Live Report : the GazettE @ Le Zenith – Paris (03/06/2016)

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Plus de trois ans séparaient la dernière venue des stars japonaises du visual kei, the GazettE, et cette nouvelle réunion avec le public français dans le cadre du Zenith de Paris. Venus défendre leur dernier album conceptuel et carton complet, DOGMA, les cinq « gazemen » rassemblent-ils et déchaînent-ils les passions encore autant qu’il y’a quelques années alors que la mode du rock japonais est retombée dans nos contrées ? La bande de Ruki a donné une réponse complète et incisive sur les planches de la salle parisienne.

Rapide retour sur les quelques frustrations organisationnelles qui soulèvent encore de nombreuses interrogations, notamment sur la réquisition de la fosse uniquement pour les détenteurs d’un billet VIP (Rou Reynolds a beaucoup à dire sur le sujet), délaissant un certain arrière-goût de séparation forcée des classes sociales selon l’ancien modèle. On pense également au sabotage organisé pour les photographes des médias présents ce soir-là qui se sont vus êtres cloîtrés dans les plus hauts gradins derrière la console de mixage sans avoir le droit de bouger, évidemment servi par un éclairage d’une qualité immonde et d’une utilisation abusive de fumée durant uniquement les trois premiers titres du show, soit la durée légale pour nous laisser shooter le groupe.

Soit, acceptons. Une pratique bien étrange mais acceptons avec le sentiment de ne pas voir cela s’étendre à d’autres artistes/concerts dans les semaines à venir ou on sera forcé de constater que le rock a perdu une belle bataille dans l’organisation de ses rencontres avec le public.

Les lumières s’éteignent et résonnent les notes baroques remixées au drum’n bass testostéroné et saupoudré d’une dubstep agressive de la piste d’introduction instrumentale de ce concert, « NIHIL » ouverture du dernier album du groupe, DOGMA. the GazettE se tient fièrement face à son public, dans la brume épaisse et les lumières aveuglantes. Le groupe démarre les hostilités sur « DOGMA », titre éponyme et l’une des claques évidentes de leur dernier disque avec un enchaînement fluide vers les deux autres pistes. Même si les lumières ne permettent de distinguées que cinq silhouettes, the GazettE pose avec l’enchaînement de « DOGMA »/ »RAGE »/ »VORTEX » l’ambiance de toute la soirée qu’ils mèneront tels des capitaines à travers une tempête aux humeurs terrifiantes. A la fois pesante, brutale et énergique, la musique de the GazettE a su passer par une remise en question identitaire depuis quelques années avant de se retrouver définitivement dans ce que le groupe maîtrise de mieux : les ambiances et la violence.

Des notes lentes et stoner au rock énergique à un metalcore dévastateur, guttural et sous-accordé, les cinq Japonais passent en revue leur répertoire plus récent au profit d’une tension et d’un rythme soutenus sans jamais laisser place à l’ennui. Ruki, frontman charismatique et chanteur, agira en véritable chef d’orchestre, vêtu de sa tenue noire digne d’un mage obscur ensorcelant son assemblée saura tenir en haleine son auditoire pendant 1h30 avec une communication présente entre le groupe et son public déjà bien chaud. Une prestation notamment inspirée par le modèle metal occidental où il sera demandé à de très nombreuses reprises de « jump the fuck up! » (Corey Taylor n’est pas loin, ce soir.) Les hits s’enchaînent sans véritable temps mort, the GazettE témoigne là d’une véritable démonstration de force en piochant ce que le groupe a fait de plus taillé pour la scène dans ses plus récents efforts.

Le groupe surprend par sa mise en scène et ses jeux de lumières intelligents faisant tour à tour disparaître et apparaître le chanteur, Ruki, dans un halo de lumière bleuté rappelant à quel point l’esthétique et la poésie sont une dimension primordiale dans le visuel scénique d’un groupe comme the GazettE. Si l’on peut dénoter une certaine timidité de la part des musiciens AOI (blessé comme on l’apprendra plus tard en soirée) et Uruha pendant la première partie du show, Ruki ce héros, s’en donne à cœur joie quand il s’agit de smurfer sur les notes groovy de « FADELESS » ou le mix drum’n’bass introduisant « DRIPPING INSANITY », incarnant un pantin désarticulé avec « BIZARRE », jusque dans l’ambiance plus posée et voulue par « OMINOUS » pièce-maîtresse de l’album DOGMA et sûrement un des meilleurs morceaux de la discographie de la bande. Salle plongée dans le noir, lumière discrète et tamisée de rouge, le mage noir et chanteur parcourt lentement la scène d’un bout à l’autre avec un encensoir, mysticisme assuré et aura gothique définitivement ancrée au service d’une pièce musicale progressive toute en montée de puissance où le paroxysme sera la mise à mort de ce même encensoir, éclaté au sol. Émotion.

Du désormais classique, the GazettE connaît et donne avec « VENOMOUS SPIDER’S WEB » et son sample de voix machinal repris en chœur par une foule déchaînée, « DERANGEMENT » et ses chœurs connus par-cœur et entonnés par les adeptes du ‘Gazerock’  alors que les plus récents « Ugly » (sûrement le titre le plus brutal de la soirée planquée quelque part dans la lourdeur du Slipknot d’Iowa et de Maximum the Hormone) et « Undying » (alimentée par un blastbeat en guise de passage à tabac), dans la poursuite du concept de DOGMA tentent d’achever un Zénith furieux avant de lâcher la bête « FILTH IN THE BEAUTY ». Classique parmi les classiques du groupe, avec laquelle votre plume, ci-présente, s’est achevée sur ce groove destructeur et son breakdown anthologique.

Après une très longue attente, typique des groupes de visual kei, le rappel a lieu pour cloturer cette soirée. Composé de la rock’n’roll « HYENA », la non-moins dynamique et habituelle « COCKROACH », le rappel de the GazettE se ponctuera de la plus belle des manières sur les notes positives « Tomorrow Never Dies », extrait de leur album TOXIC, première chanson du groupe à aborder aussi explicitement le thème du suicide. Message ouvert à l’assemblée, c’est certain, le public de the GazettE ne se sentira plus jamais seul après cette soirée.

Ce 3 juin, le Zenith nous aura fait passé une heure et demie de show en compagnie des patrons de la scène visual kei qui confirment leur statut sur scène. Après 14 ans de carrière, la bande originaire de Kanagawa n’aura peut-être rempli que de moitié cette salle mythique parisienne et additionné certaines gaffes organisationnelles, indépendantes de leur volonté tâchons de croire… Il en reste cependant que leur show était solide, servi par une set-list exemplaire en béton armé, juste ce qu’il faut de fan-service et un ton résolument violent parfois apaisé par une ambiance gothique et sensuelle propre au groupe. Aux portes de mes trente ans, un groupe comme the GazettE aura réussi à encore me faire groover dans mes Vans usées à travers une soirée électrique où l’ambiance et la compréhension du public européen auront été les données les plus importantes. the GazettE, je vous tire noblement mon chapeau.

Julien-K

Setlist :

  • NIHIL
  • DOGMA
  • RAGE
  • VORTEX
  • FADELESS
  • VENOMOUS SPIDER’S WEB
  • BIZARRE
  • DRIPPING INSANITY
  • OMINOUS
  • THE SUICIDE CIRCUS
  • DERANGEMENT
  • UGLY
  • UNDYING
  • Filth in the Beauty

ENCORE

  • Hyena
  • Cockroach
  • TOMORROW NEVER DIES