Chronique : Taking Back Sunday – Happiness Is

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En 2010, lorsque Taking Back Sunday annonce le retour à son line-up d’origine, tous les fans s’imaginaient le groupe revenir au meilleur de sa forme, avec le même son qu’à ses débuts, mais la réalité fut quelque peu différente, avec un album s’inscrivant dans la lignée du précédent déjà décrié, posant au final la question de la pertinence d’un tel retour. Pour autant, l’album éponyme sorti en 2011 était loin d’être mauvais. Trois ans plus tard, avec Happiness Is, le groupe n’a pas fini de diviser ses fans avec probablement leur album qui sonne le moins comme du Taking Back Sunday.

Si un premier single, « Flicker, Fade », avait rassuré tout le monde – malgré son côté mid-tempo – par la beauté de son refrain chanté au bord des larmes comme Adam Lazzara sait si bien le faire, le côté  fataliste (« destroy what you create and wonder why it always ends the same »)  et sexy  (“ when I said ‘I hate that song’ about fire and sex you love, I couldn’t tell you why, why I did it, why I lied, I know it’s wrong, wrong, wrong, it’s evil but true, it’s what I want to make you”) des paroles, et surtout les double voix criées de John Nolan pour un pur final emo dans la veine du premier album, le second titre dévoilé, « Stood A Chance », laissait déjà entrevoir un début de déception.

Non pas que ce second single soit mauvais, juste bien plus pop, avec un refrain catchy et un ensemble qui n’est pas sans rappeler  « Sink Into Me » sur New Again. Là encore se repose la question de savoir où le groupe veut en venir, puisqu’il semble toujours finir par revenir vers l’album dont il voulait s’éloigner le plus.

Au final on devine l’ampleur qu’ont pris John Nolan et Shaun Cooper dans la composition, les anciens guitariste et bassiste de Straylight Run semblant amener TBS dans la direction de leur ancien groupe : pop, indie, aérien. En témoignent « All The Way » ou « It Takes More »,  où l’ambiance et le duo basse/batterie l’emportent  sur l’intensité des guitares ou des vocaux, ce dernier titre s’évertuant à nous rappeler l’âge des trentenaires  : “we were young and we were free, it used to come so easily, now it takes more , more to feel like it used to, more to feel anything at all.”

Il est également impossible de rester de marbre devant “Better Homes And Gardens », où Adam semble évoquer son 1er divorce en 2008 (sujet déjà abordé auparavant dans le titre “Everything Must Go”, il est maintenant marié et heureux je vous rassure), et reste impressionné par le courage qu’il a fallu à son ex-compagne pour retirer et se débarrasser de son alliance (« when you took that ring off, I sat there stunned parked out in my car, surprised by what you’d done, the courage that must have took left me utterly speechless and though it came as no surprise, I still couldn’t believe it”), et, dans un sursaut d’orgueil, préfère conclure « and now you’ll never be happy. » Un bien joli morceau qui débute calmement avant d’exploser.

C’est en fin d’album que nous aurons finalement un sursaut de compos rock/emo, « They Don’t Have Any Friends » en tête, où Nolan s’applique enfin et à nouveau à faire ce qu’on attend de lui : soutenir Adam par ses double voix pour des refrains puissants. Un exercice qui aurait été profitable au titre « Beat Up Car », un des plus lourds du disque, auquel il manque ce petit quelque chose, cette touche TBS. On apprécie le côté mi pop-punk, mi emo de « We Were Younger Then », un autre morceau plein de nostalgie et de désillusion : « we were younger then, when I go to sleep, I hardly ever dream, and when I’m wide awake, I can’t believe what I see.”

Happiness Is n’est pas le meilleur album de Taking Back Sunday, il pourrait même être l’un de ceux que les fans apprécient le moins, pourtant, il demeure sincère et de qualité, son principal défaut, si ça en est un, étant de s’éloigner du genre que l’on attendait. On pourra reprocher le manque d’intensité de l’ensemble, et l’absence vocale de John Nolan qui est désormais loin d’assurer la présence que pouvait avoir Fred Mascherino (l’ancien guitariste), avec plusieurs morceaux doux et planants qui ne plairont pas à tout le monde (l’acoustique final « Nothing At All » reste une petite déception dans le genre). Néanmoins, une fois que l’on a accepté que le groupe qui a écrit Tell All Your Friends il y a 10 ans a grandi et muri, l’ensemble prend soudain une nouvelle ampleur : à l’auditeur de grandir pour en apprécier tout le charme à son tour.

Sylvain L.

Note du rédacteur : etoile3edemie

Les + :
– « Flicker, Fade », un single parfait
– les textes poignants et sincères d’Adam Lazzara
l’amertume et la nostalgie qui en émanent

Les – :
– le manque de participation de Nolan dans le chant
un ensemble un peu trop pop et doux qui manque d’intensité
trop de morceaux calmes

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