Live Report : Download Festival France – Jour 1

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Dieu seul sait qu’il se sera fait attendre pour son exportation en France, le bougre. Pourtant, c’est bien le 10 juin 2016 qu’a débuté la nouvelle réunion française (et plus encore) des metalheads au sein de l’Hippodrome de Longchamp. Véritable nouveau lieu de pèlerinage pour chevelus et tatoués en tout genre, le Download Festival s’imposait directement comme un incontournable de par son statut neuf et surtout sa programmation alléchante en tout point. Retour sur ces trois jours de fantaisie au nouveau bastion de la scène metal en Île-de-France.

Journal de bord, 10 juin 2016. Hippodrome de Longchamp - Paris.

Si je peux définir cette première édition du Download Festival français dans ce qu’il incarne, ce serait en termes de voyage temporel. Tout au long des trois jours, la programmation jouera l’ascenseur émotionnel et le portail vers d’autres époques du rock et du metal revisitées avec une fluidité dingue, peut-être même un peu trop diront certains, faute à un enchaînement d’artistes huilé au possible, ne laissant que peu le loisir au fan le plus curieux de découvrir l’ensemble des concerts sur les scènes principales sans avoir à écouter son show en cours.

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Le rythme pris, la mise en jambes faite : Allons-y! C’est la bande révélation metal/hardcore américaine Beartooth, portée par le charismatique et à fleur de peau Caleb Shomo qui a le privilège (ou la place ingrate, au choix) de donner le coup d’envoi et de signer la première escale de cette Odyssée. On regrettera de ne pas avoir pu assister à leur mise à la mer et par conséquent à l’entièreté de la pose de leurs tripes sur les planches en se rattrapant sur notre galerie photos ou le généreux streaming d’Arte.tv. Hippodrome en cours de peuplement, foule encore en rodage, pourtant le groupe de Shomo mettra le paquet et enverra ce qu’il a dans le ventre malgré les contraintes logistiques et un réglage du son très perfectible. Puisant tour à tour dans son premier et son second album ses néo-hymnes hardcore, Beartooth vient conquérir son titre de prince du hardcore actuel avec un florilège saturé aussi percutant qu’accessible et viscéral qu’on le connaît au format studio. Le bon capitaine Shomo a beaucoup à extérioriser, Beartooth son exutoire et la scène son confessionnal. Avec une émotion aussi incisive que les crocs d’un loup, Beartooth nous rappelle à quel point la scène moderne possède aussi ses perles d’authenticité qui vivent leur son de manière jusqu’au-boutiste et sans concession. Une hâte : recroiser leur route prochainement.

  1.  The Line
  2.  Aggressive
  3.  Hated
  4.  Beaten in Lips
  5.  Loser
  6.  Always Dead
  7.  In Between
  8.  Body Bag

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Prochaine escale, la France de la fin du siècle dernier jusqu’à aujourd’hui en compagnie des frères Duplantier au sein de la machine de guerre tricolore : Gojira. Huit longues années séparaient ma dernière rencontre sur scène avec les experts cosmiques nationaux du thrash/death, huit années que Gojira avait laissé un souvenir immortel et indélébile, tatoué dans ma mémoire en nuances de noir et gris. Le premier constat est que malgré le temps, le son du kaïju français est toujours aussi destructeur, quitte à en faire trembler le bitume derrière la scène et c’est ça qu’on aime retrouver chez la bande des Duplantier : un sentiment de surpuissance titanesque, véritable cataclysme naturel impossible à contenir, à l’image de leur nouveau disque : un magma mutant, menaçant et en perpétuelle fusion. Plutôt que de tomber dans les pièges de la promotion facile, Gojira prend beaucoup de plaisir à revisiter l’intégralité de son répertoire de manière à fêter dignement, à la surprise générale, l’anniversaire des 20 ans du groupe. Nous étions là pour voir le lézard rugissant, nous avons vu un hommage à une brillante carrière de deux décennies et qui n’est pas prête de s’arrêter, c’était le 10 juin 2016, et c’était le concert anniversaire de Gojira. Propre, respect, le groove de « The Heaviest Master of the Universe » rencontre celui de « L’Enfant Sauvage » et « Toxic Garbage Island » avant de présenter le potentiel des nouvelles « Silvera » et « Stranded ». Joyeux anniversaire Gojira.

  1. Toxic Garbage Island
  2.  L’Enfant Sauvage
  3. The Heaviest Master of the Universe
  4.  Silvera
  5. Stranded
  6.  Flying Whales
  7. Wisdom Comes
  8. Backbone
  9. Terra Inc.
  10.  Explosia
  11.  Vacuity

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Prochain arrêt : 2001. Sans forcer, la bande de Chino Moreno n’a besoin de rien d’autre que sa présence et du charisme de son chanteur pour embarquer tout le monde. Décoloré d’un blond à l’ancienne, que notre Luca national aura tenté de reproduire après un vilain échec (bises), Chino n’a rien perdu de sa fougue d’antan, seuls les quelques kilos persistants seront le vestige du poids des années. Deftones possède sa place au panthéon des intouchables, aujourd’hui au Download Festival, ils n’ont plus rien à prouver mais se donnent comme en 1994. La simple vue des platines de Frank Delgado manipulée par ses doigts de fée suffit simplement à projeter un profond sentiment de nostalgie d’une époque où les groupes de fusion étaient prolifiques. Les frasques scéniques de Moreno derrière son micro l’emmèneront au traditionnel mais toujours aussi sensationnel bain de foule. L’humain est au cœur de la relation qu’entretiennent les artistes avec leur public depuis l’ouverture des hostilités en début d’après-midi et Deftones vient y mettre un point d’honneur. Brassant leur riche discographie, le constat s’impose : les anciens titres ont toujours plus d’impact et nécessairement une plus grande valeur personnelle et émotionnelle que les anecdotiques extraits de Gore. Que ce soit le début de show sur les notes de « Be Quiet and Drive », « Rocket Skates », « My Own Summer », les moments forts de « Swerve City », « Knife Prty », « Digital Bath » ou l’explosive « Engine No.9 » en guise de conclusion saupoudrée d’un peu de Cypress Hill (« How I Could Just Kill a Man ») suffisent à Deftones pour déchirer le portail temporel dans lequel nous sommes engouffrés, retour en fin des années 90 et début 2000 assuré et a failli voler, de très peu, la tête d’affiche aux anglais d’Iron Maiden, vraiment à un cheveu. Malgré les quelques hérésies qu’on pourra entendre le lendemain au milieu de la foule : « Deftones, on m’a vendu ça comme un truc fou et c’était à chier. » Arrête, illustre inconnu au t-shirt Tool, tu ne sais pas. Arrête, mais j’y reviendrai dans un autre papier plus adapté. Deftones c’était grand, j’avais 16 ans à nouveau et c’est beau.

  1. Rocket Skates
  2. My Own Summer (Shove It)
  3. Be Quiet and Drive (Far Away)
  4. Swerve City
  5. Rosemary
  6. Diamond Eyes
  7. You’ve Seen the Butcher
  8. Prayers/Triangles
  9. Digital Bath
  10. Knife Prty
  11. Change (In the House of Flies)
  12. Rubicon
  13. Engine No. 9

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Vient le temps de décrocher et de prendre connaissance des lieux. Le Download ce n’est pas uniquement un enchaînement quasi-usiné de concerts, c’est aussi un paquet de stands donnant des allures de fête foraine joyeusement décalée. Ravitaillement en tout genre et pour tous les goûts, barbier et tatoueurs, merchandising au personnel charmeur et charmant tandis que les papas Anthrax entonnent les notes de leur reprise de notre « Antisocial », fidèle à sa réputation, le monstre du Big Four met du cœur à toujours mettre le feu où il passe.

La marée humaine s’épaissit, le vent est favorable. Oi! Le pavillon anglais est hissé, l’air a une saveur de 1975. Nous échouons en terre hostile au décor sud-américain du temps des grandes civilisations bien à l’image du concept de The Book of Souls, le dernier album d’Iron Maiden. La tension monte lorsque le sampler lance la traditionnelle « Doctor Doctor » d’UFO. Le public comprend, le public s’embrase, les choses sérieuses commencent. Animations sur les écrans latéraux, décor scénique chargé et technique au poil, les légendaires britanniques du heavy débarquent avec un Bruce Dickinson remis de sa récente convalescence. La tête d’affiche est là et tient à faire savoir qu’elle est reine ce soir, reine de la scène, reine de la soirée, reine du metal. Vague après vague, le show d’Iron Maiden est une mer dans toutes ses humeurs avec ses longs instants progressifs de contemplation où seule la musicalité règne avant de repartir dans d’immenses tourments purement heavy menés tambours battants par le captain Dickinson. Pyrotechnie, costumes en tout genre, interaction totale avec son public, Iron Maiden tient là un spectacle de grande envergure tel un orchestre chroniquant la grandeur et la décadence des grands Empires. C’est dans un français impeccable que la pile électrique survolée qu’est l’emblématique chanteur et frontman de la bande s’adressera à ses adeptes, tour à tour gourou, orateur et meilleur ami de son peuple, Dickinson laisse un discours emprunt d’humour et d’émotion à l’arrière-goût de testament, impression sur laquelle j’espère fortement me tromper. A quelques semaines encore du Brexit, le chanteur de Maiden proclamait déjà la fin inéluctable des Empires modernes sur le modèle des anciens, comme en témoigne ces jours-ci la fêlure de l’Europe et du Royaume-Uni en interne. La fin d’une ère, le début d’une nouvelle ? Ce qui est certain, c’est que personne ne semble prêt pour la fin d’Iron Maiden. Sans surprise, le concert des Anglais s’articule autour de leur dernier disque, ponctuant avec suffisamment de piment que sont des titres comme « The Trooper », « Powerslave », « Fear of the Dark », « Iron Maiden », « The Number of the Beast », l’émouvant hommage à l’un des plus brillants acteurs de tous les temps Robin Williams sur la pertinente « Tears of a Clown » ainsi qu’aux victimes des tristes événements du Bataclan en novembre dernier via « Blood Brothers »… Car oui, ce soir-là, peut-être plus que jamais, nous étions tous frères de sang et c’est une notion que nous devrions continuer à perpétuer. Depuis 41 ans, Iron Maiden est une claque intégrale et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Le voyage du jour s’arrête sur les notes encore retentissantes de « Wasted Years », le départ accompagné de « Always Look on the Bright Side of Life » des Monthy Pyton, Maiden a fédéré, Maiden a rassemblé, Maiden a vu, est venu, a vaincu. Ce 10 juin, la bande menée par Dickinson a fait rêver éveillée plusieurs milliers de personnes. La route reprendra le lendemain avec la suite des hostilités, pour l’heure le repos du guerrier d’impose.

  1. If Eternity Should Fail
  2. Speed of Light
  3. Children of the Damned
  4. Tears of a Clown
  5. The Red and the Black
  6. The Trooper
  7. Powerslave
  8. Death or Glory
  9. The Book of Souls
  10. Hallowed Be Thy Name
  11. Fear of the Dark
  12. Iron Maiden
  13. The Number of the Beast
  14. Blood Brothers
  15. Wasted Years