Chronique : Protest The Hero – Volition

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Ce qui est étonnant avec les Canadiens de chez Protest The Hero, c’est leur capacité à sans cesse étonner leurs auditeurs. Tout vrai metalhead qui se respecte se souvient forcément des titres « Bloodmeat » et « Sequoia Throne », les deux grosses tueries du groupe issues de leur album Fortress. L’album qui suivit, Scurrilous, fut considéré par beaucoup comme une déception, troquant l’agressivité des vocalises par une trop grande mise en avant du chant clair. La grandiose de l’instrumental était toujours de la partie, mais ne semblait pas pour autant toujours coller avec Rody, expérimentant de nouvelles choses avec sa voix. Depuis peu, leur nouvel album Volition est disponible, et ce que l’on remarque rapidement lors d’une première écoute, c’est qu’avec l’expérience de leurs précédents albums, nos cinq musiciens ont appris à canaliser leur immense créativité, à mieux construire leurs chansons, mais aussi à tenter de nouvelles choses avec une réelle (et réussie) intégration à leur compositions.

Si le principal défaut de Protest The Hero était d’enchainer les plans toujours plus techniques les uns aux autres sans réel lien entre eux, faisant de leurs compositions un réel chaos instrumental où se posait par-dessus l’un des chanteurs les plus doués de la scène metal, souvent écrasé par la puissance du jeu de ses compagnons, c’est aujourd’hui une chose bien loin derrière eux. Car Volition semble être le fruit mûr d’un arbre qui n’a cessé d’évoluer jusqu’à aujourd’hui. Car PTH (abrégeons) surfait à l’époque de leur premier EP A Calculated Use of Sound sur la vague post-hardcore de 2003, pour s’orienter en 2005 et 2008 vers le mathcore et le metalcore, en y gardant toujours une base progressive. Aujourd’hui, ils représentent avec brio le mathcore mélodique, un genre où beaucoup de groupes se perdent dans la technique en y perdant aussi une cohérence sonore.

« Clarity » et « Drumhead Trial » furent tout deux dévoilés avant la sortie de l’album, le premier sur le soundcloud du groupe et le second sur les ondes canadiennes pour finalement se retrouver sur leur compte youtube. La première chose qui saute à l’oreille, c’est que la voix de Rody ne se perd enfin plus dans le déluge de décibels sur lequel il chante. En plus d’avoir énormément gagné en puissance et en justesse, cet opus renoue avec l’agressivité vocale dont il peut faire preuve, et qui manquait tant à Scurrilous. Les plus fans d’entre vous auront reconnu la voix de Jadea Kelly sur le premier single de Volitionune guest chère à beaucoup puisqu’elle avait posé sa voix sur Kezia en 2005. L’instrumental quant à elle se veut plus claire, plus cohérente, et rivalise toujours plus d’ingéniosité. Un vrai soulagement quand on se dit que les groupes de metal actuels s’engouffrent dans la facilité et le classicisme…

Car si les bases de PTH restent ancrées dans l’histoire de la scène metal (heavy, hardcore, thrash), on retrouve des éléments de djent, de mathcore, de metalcore, de progressif, et même de punk dans les influences du groupe. Ce mélange bâtard de sonorités définit leur originalité et leur donne une certaine légitimité sur la scène alternative sans pour autant réellement en respecter les codes les plus classiques.

Comme marqué plus haut, le groupe renoue avec une certaine agressivité sur des titres comme « Yellow Teeth », « Without Prejudice » et « Underbite », où l’on peut constater les progrès de Rody sur le plan vocal, capable de monter sa voix claire sans aucun soucis tout en y donnant un petit côté passablement énervé. C’est avec ce genre de capacité que l’on reconnait un vrai chanteur du brailleur amateur. A l’image de Scurrilous, le chant clair prend une grande importance dans la partie vocale, mais tout en y intégrant un aspect énervé que l’on pourrait relier aux influences thrash du groupe. Et quand « A Life Embossed » et « Animal Bones » sonnent ‘à la Fortress‘, force est de reconnaitre que PTH n’a pas abandonné ses premiers vrais succès comme beaucoup le font.  D’ailleurs, l’un des deux se permet un énorme clin d’oeil à Fortress et plus précisément l’un de ses meilleurs titres. Saurez-vous retrouver lequel, et nous dire quel est ce clin d’oeil ?

Et bien que certains titres soient assez classiques, quoique très impressionnants tout de même, comme « Tilting Against Windmills », les musiciens se sont permis quelques nouvelles expérimentations avec « Mist » et son superbe final violon/acoustique/piano. Du grand art, tout simplement. Le titre final, « Skies », pourrait presque être considéré comme une balade de la part du groupe, avec une grosse composante acoustique dans sa structure, et, une fois de plus, un chant particulièrement impressionnant. Et si j’ai décidé de terminer par « Plato’s Tripartite », c’est parce que son final, encore une fois, se veut ajouter une petite touche de douceur dans un album très puissant avec un trio chant/voix féminine/acoustique de toute beauté.

Pour résumer, et en toute honnêteté, je ne m’attendais pas à un tel coup de coeur, ayant vraiment eu du mal à apprécier la majorité des anciens titres du groupe. Mais pour le coup, impossible de préférer un titre à un autre. Chaque morceau est, de mon point de vue, une véritable réussite. Et même si un léger côté répétitif de la chose peut se faire ressentir, Protest The Hero nous a offert un véritable chef d’oeuvre, figurant déjà dans les meilleurs albums metal de l’année 2013, mais aussi le meilleur disque de leur carrière, en réunissant toutes leurs forces et en effaçant toutes leurs faiblesses. Après koRn et son The Paradigm Shift, PTH et son Volition frappe très très fort, et montre à tout le monde qu’il n’y a pas que le post-hardcore et le metalcore dans la vie. Une belle preuve d’amour faites aux prémices du metal.

Note du rédacteur : etoile4edemie

Les + :

  • Une musique globalement bien moins indigeste
  • De jolies expérimentations bien intégrées aux compos
  • Toujours plus brillant, toujours plus recherché, toujours plus puissant
  • Une production de folie, rendue possible grâce au crowdfunding
  • ENFIN un chanteur metal qui sait véritablement chanter !

Les – :

  • On aurait aimé un peu plus d’audace dans ces expérimentations