Chronique : Sidilarsen – Chatterbox

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17 ans de carrière, ça se fête, et quelle meilleure façon que de fêter autant d’années d’une carrière bien remplie avec un nouvel album ? Chatterbox, cinquième album studio des ‘dinosaures’ Sidilarsen, est disponible dans les bacs depuis ce 27 janvier. Le postulat du groupe depuis 2011 semble une nouvelle fois se confirmer : proposer quelque chose de plus simple et de plus accessible tout en gardant un son dancefloor metal brut de décoffrage mais néanmoins intéressant à parcourir. La question que nous nous posons, et à laquelle nous allons répondre dans ces lignes, c’est de savoir s’il s’agit pour autant  de l’album qu’on était en droit d’attendre d’un groupe avec autant d’expérience et dont le dernier disque date de plusieurs années.

Depuis leur premier album Biotop (2003), les Sidilarsen se sont toujours distingués d’un pan de la scène nü metal en intégrant une grosse composante electro (et industrielle) à leurs compositions. Mais c’est plus particulièrement avec Eau (2005) que le groupe a confirmé son métissage musical jusqu’à se forger un nouveau genre musical : le dancefloor metal. Mais ce ne sont pas seulement des influences électroniques telles que nous les connaissons qui définissent l’identité du groupe, puisqu’en plus d’y retrouver de belles sonorités trance et techno, ce sont de solides bases rock, et pas seulement metal, qui créent un ensemble réellement attractif.

Si Une nuit pour sept jours délaissa en 2008 les rythmes électroniques et metal pour des influences plus rock et plus mélodiques, marquant une certaine maturité dans la carrière du groupe, c’est il y a maintenant 3 ans avec Machine Rouge que le groupe opéra un véritable retour aux sources en s’essayant à diverses expérimentations sonores où les styles s’entrechoquent pour créer un ensemble peut-être plus accessible, mais aussi bien plus travaillé qu’auparavant, dont mes favorites, « Back to basics » et « A ton égo ».

Nous sommes en 2014, et Chatterbox s’inscrit globalement dans la lignée de leurs dernières sorties, tout en y apportant son lot de renouveau, à commencer par son premier titre, « Comme on vibre », qui même s’il se veut plus ‘radiophonique grand public’ que le reste, et qui répond donc aux critères d’accessibilité rapide recherchée par le groupe, permet de rappeler à beaucoup que les dominances dancefloor sont toujours de la partie. Sans être représentatif de l’ensemble de l’album, on retrouvera aussi ces dominances avec « Un écho », plus rock que metal pour le coup, et mettant en avant un contraste de puissance entre le chant ‘clair’ et le chant ‘hurlé’ donnant de belles lettres au titre. Et ce sont justement avec des titres à la dominance plus rock que metal, délaissant ici l’aspect dancefloor, que les musiciens s’envolent dans la qualité en proposant d’excellentes choses avec « Matière première » au jeu de guitares ravageur et purement rock’n’roll, ainsi qu’avec « Hermanos », au délire texano blues-rock comme on peut parfois en entendre chez Cage the Elephant et leur ‘Ain’t no rest for the wicked’ par exemple.

Des morceaux très puissants parsèment ainsi tout l’album, comme « Si près de la flamme » et sa basse omniprésente ou « Le prix du sang » et sa batterie aussi percutante que le dualvoice Didou/Viber sur « On en veut encore », dont les sonorités orientales, apportées ici par les vocalises de Béra, font énormément de bien à l’oreille tant leur apport est intelligent et permet de donner un vent de fraicheur à l’ensemble, bien que ce genre de sonorités ait déjà été rapidement introduit avec des titres comme ‘Samira’ sur Machine Rouge.

C’est alors qu’on en viendrait presque à oublier que Sidilarsen est aussi un groupe de l’époque nowhere, jusqu’à ressentir les influences nü sur « Nos anciens » et son chant rappé, supporté par une ambiance digitale et magique. A mon sens, l’un des meilleurs titres de l’album, aux côtés de « L’ivresse des maudits » qui, malgré une écriture à première vue très étrange au niveau des rimes (‘sur coussin d’air, photoshop ta mère’ / ‘string féroce jambon à l’os’), mais justifiée par de nombreux sens métaphoriques et de jeux de mots difficile à saisir sans avoir le texte complet sous les yeux, se dote d’une structure toute atypique mais aussi d’une atmosphère assez angoissante, nous ramenant à des titres comme ‘A ton égo’ (Machine Rouge), mais cette fois-ci entrecoupé et terminé par des notes bien plus énervées.

L’écriture, qualité ou défaut des Sidilarsen alors ? Selon moi, c’est selon les morceaux. Forts de convictions sur « Unanimes », c’est un certain engagement que l’on retrouve tout au fil de l’album, notamment sur « Des milliards », titre de clôture de l’album, à une particularité près qu’il dure près de 18mns. Durée expliquée par les précommandes du digipack + t-shirt ‘collector’, dont une participation vocale était accordée à tout ceux ayant montré leur support au groupe. C’est ainsi que l’on retrouve pendant 13mns des dizaines et des dizaines de fans chuchotant, scandant, hurlant, de toutes les manières possibles et imaginables, et dans la langue de leur choix, la phrase ‘Nous sommes des milliards contre une élite‘. Ou comment résumer la philosophie du groupe à quelques mots repris par ses nombreux fans…

Au final, est-ce THE masterpiece des Sidi ? Et bien non. Mais s’agit-il du digne descendant de Machine Rouge ? C’est avec joie que je vous réponds un grand oui. Indispensable pour tout auditeur du groupe, Chatterbox est ponctué d’excellentes idées donnant à l’album un charme certain et indéniable, fruit des idées déjà abordées avec Machine Rouge. On pourra toujours pester contre des tournures de phrases un peu bancales et une approche un peu facile de leur musique, mais si pour un cinquième album on était en droit d’attendre quelque chose de plus élaboré, reste que l’ensemble est honnête, sincère, s’écoute sans grande difficulté et se veut assez accrocheur au point d’y revenir régulièrement. En quelques mots, Chatterbox se veut aussi sobre et classe que le clip de « Comme on vibre ».

Note du rédacteur : etoile4

Les + :

  • Un album solide du début à la fin
  • Un concentré de ce que le groupe sait faire de mieux
  • « Hermanos », bon délire !
  • La seconde moitié de « L’ivresse des maudits »

Les – :

  • Une écriture à double sens parfois un peu bizarre…
  • Un peu de redondance dans la façon de poser le chant
  • Manque peut-être d’un peu de prise de risque pour rendre le tout vraiment unique