Chronique : the GazettE – BEAUTIFUL DEFORMITY

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the GazettE, à l’heure d’aujourd’hui, est certainement le combo visual kei le plus populaire du Japon et même dans le monde. Si les formations les plus marquantes de ces 15 dernières années (D’espairsRay, RENTRER EN SOIkagerou) ont raccroché dans des circonstances souvent douloureuses, laissant un vide bien senti dans leur paysage artistique, the GazettE, de part leur notoriété et leurs antécédents musicaux de qualité, font parti de ceux qui sont attendus au tournant à chaque sortie, un peu comme les survivants d’une triste hécatombe.

Avec une carrière bien remplie en plus de 10 ans, la bande signe son retour via un septième full-album, après le passage à vide sur l’hésitant et casse-gueule TOXIC où la bande s’essayait aux derniers sons dubstep/rock de façon très hasardeuse et sans en être nécessairement convaincue. La suite logique de TOXICDIVISION, sortie un an après apparaissait comme plus efficace et surtout plus maîtrisée même si le disque en lui-même était davantage construit comme deux mini-albums bien distincts plutôt qu’un complet, concept oblige. Ce septième opus, BEAUTIFUL DEFORMITY, était surtout attendu comme le véritable successeur de DIM, sorti en 2009, album marquant de part sa noirceur, la violence de son propos, sa poignante mélancolie et son atmosphère pesante.

Les premières choses qui frappent à l’écoute de ce nouvel album, c’est que le son est définitivement plus musclé que sur leurs dernières productions. the GazettE frappe fort et sert sa recette métal bien connue nichée quelque part entre l’âge d’or de Marilyn Manson et la frappe de Slipknot pour un son dont l’efficacité martiale n’est plus à prouver. Là où la différence se marque, c’est certainement dans l’investissement plus prononcé de la bande qui sonne sur ce BEAUTIFUL DEFORMITY à nouveau comme un groupe, comme the GazettE et non comme « Ruki & les 4 autres » comme il était, malheureusement, coutume sur leurs deux derniers albums. Si les pistes composées par le guitariste AOI semblent toujours avoir un certain niveau au-dessus du reste pour leurs structures atypiques et la note si particulière de mélancolie glissée à travers un déluge électrique bien senti, les autres chansons sont tout de même très bien garnies et accordent une richesse de sons à l’album ainsi qu’une inspiration et une authenticité bien plus que satisfaisantes.

Dans sa globalité, BEAUTIFUL DEFORMITY porte assurément bien son nom. l’album se veut être un bâtard consanguin de haute qualité d’essais expérimentés précédents, ainsi si l’on retrouve la violence et la lourdeur sensuelle de DIM justement dosées, celles-ci côtoient quelques sons dubstep intelligemment intégrés héritées de DIVISION, et des mélodies très énervées au groove punk frappant la nostalgie NIL en plein cœur.

the GazettE retrouve son identité à travers des titres rock très percutants qui marquent un retour prononcé de chœurs féminins (principale marque de fabrique de l’album STACKED RUBBISH) qui ajoutent un arrière-goût R’nB et industriel à leur musique, à l’ancienne. Malgré son entièreté pétillante, l’album reste convenu dans sa construction et n’échappe pas aux éternelles ballades obligatoires à mi-chemin dont le classicisme d’une piste comme « REDO » se veut très anecdotique aux côtés d’une « LAST HEAVEN » qui arrive à obtenir une saveur particulière grâce à ses cordes acoustiques et exotiques mettant en avant une sensibilité certaine et d’une « LOSS » ,pouvant laisser de marbre dû à un manque évident de prise de risque et d’une redondance malvenue.

La bande renoue, en fin de parcours, avec la piste finale mélancolique de coutume depuis NIL et perdue depuis TOXIC. Même si cette piste sombre et lancinante, « TO DAZZLING DARKNESS », fait plutôt pâle figure en termes d’intensité, d’émotions ou d’ambiance face à ses monstres d’aînées comme « Taion », « Chizuru » ou « DIM SCENE », elle a la qualité et le bon sens de véhiculer un feeling authentique et de clore l’album sur une touche familière afin de glisser vers la courte, et étonnante, piste instrumentale de fin.

the GazettE signe un retour convaincant avec un album que beaucoup n’attendaient plus car lassés du buzz médiatique et commercial autour de la bande, d’un son moins inspiré depuis bien 3 ans avec une panne de créativité en chemin. BEAUTIFUL DEFORMITY pourrait bien être l’album de la réconciliation en faisant preuve d’une efficacité à toute épreuve, d’une musique travaillée non-avare en richesse de mélodies et sonorités ainsi que d’une implication de masse faisant de nouveau sonner the GazettE comme une seule et même entité.

S’il est certain que le groupe ne retrouvera pas sa fanbase de la première heure où ils arboraient fièrement des hymnes punk hardcore et un majeur levé vers l’industrie musicale, BEAUTIFUL DEFORMITY s’impose comme un album clé dans leur discographie au même titre qu’un NIL, STACKED RUBBISH ou DIM qui distille une musique entre pop-rock alternatif et métal industriel à l’identité bien marquée, aux ambiances uniques et exotiques ainsi qu’à l’authenticité retrouvée.

 Warlock

Note du rédacteur :

Les + :

  • Le feeling d’un groupe uni.
  • Le retour de la sombre piste symbolique pour le final.
  • Efficace et puissant.
  • Des structures atypiques sachant donner un regain d’intérêt sur certaines pistes.
  • Une vraie richesse en terme de groove et de mélodies.

Les – :

  • Les pistes plus faiblardes « obligatoires » et moins convaincantes en milieu d’album.