Chronique : SMASH HIT COMBO – L33T

, Le

On y est, à peine plus de deux ans depuis leur dernier et excellent album, Playmore, les Smash Hit Combo reviennent avec un quatrième effort bien particulier. Particulier car ce dernier s’articule autour d’un concept français/anglais étalé sur deux disques avec suffisamment de différences pour que la magie, cette fois, opère : ordre des chansons modifié, textes et mélodies de voix différentes, samples disséminés aux quatre coins de l’album, l’illusion est parfaite pour croire détenir deux albums résolument différents… et en vérité, ils le sont bien.

Ce qui faisait la force de l’album précédent résidait dans un travail plus appuyé encore sur la composition musicale ancrée sur une mélodie davantage importante, renforçant un aspect progressif bienvenu, un visage plus adulte de Smash Hit auquel contribuait l’apport du chant clair de Maxime Keller, nouvel arrivé au mic’ secondaire à l’époque. Il était donc naturel d’attendre que ce successeur, L33T, pousse ce travail encore plus loin, plus ambitieux encore, éclatant définitivement toutes les barrières entre les genres et sous-genres… et c’est la douche froide ; pour la version française de l’album du moins.

Après tant d’années, Smash Hit Combo tombe dans un choix incompréhensible de faire un rétropédalage sur bon nombre de ses acquis, le premier étant la place des chants sur chaque piste. Le rap de Paul prend ici définitivement trop de place et se pose de façon bien trop convenue et prévisible par rapport à ce que le groupe nous avait habitué. Exit la complémentarité des deux chants qui constituait le charme d’un duo au micro, ici Paul pose et Max se contente des fins de phases et des refrains, dans une configuration rap/scream des plus oubliables, où le MC s’étale définitivement de trop, cachant et gâchant le travail instrumental sur lequel il pose. Les phases tombent à plat quand elles ne sont pas incompréhensibles, les ponctuations du flow tournent en rond, les références et les thèmes ne bougent pas d’un poil et s’ankylosent sur place, les textes lassent et laissent autant de marbre que dans la gêne.

Cette fois, ça y’est on a atteint le point de rupture ou le point de non-retour, délivrant l’amère impression d’entendre le réchauffé du réchauffé du réchauffé du même album depuis 2012. Smash Hit Combo s’ennuie et ennuie.

Un constat bien catastrophique en soi si L33T s’arrêtait là, pourtant, la version anglaise que l’on pensait, à tort, plus gadget renferme en elle le véritable album, celui tant attendu. L’originalité de L33T en anglais repose sur une refonte complète des mélodies de chant, du schéma selon lequel sont posées les différentes voix, la réécriture totale des textes et surtout la présence de NLJ (None Like Joshua) au rap sur la totalité des pistes.

Apport indispensable, la voix de NLJ, avec quelques faux-airs de Mike Shinoda, tranche totalement avec celle de Paul sur tous les aspects et fait sonner l’entièreté de Smash Hit Combo autrement, portant la musicalité du groupe à un tout autre niveau. Le rappeur américain, complété cette fois avec maestria par Max que l’on retrouve à son haut potentiel tel qu’on l’a adoré chez BOARS, redonne le charme perdu à SHC sur la version française du disque et même plus globalement renoue avec la classe de posséder deux chanteurs à temps-plein comme on ne l’avait plus eu depuis l’EP Loading… et ça remonte à loin maintenant.

Mieux encore car le duo derrière le micro laisse suffisamment respirer la composition instrumentale pour lui accorder l’importance qui lui revient de droit et c’est là que réside l’autre point fort de L33T. Authentique pas de géant en avant, le nouvel album de Smash Hit Combo fait partie des disques les mieux composés, les mieux joués et des plus agréables à écouter. Plus progressive, toujours aussi djent, mais définitivement plus musicale et technique encore, l’instrumentale hisse le record aux côtés d’Animals as Leaders, The Contortionnist, Textures ou Scale the Summit.

Ce qu’ont accompli là Brice Hincker, Anthony Chognard, Matthieu Willer, et Baptiste Ory est témoin, non plus d’une simple maîtrise, d’une grande expérience accumulée avec le poids des années pour passer au niveau supérieur, d’influences diverses avalées et digérées et d’une volonté réelle de conjuguer technique et musicalité sur un équilibre aussi fébrile qu’habile. L33T répond avec justesse à l’importance du dosage, reléguant la version française de l’album au statut de brouillon anecdotique accomplissant l’exploit de sortir dans le même temps le pire et le meilleur album du groupe, le cul entre deux chaises.

Passage à l’Anglais réussi pour Smash Hit Combo avec None Like Joshua, qui a su franchir le pas de la langue afin d’assumer un renouveau complet de sa propre musique sans jamais, cependant, en sacrifier son essence geek. Plus musical, osé, risqué, réfléchi et peut-être aussi le plus posé en un sens, L33T est ce qu’a accompli le groupe d’aussi soigné et jusqu’au-boutiste. Smash Hit Combo était déjà connu pour être le meilleur groupe français sur scène, avec L33T ils viennent de signer un des meilleurs albums du moment, et plus on l’espère, à échelle internationale. Aussi frustrant que génial.

Faut que t’arrête de brailler dans la langue de Shakespeare
Si tu fais du yaourt c’est que t’as rien à dire
Si tes idées sont nazes et t’as des lyrics fades

« Persévère », Smash Hit Combo (2010)

En l’occurrence, c’est le parfait inverse qui se passe actuellement et il était impératif d’y remédier par un changement assumé de plume et de langue.