Chronique : Smash Hit Combo – Reset

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Avoir un disque d’un groupe comme Smash Hit Combo en 2013 (fin 2012 à la sortie du disque), ça fait toujours un effet « boulet de canon ». De nos jours, la scène Frenchcore est bien au point mort et les principaux groupes qui en ont fait la renommée à l’époque sont soit morts, soit devenus fous… Un peu comme à la fin d’Evangelion dira-t-on pour coller au contexte de ce disque. Que peut donc livrer une formation, à l’heure actuelle, qui basait ses premières et principales influences sur la vague rap-metal française des années 2000 ?

Smash Hit Combo nous a habitués à un son très particulier. Sorte d’enfant bâtard des premiers Pleymo et de Gojira, la formation a su s’approprier une recette à l’ancienne pour la transcender en quelque chose d’autre et amener le genre du rap-metal français, auto-revendiqué brutal rapcore, à un niveau de technique et de brutalité jamais atteint.

Après un premier album, Nolife, héritier de la génération Nowhere au son gras et groovy signé Stéphane Buriez et un EP, « Loading », amorçant déjà un certain changement dans la recette pour un son beaucoup plus sec et des thèmes abordés plus sombres, plus intimistes pour certains posant davantage un regard contemplatif sur la société, et quelques changements dans le line-up… Smash Hit Combo revient en 2012 avec la ferme intention d’en découdre furieusement à grands coups de « Hadôken ».

Dès l’entrée en matière de ce Reset  avec le titre « 2.0», annonçant un groupe en version 2.0, les notes saturées pleuvent en même temps que des changements d’ingrédients dans la recette épicée du combo alsacien. Le son beaucoup plus branché djent dans la technique instrumentale pose également un décor beaucoup plus monochrome et sombre de la musique du groupe. Le flow hip-hop de Paul, cette fois seul au rap, est toujours aussi incisif et le jeune Samy au poste de second chanteur démontre qu’il a un coffre à ne plus savoir quoi en faire. Rap et chants saturés en tout genre s’emmêlent pour un véritable mur de son chaotique qui, grâce à la lourde production du grand manitou Chris Edrich rapprochant le son du combo de formations telles qu’Emmure, Hacktivist ou Attila, ne sonne jamais brouillon. Là où Nolife était carré, Reset est barré.

Les titres s’enchaînent et c’est un véritable melting-pot à la fois hétérogène et paradoxalement très homogène dans la globalité qui en ressort. Entre les chœurs hardcore, la technique djent, la partie instrumentale qui flirte clairement avec les genres extrêmes de la musique métal dont le deathcore avec ses breakdowns apocalyptiques et le duo enragé Paul/Samy au chant pour des punchlines accrocheuses qui tabassent, SHC livre une galette personnelle où chaque titre se distingue des autres et donc où la redondance et l’ennui n’ont pas leur place.

Le cheminement de l’album permet de rencontrer, à mi-parcours, la piste «Continue» entièrement instrumentale. En plus de faire une pause avec les cris en tout genre, le groupe propose une vitrine purement technique où la musicalité n’est pas simplement relayée au rang des abonnés absents. Planante et hypnotique.

De manière générale, Reset est un album bien plus sombre que ces prédécesseurs, que cela soit dans le son ou dans le texte. Différents titres tels que « Le poids des mots», « 2.0», « Etat second», ou encore « Chassé-croisé» témoignent d’un regard contemplatif envers notre société, d’une désillusion d’une génération nostalgique de son époque, le heurt de post-adolescents pris d’angoisse vis-à-vis du monde froid et malsain qu’est le monde des adultes. Le refrain au chant clair et au ton tragique assuré par Yann Lauret du groupe Ashes Will, sur « Le poids des mots», appuie davantage ce ressenti de détresse et de fragilité.

Dans la lignée de l’EP « Loading » les thèmes abordés sont plus intimistes. Paul y brasse par sa plume et son flow des sujets graves comme le suicide, les relations trahies, la détresse d’une vie régie par internet ou encore la superficialité d’un système qui n’en n’a jamais assez pour être satisfait. Attention, SHC ne verse pas dans la mièvrerie et parmi des thèmes faisant preuve d’une certaine noirceur car étant profondément humains, les fondements du groupe ne sont pas reniés. Les punchlines à egotrip façon « Hostile» sur Nolife  ou « Persévère» sur l’EP précédent sont bien dans la place, cette dernière piste voit d’ailleurs en « Nerds» une suite spirituelle et les références à la culture geek sont multiples et bien placées. Limiter Reset à un immense crachat au visage de la société ne serait pas convenu et ce serait également oublier la déclaration d’amour à sa propre musique que Paul livre via la chanson Suite logique ou encore les confessions du chanteur et parolier sur son parcours, profitant de l’instant pour régler quelques comptes notamment sur Authentique, titre qui décolle et touche son paroxysme sur son refrain notamment grâce à un guest de choix au chant en la personne de Valentin Lakomiak des Keys & Promises.
Les textes sont donc le principal témoin de l’évolution du groupe mais également de l’état d’esprit des membres qui le composent. Pour rester fidèle à son crédo assassin, Paul ne propose du ver que de la langue de Molière et s’amuse avec les mots, les sens et sonorités, peut-être même parfois, malheureusement un peu trop pour la compréhension.

Les musiciens font preuve d’une technique à toute épreuve, ce qui représente la force de leur musique puissante. Le choc des guitares à 8 cordes au son vrombissant et aux sonorités barrées amène le melting-pot chaotique sonore à un tout autre niveau au-dessus des productions précédentes. La session rythmique n’est pas en reste et offre un jeu particulièrement frénétique et barré à travers les différents contre-temps et changements intempestifs de rythmique. Les deux aboyeurs fous du chant ont chacun leur place, là où Paul pose son flow, Samy surenchérit avec son chant saturé aussi bien épuré et strident que guttural et les quelques guests au chant sur certaines pistes apportent leurs lot de fraîcheur. Cependant là où le bas blesse réside dans le fait que seul Paul occupe le poste de MC. La formation nous avait habitués à avoir deux voire trois rappeurs ce qui pouvait donner, selon les cas, des dimensions intéressantes sur certaines musiques (Cf. « Factice» sur Nolife ou « Point de rupture» sur Loading). On aurait bien vu une autre voix prendre le relais sur le second couplet de la chanson « Chassé-croisé», celle-ci dans le texte mettant en scène deux personnages distincts. Paul les incarnant tous les deux, il n’est pas évident de comprendre l’action décrite dans la narration de la chanson. Une seconde voix permettant ainsi la prise de vie de ces deux personnages, si je puis dire au vu du contexte du titre, aurait pu être plus pertinent et judicieux.

Au final Reset c’est un peu comme La Haine de Mathieu Kassovitz sur le fond agrémenté de la touche de folie de Luis Buñuel avec une production archi-couillue pour illustrer la violence du propos. Pour résumer sur le plan musical, Smash Hit Combo sur Reset c’est la classe du rap d’Assassin et la brutalité d’Emmure.

Plus mûr, plus sombre et plus adulte, Smash Hit Combo signent là une pièce maîtresse pour leur carrière, mettant en avant une production musclée derrière laquelle se cache plus subtilement la sensibilité d’une génération désenchantée face au monde moderne. SHC démontrent qu’il est possible de rendre intelligent et adulte le genre du rap-metal en France : L’album de la maturité.

En attendant l’upgrade pour passer à autre chose, on appuie volontiers sur le bouton « Reset ».

Chronique initialement publiée sur Spirit of Metal avant la création du site.

Note du rédacteur : 

Les + :

  • Une résurrection percutante du rapcore.
  • Un esprit old-school avec une production très moderne.
  • Un ton résolument plus sombre, plus réfléchi, plus mature.

Les – :

  • Certains textes méritaient plusieurs voix au rap.