Chronique : Pink Tatami – Chapter & Verse

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L’une des politiques de House of Wolves, c’est d’épouser une certaine continuité avec les artistes que l’on vous présente. C’est pourquoi après Dark Reels des Kamera Obscura et une légère pause dans les chroniques, j’ai décidé de vous offrir celle du premier album des Pink Tatami. Pour ceux qui n’auraient ni lu notre report ni aperçu notre article sur leur premier clip, il faut savoir que le groupe a ouvert la soirée d’une façon assez remarquable et remarquée. C’était donc avec impatience que j’attendais ce qui s’annonçait comme la continuité de leur premier EP, dont Garnet moi avons eu un bel échantillon au Klub il y a maintenant 2 mois. Triste de ne pouvoir assister à la release party pour raison personnelle, le groupe m’a gracieusement fourni un exemplaire digital pour vous inviter à y participer, puisque l’on y retrouvera aussi l’un des groupes montants de l’abstract hip-hop.

S’il y a bien une chose que je suis forcé d’admettre, c’est que la scène rock/metal parisienne ne cesse de m’étonner depuis quelques temps déjà. Et c’est grâce à Kamera Obscura que j’aurai découvert 3 groupes dont Furykane, que nous pouvez retrouver dans nos pages et que vous retrouverez aussi très vite, et donc Pink Tatami. Leur premier EP avait déjà interpellé ma curiosité, puisque j’y retrouvais tous les éléments m’ayant fait craquer à l’ère nü metal et qui façonnent la fusion. Nous en sommes maintenant à leur premier album éponyme, qui sera lancé au Café La Pèche (Paris) en première partie des excellents Empire Dust (dont ma chronique de leur nouvel album paraitra peu après celle du second album des Furykane, tout un programme donc !) ce vendredi 28 mars.

Introduit par une première inédite, « Twisted Lip », ce premier album dévoile déjà tout le potentiel du groupe entre riffs effrénés et chant phrasé typique de la fusion hip-hop & rock/metal. FLOXX et MIKE, respectivement guitariste et chanteur, assurent donc leurs postes avec brio, en nous délivrant une première composition séduisante à souhait, rapidement suivie de « Sinistra », qui bien que les bases ne varient guère, reste un titre tout aussi réussi, notamment grâce un jeu de basse des plus intéressants. ALEX semble donc avoir compris comment se faire remarquer, bien qu’il soit dommage que sa ligne soit si ‘sèche’. J’ose imaginer qu’une ligne un peu plus funky aurait donné un tout autre charme au morceau. Et ce sera l’occasion d’en avoir le coeur net sur « A is for », où sa dominante plus rythmée rappellera à beaucoup qu’une basse bien jouée ne doit pas être reléguée au second plan ! L’ambiance se veut aussi bien plus rock jazzy que vraiment hardcore, ce qui n’est bien sûr pas pour me déplaire. N’oublions pas que Pink Tatami n’est pas un groupe de metal. Pas seulement.

Car ce qui fait toute la force du groupe, ce sont les sonorités aussi diverses que variées. Si en live, le groupe tire plus vers le metal alternatif que le rock énervé, sur CD, les racines rock se font plus ressentir ! Et bien que la guitare soit plus lourde et le chant plus agressif sur la qualité totalement des morceaux, on retrouvera avec « We can help you » une ambiance tantôt légère, notamment appuyée par une envolée vocale dans les aiguës, tantôt plus alternative, avec de nombreux hurlements très réussis de la part de notre chanteur à bonnet ! A mon sens, l’un des meilleurs titres du groupe… tout comme « Dorothea Tanning » et son intro qui promet énormément. On y retrouve non pas seulement la recette fusion du groupe, mais aussi une composante presque nü dans son idée. Car il s’agit, vous l’aurez compris, d’un titre bien plus hybride que ses prédécesseurs, prouvant à ceux qui en doutent encore que Pink Tatami n’est pas un simple groupe de metal, mais avant tout un ensemble de musiciens aux influences nombreuses, et non pas seulement hardcore !

Et quand je dis hardcore, j’entends par là « Evokes », sûrement le titre le plus violent du groupe. Inutile de passer 3h dessus, c’est une tuerie, ni plus, ni moins (malgré une faute d’interprétation dans le tapping de l’intro… ou alors est-ce moi?!). BAMBY, batteur, fera figure d’exemple avec un jeu des plus dynamiques et l’utilisation d’un double kick des plus réussis. Vous doutiez encore des influences metal du groupe ? Impossible d’être dubitatif avec une rafale pareille. Si au cours de cet album, la voix aura légèrement manqué de puissance à quelques endroits, ici, il n’y aura rien à y redire. Tout comme il n’y a presque rien à redire sur les quatre morceaux de l’EP, ici totalement refondus. Vous connaissez « Chapter & Verse » qui a servi de clip promotionnel ? Si oui, alors réécoutez-le juste pour le plaisir. Si non, terminez cette chronique et cliquez sur le lecteur en bas ! Comme mentionné, je n’y trouve réellement aucun défaut; le léger break vers la fin du morceau étant un plus vraiment très appréciable lui aussi. « The Employee » et « Adhesive », à eux deux, sont deux grosses locomotives et donnent à l’album une saveur tout autre que s’ils n’étaient pas présent. Et comment ne pas parler de « Dumas & Dos Santos » dont le titre sera scandé de manière saturée et répétitive plusieurs fois, confiant au morceau une certaine agressivité sans pour autant être violent; malgré un chant qui, comme j’ai pu le mentionné plus haut, aurait mérité un petit peu plus d’agressivité et de lourdeur. Tout ne peut pas être parfait… mais pour un premier EP (ndlr : rappelons que ces 4 titres le composent), nul doute que ce sont 4 morceaux ultra efficaces !

La conclusion d’une lecture en soi fort sympathique arrive avec « Eyebank », envoutant comme je ne l’aurais jamais imaginé de la part du groupe. Hypnotique, même. MIKE nous démontre toutes ses capacités vocales dans un titre qui arrive bien trop tard dans l’album selon moi ! Ou alors qui conclut parfaitement bien 50mns de plaisir auditif. Vous trouvez que le terme est trop fort ? Moi pas. Tout simplement car je n’imaginais pas un tel résultat sur la longueur. Une ligne de chant laissant place à la mélodie, des riffs qui s’effacent dans un petit aspect mystérieux, pour ensuite revenir en force dans un fracas hardcore avec une voix des plus agressives. Vraiment LE titre exclusif de l’album. Si mes souvenirs lointains du live sont flous, j’aimerais idéalement et éventuellement la réentendre. Parce que malgré tout, Pink Tatami live et Pink Tatami CD sont deux choses différentes à découvrir d’urgence, l’un comme pour l’autre.

Alors, verdict ? Me suis-je encore une fois laissé convertir à un groupe français ? Et bien oui. Et avec le sourire même ! Si l’on peut noter quelques faiblesses générales à l’écoute du CD, comme une certaine répétitivé dans l’utilisation des sonorités, quelques fautes d’interprétation ou encore un peu de maladresse quant à la construction des morceaux, force est d’avouer que pour un premier album entièrement autoproduit, le résultat est à la fois très réussi et promet énormément pour le futur. Bien sûr, l’ensemble est loin d’être parfait, mais je pense qu’il est bon d’encourager les musiciens à continuer sur cette voix pour un éventuel second album en leur disant qu’ils ont fait un travail admirable de bout en bout. Pour être franc, je craignais vraiment qu’ils ne tiennent pas la longueur. Mais au fil de ces 50mns, le groupe m’aura convaincu de son potentiel comme du talent de ses membres.

Note du rédacteur : etoile4

Les + :

  • De nombreuses sonorités utilisées pour une fusion des plus attractives
  • L’album tient la longueur, ce qui est une prouesse aujourd’hui pour un 1er full
  • Le chant, qui même s’il manque de puissance de temps à autre, se révèle très plaisant

Les – :

  • Une erreur d’interprétation dans le tapping de Evokes (?!)
  • L’efficacité au détriment de l’originalité, mais est-ce réellement un soucis ?