidé de changer de style musical pour évoluer vers un son plus mainstream avec Control dont nous allons parlé aujourd’hui.

Si ce premier album prenait ses racines dans un son définitivement folk voire folk rock par moment, Control délaisse les guitares et se modernise avec la mise en avant d’un synthe et de très nombreuses percussions. On y reconnait bien là l’envie de ses membres de faire évoluer leur musique sur l’écran et non pas dans un lecteur mp3. S’ouvrant après une instrumentale de 1mn inutile comme la majorité des introductions, « White Lies » permet de retrouver avec plaisir la voix seule de Marlana Sheetz; la principale caractéristique de Milo Green étant d’avoir 4 voix pour 5 membres. Précisons que j’ai toujours préféré les voix féminines dans la synthpop, allant jusqu’à bouder les titres entièrement chantés par les membres masculins de Chvrches. Vous comprendrez rapidement pourquoi je vous dis ça… Quoi qu’il en soit, ce premier titre est un véritable tube dans l’ère du temps, parfaitement calibré pour les séries in du moment.

Malheureusement, dès le second vrai morceau arriva ce que je redoutais le plus… Un chant où les voix masculines passent lead et effacent tout ce que j’apprécie chez Milo Greene. « On The Fence » est par chance un titre rythmé et bien animé par ses musiciens, ce qui en fait par définition un titre facilement appréciable, tout comme « Gramercy » et « Lie To Me » qui ressortent les vraies instruments. Un véritable plaisir que d’avoir une musique encore vivante et pas totalement électronique ! Ce qui n’exclut pas des ratés comme « Parent’s house » qui renoue avec la folk de Milo Greene (ndlr : premier album éponyme) mais sans jamais atteindre la qualité de celui-ci, faute à un chant des plus plats et d’une instrumentale des plus pauvres. Faire dans l’épuré, c’est bien, le faire avec talent, c’est autre chose.

Par chance, l’album est bien plus riche que ça. Control, c’est aussi tout un tas d’influences bien digérées et proprement recrachées pièce par pièce à l’auditeur. On y retrouve l’insouciance et la fraicheur des travaux du DJ Giorgio Moroder, de nombreux éléments new wave et blues rock tirées des années 70 à 80, et même une composante post-punk à la The Killers sur le titre « When it’s done ». Aussi, « Save Yourself », « Lonely Eyes » et « Not Enough » ne seraient pas sans rappeler Fleetwood Mac. Les parallèles sont facile à faire et on réalise alors que Milo Greene n’est pas un groupe à ranger dans la seule case synthpop.

Malgré tout, l’album se révèle très inégal. Entre le « Prelude » et l’ « Interlude » inutiles qui font plus office de remplissage que de véritables pièces ajoutées à l’ambiance de l’album, « Royal Blue » qui conclut très maladroitement de manière bien trop étirée (seule la dernière minute étant intéressante), et une tracklist mal pensée et trop parsemée, on peine à y dénicher les rares perles comme « Heartless », seconde tube de Control, noyées au milieu d’un tout juste ‘pas trop mal’. Et c’est d’ailleurs le principal défaut du groupe : si ses membres ont prouvé qu’ils pouvaient tout à fait composer de véritables killer-song, le fait qu’il y ait autant de compositeurs que de musiciens ne joue pas en leur faveur, et on assiste à un défilement de titres n’ayant pas de véritable lien entre eux. Leurs nombreuses influences, plutôt que d’être une force, se veulent ici leur véritable faiblesse. Même constat pour le chant : Marlana devrait, selon moi, être laissée seule au chant lead avec un seul autre chanteur masculin pour l’accompagner, mais pas trois. On se retrouverait alors avec une formation dotée d’une véritable personnalité, et non pas un quintet où chacun essaie de s’exprimer en pensant individuel et non collectif.

Concrètement, Control n’est pas mauvais, puisqu’il propose de belles choses si l’on pioche par-ci par-là. Mais en tant qu’album à part entière, Control est un loupé relatif qui n’arrive pas à créer de véritable fil conducteur entre ses morceaux. Peut-être que ce ressenti est le résultat voulu par Milo Greene, mais alors dans ce cas, pourquoi ne pas proposer ces musiques single par single ? Si chaque titre est composé avec pour but de passer sur le grand ou le petit écran, il est normal d’y retrouver cet aspect dépareillé, mais l’auditeur ne se plongera jamais réellement dans cette suite de titres, et c’est bien dommage. A vous, donc, d’y choisir vos morceaux favoris pour votre playlist.

Void.

Note du rédacteur : etoile3

Les + :
– La voix de Marlana, non sans rappeler celle de Lindey B. (Fleetwood Mac)
– Whites Lies et Heartless, les deux tubes de Control

Les – :
– Une tracklist mal pensée
– Le prélude et l’interlude, plus remplissage qu’autre chose
– Trop d’influences, trop de compositeurs, trop de chanteurs, pas assez ‘groupe’

1. Prelude
2. White Lies
3. On The Fence
4. Save Yourself
5. Heartless
6. Parent’s House
7. Gramercy
8. Interlude
9. When it’s done
10. Lie to Me
11. Not Enough
12. Lonely Eyes
13. Royal Blue