Interview Exclusive : Fallaster

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Les Français de Fallaster (post-hardcore/rock alternatif) sont revenus en février dernier avec leur second album, l’excellent Disclosing, trois ans après l’EP Mystar et avec un gros changement de line-up ! Rencontre avec leur chanteur, Anthony Chambon, également créateur de l’organisation Emodays Production.

House Of Wolves : Comment les choses se passent pour Fallaster depuis la sortie de l’album ?

Anthony Chambon : Nous avons fait quelques dates un peu partout en France dont quelques premières parties de groupes que nous adorons, l’album est toujours dans les bacs et nous sortirons prochainement une nouvelle vidéo tirée de l’un de nos lives.

On a quelques gros projets en tête mais nous ne savons pas encore si nous parviendrons à les réaliser. Nos vies prennent des tournants importants et nous ne pouvons actuellement pas fonctionner normalement, je ne peux pas vraiment en dire plus pour le moment, à part peut-être que ce sera quitte ou double.

Comment est-ce que vous avez rencontré le producteur canadien Luc Tellier ?

Luc jouait il y a quelques années de cela dans un très bon groupe canadien nommé Delson Drive. En 2006 je crois, on est tombé sur leur démo qu’on a beaucoup aimé avec mon ancien groupe, on leur a tout de suite proposé de faire un échange de tournées qui n’a malheureusement pas pu aboutir.
Quelques années après, j’ai contacté Luc pour lui piquer ses sons de batterie (rires), il a vu venir le truc et m’a proposé de mixer un de nos titres pour faire un essai. On a donc enregistré « Save Me » avec un pote, on lui a envoyé les bandes et est sorti de là notre première collaboration, on était bluffé par le résultat !
2 ans après, en 2011, je suis revenu vers lui et lui ai demandé s’il voulait mixer notre nouvel album, il a écouté les démos qu’on avait enregistré, je crois que ça l’a pas mal emballé, il nous a carrément proposé de venir tout enregistrer et mixer chez lui à Montréal ! Ce fut une expérience inoubliable !

Malgré le fait qu’il soit habitué à des artistes plus « pop » ?

Luc connait très bien cette scène et cet univers musical. Il a lui même ouvert pour des groupes comme Saosin ou Underoath avec Delson Drive. Il savait donc très bien ce qui l’attendait !
On savait qu’il avait une approche un peu plus pop mais on adorait sa façon de faire sonner chaque instrument et de mixer l’ensemble. On avait qu’à apporter notre patte et tenter de l’emmener un maximum là où on voulait aller tout en respectant ses opinions et ses envies. On savait que faire ce choix de producteur serait un gage de la qualité du disque.

Que s’est-il passé entre la sortie de l’EP Mystar en 2009 et la sortie de Disclosing ?

On a fait quelques dates par ci par là, un label français et un label américain se sont intéressés au groupe et nous ont demandé d’écrire plus de titres, c’est là qu’est né « Save Me » entre autre. Mais avec le temps, on a laissé filer le truc sans vraiment savoir pourquoi, on a arrêté d’écrire, sans doute que l’on se cherchait, que l’on ne savait plus trop où aller et que ce n’était pas le moment de signer quoique ce soit. Puis on a eu l’envie de s’amuser, de laisser toutes ces questions derrière nous un court instant et de réaliser le clip de « Save Me ». La chanson sortie, les questions sont revenues sur la table et il nous est apparu évident que tout le monde ne voulait plus faire la même chose au sein du groupe. Nicolas est donc parti, Xavier et Antoine sont arrivés et on s’est remis à composer dans la même direction !

Avec 2 nouveaux guitaristes et un silence long de 3 ans, vous aviez la possibilité de revenir sous un nouveau nom, donner une image de « nouveau groupe », mais vous avez préféré conserver le nom Fallaster, vous étiez attaché à cet héritage ? N’avez-vous pas eu peur que le public ai cessé de vous « attendre » ?

On s’est rapidement posé la question sans vraiment y réfléchir réellement. On voulait juste revenir, construire quelque chose qui nous ressemblait davantage à ce moment là et jouer. A quoi bon changer le nom du groupe alors qu’il restait encore Aurélien (Chant, Basse), Olivier (Batterie) et moi (Chant) ? Sans parler du fait qu’on avait déjà un petit nom et que ce nom justement nous plaisait bien !
Sans doute qu’on aurait plus du y réfléchir, qu’au final on avait pas grand chose à perdre non plus, on est parfois trop sentimentaux je crois !

On a vraiment l’impression qu’avec Disclosing, en plus de vouloir vous dépasser, vous avez refusé la facilité, que le respect du public était plus important que l’accessibilité de la musique.

Cet album pour moi est l’aboutissement de tous nos autres opus. Il n’est pas vraiment différent du reste de notre musique, on est juste parvenu à composer la musique que l’on voulait écrire depuis des années sans jamais vraiment y parvenir pour diverses raisons.
L’écriture fut longue car la musique est sans doute plus complexe que ce que nous avons jamais écrit auparavant. Mais c’était justement le but : écrire quelque chose de complexe et tenter de le rendre easy-listening à l’écoute. Personnellement, je le trouve relativement accessible et facile à écouter au final.

Qu’est-ce qui a décidé le fait de donner plus de lignes de chant à Aurélien ? Vous aviez l’impression qu’il manquait quelque chose ?

Aurélien faisait déjà pas mal de voix sur le premier album, sur Mystar et même sur Save Me !
C’est vrai qu’il n’avait cependant pas eu énormément de lignes dans les dernières compositions, il nous a juste semblé évident et naturel qu’il ait des chansons où il serait en lead. Aurélien a beaucoup de talent de composition et a une vraie bonne voix très haute perchée, mais au delà de ça, je crois que c’était une vraie volonté de sa part de participer à l’écriture des textes de l’album. On est très proches lui et moi, on se connait depuis plus de 20 ans, ça nous a semblé logique qu’on devait partager ça ensemble, on se connait très bien et on se ressemble sur pas mal de points, on savait qu’on réussirait à garder une certaine homogénéité dans les thèmes abordés.

On vous sent partagé entre le rock alternatif (Saosin) et des influences plus metalcore (Underoath). Est-ce que vous avez, à un moment, réfléchi à pencher davantage d’un côté, ou bien est-ce que pour vous le mélange de ces influences s’est fait naturellement ?

On pense toujours pencher d’un côté ou de l’autre selon les moments de la vie, selon ce qu’on écoute, selon l’humeur du moment ou selon ce qu’on a envie de dire à ce moment là. On aime plein de choses, on a voulu qu’un maximum de nos influences soient représentées dans l’album tout en essayant de garder un aspect homogène. Je ne sais pas si on a réussi, sans doute que certaines chansons sont plus proches de l’un ou de l’autre. On nous dit souvent qu’on a le cul entre ces deux chaises, ces deux genres et que ça empêche les gens de nous ranger dans l’une des deux cases : « rock alternatif » ou « metalcore ». Je me dis juste qu’au bout d’un moment il ne faut plus se prendre la tronche à ce niveau, juste faire ce qu’on a envie de faire et se dire que ça reste de la musique et du rock. Et puis, ce n’est pas non plus comme si il y avait eu du baroque et du zouk en même temps dans le même album !

Qu’est-ce qui a été pour vous la chose la plus difficile à réaliser pendant l’enregistrement de l’album ?

Tout s’est super bien passé je crois. Evidemment on a passé plus de temps sur les voix mais c’est un processus logique, il y a tellement à faire entre les choeurs, les doublages, les harmonies, les cris… Et puis, il faut aussi penser à la prononciation, l’intention et la justesse. Ça prend du temps !

D’album en album, on note les progrès exceptionnels réalisés, que ce soit au chant ou dans la technique instrumentale en générale, mais quelle est la chose dont vous êtes le plus fier sur ce nouvel opus ?

On est fiers de l’ensemble du disque sans réelle préférence mais on ne parle sans doute pas assez du gros travail réalisé en partie par Aurélien et Antoine sur les samples électroniques qui apparaissent tout au long de l’album. Voilà qui est fait.

En live, vous ne jouez plus de morceaux du premier album. Est-ce toutefois une façon de le « renier », pour mettre en avant votre nouveau style, celui abordé depuis Mystar ?

On en joue plus car ça ne représente plus vraiment ce que l’on fait maintenant et parce que les nouveaux titres se prêtent beaucoup plus au live. Les autres aimeraient certainement jouer des anciens titres mais je trouve qu’ils ne sont plus à la hauteur en live personnellement. Je ne renie rien, j’aime encore tous ces titres que l’on a écrit mais ça ferait sacrément bizarre de les mêler aux nouveaux titres ! Les morceaux du premier album appartiennent à une autre époque, on a vieillit et nos envies ont changé depuis.

Vous avez également complètement abandonné le chant en français ?

Le chant en français était un essai. Je ne regrette pas du tout de l’avoir fait, c’est différent, ça ouvre de nouvelles perspectives. Ce fut intéressant de travailler sur des textes en français et essayer de les mêler à la musique, ce fut une bonne expérience qui se poursuivra peut-être un jour sur un mini-titre ou dans un autre projet, mais ce n’est absolument pas à l’ordre du jour !

Est-ce que les portes à l’international commencent à s’ouvrir ?

Nous verrons, elles se sont déjà ouvertes une fois et nous avons loupé le coche. Peut-être qu’elles s’ouvriront à nouveau si nous nous décidons à nous mettre à la recherche de la clef, mais le voulons-nous vraiment et à quel prix ?

Emodays Production vient de fêter ses 10 ans, mais comment est-ce que tout a commencé ?

On voulait organiser des concerts pour nos potes et pour notre groupe de l’époque. On a monté une asso à plusieurs et avons commencé rapidement à organiser des concerts de groupes étrangers plutôt connus. Je gardais ça en stand by en parallèle de mes études puis de mes divers premiers boulots. A un moment, je me suis retrouvé sans opportunités d’embauche et j’ai décidé de m’y consacrer à plein temps, aujourd’hui c’est devenu mon job.

Quel est selon vous LE prochain groupe français à suivre de près ?

Je n’en ai aucune idée, il y a beaucoup de groupes potentiellement intéressants mais il est difficile de détecter lequel sortira du lot. Certainement celui qui bossera le plus, qui bénéficiera le plus du facteur « bon moment/bon endroit » et qui, surtout, ne splittera pas avant tout ça.
Il faudrait aussi que quelqu’un se décide un jour à monter un label en France, c’est tout à fait réalisable et ça permettrait à cette scène qui voit mourir ses groupes, fautes de structures, d’exister un peu plus dans le paysage international.

Que réserve le futur pour Fallaster ? Un prochain single ? Déjà des idées pour un 3ème album ?

Beaucoup, beaucoup de choses en tête ! Le temps nous le dira ! En attendant, on sortira notre vidéo live avant la fin de l’année.

Enfin, puisque je vous sais autant fans de Saosin que moi, s’il y avait un message que vous aimeriez faire passer au groupe, que dirait-il ?

Je vous aime comme un fou, j’ai monté Emodays Production pour vous rencontrer un jour, je chante dans Fallaster pour faire votre première partie (je double ainsi mes chances de vous rencontrer), revenez, reprenez Cove et je vous donne tous mes sous pour vous faire jouer. P.S.: Si vous ne le reprenez pas, je veux bien auditionner pour me prendre une bonne branlée.
Merci !

Interview réalisée par Sylvain Lalauze.

Album Disclosing actuellement dans les bas :

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