Chronique : Serenity In Murder – THE ECLIPSE

, Le

En parallèle à la scène death nordique qui, à mon sens, nous a offert tout son potentiel et peine aujourd’hui à se détacher de ses racines, la scène death japonaise émerge peu à peu au fil des années notamment du côté mélodique/symphonique. Après Shatter Silence qui restera très certainement et à jamais mon ultime coup de coeur tant ils me correspondent en tant que vocaliste, voilà le dernier né des Serenity In Murder, THE ECLIPSE. SIM, c’est quoi ? Une ‘jeune’ formation ayant fait fureur avec leur morceau « The First Frisson of the World » dont le postulat de départ ne pouvait que me déplaire : du chant hurlé féminin, des claviers, et des tonnes d’orchestrations en général toutes plus cache-misère les unes que les autres… bref, tout ce que je n’apprécie absolument pas avec le symphonique. Et pourtant.

L’album se lance sur une intro comme souvent instrumentale bien qu’inutile, servant uniquement à montrer l’épique des orchestrations et surtout d’une production pour le moins béton. C’est Japonais, ça envoie, c’est normal. Enfin ça, on le savait déjà, notamment grâce aux trois ‘singles’ diffusés par le groupe depuis le début de l’année : « The Revelation » , « Dancing Flames » et « Land of the Rising Sun » . Le premier, que vous retrouverez en bas de cette chronique, est un titre on ne peut plus rentre dedans avec une rythmique effrénée et une légère signature orientale via quelques choeurs très bien placés. Les orchestrations font, comme toujours chez eux, excellemment bien leur job et rajoutent ce petit quelque chose permettant au groupe de ne pas sombrer dans un schéma classique et surfait. Malgré des compositions riches à souhait, le son se veut clair et aéré, loin par exemple d’un NOCTURNAL BLOODLUST chez qui on peine à distinguer les instruments. Les deux autres s’allègent légèrement en terme d’apports pour se concentrer en majeure partie sur les notes de piano ou de shamisen, ainsi que sur un riff fil rouge apporté du death mélodique. Plus sage, ces morceaux nous permettent d’apprécier que derrière ces orchestrations se cache un groupe mature qui, justement, ne dissimule pas un quelconque manque en terme de technique ou de personnalité derrière des artifices. A vrai dire, ce serait même plutôt l’inverse tant les membres excellent dans leurs domaines respectifs.

On enchaine avec « Isle for the Dead » et « Phalaris » qui ne seraient pas sans rappeler les travaux de Samael sur le sulfureux Reign of Light côté clavier/synthé. Si les influences semblent nombreuses, elles sont aussi triées sur le volet, digérées, et explorent le meilleur de l’univers symphonique pour en offrir une formation à la personnalité forte et affirmée. Exactement comme leur chanteuse chez qui on ne retrouve pas une énième fois un timbre vu et revu ‘à la Arch Enemy‘ mais un chant hurlé grave et violent à souhait proche de ce que offre (offrait) Eths, exposé à des compositions percutantes et travaillées comme « A Torch of Avengers » ou bien « The Sea Is… » . Si les deux premiers albums étaient déjà très bons, on frise ici l’excellence de ce côté là.  Je crois bien qu’à part Shatter Silence, je n’ai rarement autant aimé et estimé un ensemble si majestueux, si monumental. C’est dire.

Enfin, parlons un peu des deux morceaux qui sortent du lot. « Hybrid Evolution » se lance sur une intro pour le moins atypique pour les habitudes du groupe bien qu’il reprenne un schéma plus classique par la suite. Mais c’est la preuve que Serenity In Murder tente un peu de s’éloigner de sa zone de confort dans le but de surprendre son auditeur et de renouveler un catalogue parfois trop homogène, surtout si l’on prend en compte les deux premiers albums. « Dreamfall » quant à lui se veut être la ‘balade’ oblige de l’album. Balade death, hein, forcément. On notera l’absence totale de clean qui fait du bien au genre (coucou In Flames) et qui signe justement ce morceau d’un contraste total entre une instrumentale pour le moins très électrique marquée par une envie de justifier sa présence sur l’album. Rien à dire, donc, sauf du côté tracklisting. Car là où THE ECLIPSE peut en décevoir plus d’un dont votre serviteur, c’est en ce qui concerne le remplissage. Une intro, une outro instrumentale de 4mns qui clôt l’album (!!!), et une interlude au milieu de l’album. Non seulement sur 12 morceaux cela n’en donne que 9 réels, mais surtout, quelle idée de terminer un si bon CD par un morceau bien que très joliment composé tout aussi inutile que l’intro… un peu too much à mon sens.

Quoi qu’il en soit, THE ECLIPSE se révèle être un des meilleurs albums du genre, fruit de plusieurs années de travail acharné et d’évolution musicale & stylistique pour en arriver à un résultat étonnant, tant dans le fond que dans la forme (et surtout dans le fond). Difficile d’être critique envers un si bon jet tant il en émane de la sincérité, de la technique, de la patience, du boulot et beaucoup de talent. Que dire de plus ? Malgré un peu de remplissage et une clôture d’album vraiment anecdotique, l’ensemble se veut très solide, accrocheur et assez marquant pour y revenir plusieurs fois. Pour ma part, et vous l’aurez compris, c’est un réel coup de coeur à ranger parmi mes albums favoris. C’est pourquoi je tenais à vous le partager. Faites moi confiance et jetez vous dessus sans hésiter, il y a peu de chance pour que vous reveniez en arrière.

Void.

Note du rédacteur : etoile4edemie

Les + :
– De riches orchestrations travaillées et pleines de sens
– Techniquement irréprochable, que ce soit niveau instrumental ou vocal
– Un ensemble à la fois puissant, mélodique, recherché, …
– Une production sans accro, Japon oblige

Les – :
– Clôturer un si bon album sur un morceau instrumental, sérieusement ?!

01. Earthrise
02. A Torch for Avengers
03. Isle of the Dead
04. The Revelation
05. Dancing Flames
06. Genesis
07. The Sea Is…
08. Hybrid Evolution
09. Phalaris
10. Dreamfall
11. Land of the Rising Sun
12. The Eclipse