Chronique : Towers – We Are Towers

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Qui a dit que le grunge était mort ? Certainement pas Towers. Venu tout droit des années 90, ce duo Parisien aux allures ‘experimental punk rock’ comme ils se définissent eux même, que nous vous avons introduis précédemment dans un live-report, n’en est pas à son premier coup d’essai. Si l’étiquette ‘revival grunge’ pourrait paraitre bien maladroite pour une formation se voulant influencée par les premières heures du grunge originel, plus pop punk rock que vraiment cradingue, We Are Towers serait un clin d’oeil au premier album des Nirvana, à savoir Bleach. Mais Towers est bien plus qu’un simple revival grunge.

Avec 3 disques à leur actif, autant dire que Towers n’en est pas à son premier coup d’essai. Si au début de leur carrière avec l’EP Good Bye Babylon, le duo se rapprochait plus du stoner aux allures doom rock, c’est réellement avec leur deux-titres Back To School qu’ils se rapprochèrent du grunge tel qu’on le connait aujourd’hui, avec la spécificité du genre qui va avec : la durée des morceaux, souvent inférieure à 2mns30.

Quand un EP de 5 titres dépasse tout juste les 10mns, on se dit qu’il vaut mieux profiter un maximum des morceaux, en commençant par « HIGH’N’FREE » et « WASTE », les deux plus courts. Le premier, servant à introduire We Are Towers, reste assez soft dans son approche, et se veut aussi rapide que le son est métallique, où finalement une caractéristique inhérente au punk rock épouse un choix de sonorité typiquement grunge; quand le second, bien plus sale, s’illustre par une guitare saturée à souhait et un chant des plus représentatifs du genre, tout en anglais d’une part, mais surtout linéaire et quelque peu dépressif, ce qui est bien entendu une réelle qualité pour l’ambiance recherchée créée. Ceci dit, je regrette un peu l’atmosphère toute particulière du premier EP, qui avait déjà un certains charme.

Si vous souhaitez réentendre un peu de Nirvana chez Towers, c’est vers « BY MY SIDE » qu’il faut se tourner, où l’on retrouve l’essence même du grunge éphémère de Bleach. Bien qu’ils refusent de se voir attribuer l’étiquette grunge ou revival, la ressemblance est plus que frappante, surtout dans le chant d’Emmanuel. Petite parenthèse, il se dit qu’au moment même où ce mouvement réservé aux adolescents rebelles a grandi et a eu du succès, celui-ci est devenu impertinent. Si le débat reste quant à lui d’actualité, l’objectif de Towers n’est certainement pas de faire de leur musique quelque chose de vendeur, mais de s’éclater avant tout. L’absence de basse n’est pas du tout un soucis, et ne se fait jamais ressentir. D’ailleurs, le batteur, Paul, est omniprésent pour combler cette absence, ce qui fait de son instrument un réel plus, contrairement à nombre de batteur faisant plus de la figuration qu’autre chose. La question qui fâche, c’est : si le grunge n’a été qu’une mode rapidement passée dans l’histoire du rock, alors pourquoi existe-t-il encore des formations reprenant le schéma typique du grunge d’antan ?

Car ce qui est cool chez Towers, c’est cette habilité à proposer une base typiquement old-school en y incorporant pas mal d’éléments ayant l’effet inverse que de vieillir un son qui se veut déjà nostalgique. Vous me suivez ? Non ? Comme un exemple vaut mieux que des mots, je citerais « MEANS NOTHING TO ME » et « YOU GOT ME SO WRONG », tout deux typiquement dans la suite logique de leurs autres morceaux. Jamais ringarde, la musique des deux Parisiens est dotée de ce petit quelque chose donnant à leur son une pointe de modernité sans jamais tomber dans les codes d’aujourd’hui, mais et surtout ne renie jamais leurs influences 90’s. Et ce petit quelque chose, c’est l’utilisation de nombreux effets sur la ligne de guitare; l’une des principales caractéristiques du grunge étant le recours à de très nombreux effets wha wha, fuzz, larsen, et autres.

Bien entendu, et comme dans la majorité des cas, la formation prend toute son ampleur en live, puisqu’il est très difficile de saisir l’essence sale et cradingue du grunge sans en altérer la qualité d’enregistrement, bien qu’elle se veut très influencée par l’univers punk en général. Mais le punk sans cet aspect brut ne serait-il pas… du rock tout simplement ? Heureusement ici, ce n’est pas le cas, bien que la prod soit malheureusement trop lisse (comme souvent) et justement pas assez garage dans le fond, mais c’est une problématique rencontrée avec énormément de groupes, il est donc difficile d’en prendre réellement compte dans la note. Je ne peux cependant que vous conseiller de déjà voir Towers en live, puis d’acheter leur EP, plutôt que de vous faire une idée du potentiel du duo uniquement sur CD. La 4ème étoile sera pour l’album complet !

Note du rédacteur : etoile3edemie

Les + :

  • Un son ‘à la Bleach’, jamais désuet
  • Plus pop punk rock que réellement grunge en fin de vie
  • On croirait entendre Nirvana sur BY MY SIDE

Les – :

  • Une prod peut-être trop lisse et pas assez représentative de l’ambiance en live