Chronique : CHTHONIC – Bù-Tik

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Disponible depuis quelques mois, le dernier album des taïwanais CHTHONIC, groupe d’Orient Metal, nommé Bù-Tik pour l’occasion, n’en finit plus de faire sensation. Si vous n’avez entendu parlé ni du groupe, ni de cet album, voici pour vous tout ce qu’il faut savoir!

CHTHONIC fût formé à Taipei (Taïwan) en 1995, et est actuellement l’un des principaux groupes de la scène metal asiatique. Forts d’une notoriété internationale qui s’accroit au fil des années, ils se sont rapidement exportés aux US ainsi qu’en Europe en jouant, par exemple, aux côtés des mondialement connus ARCH ENEMY.

Groupe actuellement composé de:

  • Freddy Lim ( 林昶佐 ) aka « Left Face of Maradou » au chant
  • Jesse Liu ( 劉笙彙 ) aka « The Infernal » à la guitare
  • Doris Yeh ( 葉湘怡 ) aka « Thunder Tears » à la basse
  • Dani Wang ( 汪子驤 ) aka « Azathothian Hands » à la batterie
  • CJ Kao ( 高嘉嶸 ) aka « Dispersed Fingers » au clavier

et surtout reconnu grâce à leur capacité à intégrer de nombreux instruments traditionnels asiatiques à leurs compositions, tels que l’Erhu (aussi nommé Hena) ou le Sitar ~

Catégorisés à tort de groupe de black metal, black metal symphonique, death metal, death metal mélodique, ou encore folk metal, CHTHONIC se targuent, et à juste titre, de ne pouvoir être rangés dans aucune catégorie tant leur son est unique, mais se rapprochent de ce que l’on appelle Orient Metal (ou Oriental Metal), dont la plupart des représentants se situent au Moyen-Orient ou en Asie. Par chez nous, on pourrait citer le groupe Samael et son album Reign Of Light, disposant aussi de sonorités exotiques telles que l’utilisation du Sitar. Album que je vous invite d’ailleurs à écouter à l’occasion!

Petite parenthèse fermée, tout le succès de nos taïwanais repose sur le thème du groupe: la mythologie, le folklore et l’histoire antique de leurs contrées. C’est d’ailleurs ce sujet là que je vais dès à présent aborder dans ma chronique, puisque aujourd’hui je vous détaillerai, piste par piste, le contexte historique de chaque titre composant l’album Bù-Tik.

Prêts pour un petit cours d’histoire? Allons-y!

L’intro, « Arising Armament », mélange de flute et de percussions orientales, déclare les hostilités, quand « Supreme Pain For The Tyrant » nous conte la véritable histoire de Peter Huang qui, en avril 1970, tenta d’assassiner l’ancien président autocratique Chiang Ching-kuo, mais dont la tentative d’assassinat s’est révélée être un échec. Cependant, mis à terre par la sécurité personnelle, Huang hurla « laissez-moi me relever comme un Taïwanais! »

« Sail Into The Sunset’s Fire » nous retrace le parcours de nombreuses personnes qui, durant la période d’exploration, ont fait leurs adieux à l’ancienne Chine en quête d’une nouvelle vie. Finalement installés sur la côte ouest de Taïwan, ils se mirent à recruter des miliciens dans le but de construire des navires pirates. La plupart d’entre eux n’ont finalement pas quitté Taïwan par la voie maritime et surnommèrent cette ville « leur nouvelle maison ».

« Next Republic », dont le speech de départ est extrait d’une chanson du révolutionnaire taïwanais Su Beng, qui a aussi écrit les paroles, est un hymne à la défaite de l’oppression étrangère et de l’indépendance de Taïwan. A partir de 01:49, les noms de Kan Toa-sai, Koa Thi-ho, Lim Siau-niau, Liao Wen-y, Ng Chiau-tong et Su Beng, tous héros de & à Taïwan dans le combat des régimes étrangers et de l’indépendance de leur pays, sont mentionnés.

« Rage of my Sword » retrace quant à elle les émeutes et soulèvements qui eurent lieu à Taïwan en raison des conflits ethniques, de la concurrences aux ressources, et de la résistance contre les lois Qing durant l’ère de lEmpire Qing.

« Between Silence and Death » relate l’une des tentatives de révolution dans le but d’obtenir l’indépendance de Taïwan. En 1970, 120 personnes à la prison de Taiyuan (Taitung), incluant des prisonniers politiques, des gardes de sécurité et même des Aborigines (peuples autochtones de Taïwan) tentèrent de prendre d’attaque l’entrepôt de munition, mais leur plan fût découvert, et les 6 principaux prisonniers, incluant Cheng Chin-ho, s’enfuirent, armés, pendant plus de 10 jours avant d’être arrêtés et exécutés.

« Resurrection Pyre » nous narre la très faible liberté d’expression des Taïwanais durant le régime autoritaire de la République de Chine en 1984. Le démocrate et activiste Deng Nan-jung créa une série de magasines anti-gouvernement dont le nom terminait par « Generation », et dont le nom entier changea constamment afin d’éviter la censure totale des parutions après quelques numéros. Le 7 avril 1989, les forces de police pénétrèrent chez lui pour son arrestation quand, en signe de protestation, il s’immola lui-même en laissant ces mots derrière lui « Le gouvernement peut prendre mon corps, mais ils ne peuvent prendre mon âme ».

« Set Fire to the Island » rapporte la prise de contrôle de la prison de Green Island par des détenus emprisonnés à perpétuité, après avoir débuter une émeute à l’aide de cocktails molotov. Cependant, ils furent réprimés par les forces de police et les forces militaires envoyées par Taipei.

Pour terminer, « Defenders of Butek Palace » nous expose l’histoire du « BuTik Palace » à Puli, utilisé comme QG par le gouvernement colonial japonais afin de réprimer un soulèvement autochtone Seediq à Wuche en 1930. Durant la phase initiale des 228 Massacres en 1947, des miliciens à Taïwan l’ont aussi utilisé comme QG. Les chants pendant la seconde moitié de la chanson sont les noms de tous les martyrs qui se sont sacrifiés dans la résistance contre les dictateurs et dans la lutte pour l’indépendance; quand l’outro « Undying Rearmament », mélange de Gong, de flute et de percussions orientales, symbolise toutes ces générations de martyrs dans la cause de l’indépendance taïwanais.

Que dire à propos de cet album? Et bien… Déjà, il s’agit de l’album le plus facile d’accès du groupe, optant pour un son melo death, délaissant ainsi les sonorités black et l’Erhu. Leur univers, énormément recherché et travaillé, s’évertue à proposer quelque chose de nouveau au travers de clips tout aussi bien produits les uns que les autres, et dont l’histoire narrée au travers de leur album se veut peut-être plus compréhensible (tout le monde ne maitrise pas le taïwanais…) Plus technique, plus mélodique, le groupe se veut moins extrême, toujours plus engagé, toujours plus séduisant, mais pour le coup un peu moins original qu’au travers de ses anciens albums.

Note du rédacteur: etoile4

Les + :

  • Album le plus accessible et le plus mélodique…
  • Univers ultra recherché, détaillé, et cohérent
  • Toujours cette pointe d’instruments traditionnels
  • Next Republic, l’un des meilleurs morceaux de melo death jamais pondu!

Les – :

  • … en dépit d’une utilisation moins marquante de l’Erhu.
  • Euh… je cherche encore ~

 

Note: Pour ceux intéressés par l’histoire de Taïwan au travers de leurs autres albums, nommée « CHTHONIC ‘Souls Reposed’ Trilogy » c’est par ici