Chronique : The Heavy – Hurt And The Merciless

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Il y a 4 ans paraissait The Glorious Dead, second album des britanniques The Heavy et, de vous à moi, un des meilleurs albums de cette année là. Si la forme s’apparentait à un rock indépendant, le fond s’enrichissait de couleurs blues, jazz, pop & hip-hop, garage et gospel, aux cuivres soul et funk ; et ce nouvel album intitulé Hurt And The Merciless reprend les mêmes ingrédients en s’inscrivant directement dans la lignée de leurs précédents travaux. La recette est-elle toujours autant efficace ? Cette richesse musicale a-t-elle atteinte ses limites ? Qu’est-ce qui fait de ce troisième disque une sortie incontournable ? Beaucoup de questions dont nous vous apporterons les réponses en quelques paragraphes.

Cet opus s’ouvre sur un rock’n’roll seventies des plus nostalgiques avec « Since you been gone » et cela tombe bien car, sans jouer sur les mots, 4 ans sans un The Heavy, c’est long, très long ! C’est avec plaisir que l’on retrouve ainsi un son qui commençait à manquer sévèrement dans le paysage musical. Un son qui donne envie de danser et de bouger la tête dès les premières secondes. Après un « What happened to the Love » plus posé et plus blues-rock que ravageur, on commence à se demander ce que nous réservent les dix autres morceaux. Peut-être aurons-nous douté trop vite de la capacité de nos 4 anglais à se renouveler et à nous étonner avec un blues à la rythmique plus funky qu’à l’accoutumé (« Not the one », « Last Confession », « Mean ol’ man ») ou encore avec une soul hybride, en grande partie apporté par le chanteur Kelvin Swaby que n’auraient pas renié les plus grands bluesmen, avec « The Apology » et ses choeurs de voix féminines et le très catchy « Turn Up ». Autant dire que si jusqu’ici rien n’est en soi vraiment étonnant pour une formation ayant construit son succès sur cette entrainante générosité de sonorités, la recette faisant le charme de cette formation atypique n’a pas failli et reste même étonnamment efficace sur toute la longueur des 45mns constituant cet album.

Un certain air d’église afro-américaine années 1950 à base de gospel blues et de musique soul se dégage de Hurt And The Merciless, mais pas seulement. Si les racines sont indéniablement vintages, comme le démontre si bien « Miss Californica », The Heavy s’illustre à nouveau par une diversité sonore à toute épreuve en ne se posant aucune limite. Se côtoient ici violons, cuivres, et trompettes, parfois même au sein d’un seul et même morceau, comme si les musiciens composant le groupe avaient atteint une maturité musicale délaissant l’expérimentation pour la confirmation de leurs talents, tant en terme de composition que d’idées que de structuration de celles-ci. Et si le blues n’a pour vous aucun secret, vous pourriez même y reconnaitre le génie d’un certain Screamin Jay Hawkins sur « A ghost you can’t forget ». A la fois stupéfiant et, surtout, jouissif au possible pour ses amateurs.

The Glorious Dead était (et reste) un incontournable de par son parfait éclectisme mais aussi grâce aux progrès qu’ont pu faire ses auteurs par rapport à leur premier album, jugé en demi-teinte pour beaucoup. Aujourd’hui, Hurt And The Merciless s’impose de lui-même comme une nouvelle pierre apportée à l’édifice The Heavy en étant encore plus riche, mieux joué, mieux maitrisé, … bref, au moins tout aussi réussi avec un petit truc en plus. Ce petit plus, c’est cette envie d’aller encore plus loin, avec des morceaux plus marquants comme « Nobody’s hero » et son orchestration instrumentale des plus travaillées. Si le précédent album s’illustrait avec la perfection de son 5ème titre, cet album-ci pourrait très facilement plaire à la découverte de celui-là. La formation s’autorise même une folie de modernité avec quelques effets fuzz/britpop sur le morceau « Slave to your love », tout en signant la slow-balade obligatoire (ironie) mais réussie (vérité) de tout album qui se respecte, à savoir « Goodbye baby », clôturant ainsi l’un des albums les plus roots parus ces derniers temps.

The Heavy avait mis la barre très haute avec son précédent album, que j’imaginais assez mal descendre de son trône, mais c’est un pari réussi pour l’un des groupes les plus séduisants de ces dernières années. On aurait peut-être aimé un peu plus de morceaux, ou encore un ou deux hits clashant vraiment avec le reste, mais peu importe car le principal étant que Hurt And The Merciless réunit toutes les qualités d’un album incontournable en laissant de côté toutes ses faiblesses. A découvrir d’urgence pour tous les curieux et les amoureux de la musique, qu’elle soit vintage, rétro, ou ancré dans l’air du temps, qu’elle soit blues, pop, rock, qu’elle soit blanche ou noire, car la leur s’affranchit de toute étiquette, de toute barrière, et parlera forcément à tout le monde pour peu que vous soyez ouverts au dialogue.

Void.

Note du rédacteur : etoile4edemie

Les + :

  • Riche à en pleurer
  • Une diversité sans aucune limite
  • Toujours aussi efficace sur la longueur
  • De mieux en mieux à chaque opus

Les – :

  • A quand un VRAI full lenght?!

01. Since you been gone
02. What happened to the love
03. Not the one
04. The Apology
05. Nobody’s hero
06. Miss California
07. Turn up
08. A ghost you can’t forget
09. Last confession
10. Mean ol’ man
11. Slave to your love
12. Goodbye baby