Retro Chronique : Mad Fret – Smash The Lie

, Le

Si la Corée est surtout réputée pour ses innombrables groupes de k-pop, ses groupes alternatifs le sont bien moins. Et pourtant, c’est avec d’excellents groupes comme THE CRESCENTS (melodic black/death) que sa scène metal est silencieusement représentée. Méconnue, les groupes les plus ‘célèbres’ chez les amateurs de musique underground sont en majeure partie issus d’un milieu extrême (black, death, …); mais quelques groupes plus légers dans leur approche du rock/metal parviennent aussi à se frayer un chemin dans les oreilles de certains connaisseurs. Pour fêter notre première retro chronique, on revient aujourd’hui sur l’un de ces groupes, Mad Fret, et son album Smash The Lie, sorti en 2008 et classé hardcore/nü metal/psychedelic rock. Et si, finalement, l’une des plus belles sorties du genre venait d’un pays où les boys-bands accaparent l’actualité à l’étranger ?

Mad Fret, aka 5 femmes prêtent à en découdre avec un genre trop peu et rarement représenté par la gente féminine, est un groupe de plus de 10 ans d’activité à la carrière particulièrement mouvementée, mais n’excusant pas pour autant les importants changements de line-up ayant empêché le groupe de vraiment décoller. Retour en 2000, où Mad Fret apparait pour la première fois sur la compil’ Queen Teenage Visual avec le titre « In Heart of Soul », où officiait une première chanteuse. Un titre devenu rare sur la toile, et pour cause, les quelques possesseurs de cette compil’ ou de ce titre sont considérés comme d’énormes fans par les membres du groupe. Coup de bol pour moi, j’en fais parti ! Rappelons qu’en adéquation avec le titre de cette V.A., Mad Fret a commencé sa carrière en tant que groupe de visual-kei qui, pour ceux qui ne connaissent pas, est un mouvement japonais où l’apparence (visuel, visual) est aussi important que la musique, et apporte une nouvelle dimension scénique aux représentations. Mouvement qui, en 2000, commençait tout juste à faire naitre les plus grands noms du genre comme Dir en Grey, kagerou, ou encore D’espairsRay.

Quelques années plus tard, en 2007, le groupe donna naissance à un premier EP éponyme. Très prometteur, c’est juste après la sortie de ce CD que la chanteuse quitta le groupe et fût remplacé par la belle Jinah, anciennement choriste pour le groupe de metal extrême Oathean. Et là commença l’apogée du groupe, s’éloignant par la même occasion de l’étiquette visual-kei même si, régulièrement, Jinah assumait encore les codes vestimentaires extravagants du genre. Rapidement, le nouveau line-up se mit au boulot et, un an plus tard, sortit des studios avec l’album Smash The Lie, véritable bijou rock/metal coréen.

Malgré sa sortie en 2008, Smash The Lie contient tous les éléments d’un genre regretté par des millions d’auditeurs issus de la génération 90, le nü metal. Des sonorités que nos cinq demoiselles portent étonnamment avec réussite; rares étant, à ma connaissance, les groupes de nü féminins. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que grâce à un certain mélange avec un hardcore assez soft et un rock psychédélique hypnotisant, Mad Fret n’est pas un simple groupe ‘à la nü’, plusieurs approches distinctes du genre composant cet album.

Le premier, c’est l’alliance agressivité et féminité donnant dans le ‘classiquement metal’, et lancé par le morceau d’introduction de l’album. Entre chant énervé, envolées lyriques, growls et riffs tantôt électriques tantôt ravageurs, « Smash the Lie » est un parfait résumé des capacités du groupe. Un bon morceau d’intro, donc. Dans la même veine, on retrouve « Madly Fretting », un titre un peu plus mélodique mais non moins calme. Et de la mélodie, nos cinq Coréennes savent comment en faire. Seconde approche donc avec des morceaux comme « Shot Me », « Everybody Is Dying » ou encore « Breath » qui, même s’ils gardent une base soft hardcore, se permettent quelques écarts vers, justement, le psychedelic rock. Une bonne raison de pouvoir dire que Mad Fret n’est pas simplement un groupe de metal féminin comme il en existe des centaines. Pourquoi me demanderez-vous ? Et bien pour la simple et bonne raison que Jinah est une chanteuse hors pair en parfaite alchimie avec les musiciennes derrière elle qui produisent un résultat absolument dantesque. Je dois avouer avoir énormément de mal avec les groupes metal ayant une ‘frontgirl’ au chant, et mes amour dans le genre se comptent sur le doigt d’une seul main. Et pourtant, cette chanteuse en particulier m’a marqué.

Car Jinah n’est pas seulement une bonne chanteuse, elle est aussi à l’aise sur beaucoup de sonorités différentes dont le nü metal. Nous arrivons donc à la troisième et dernière approche du genre avec « S.W.A.K. », « SSS » et « Guillotine », les titres les plus percutants de cet album. Sans être particulièrement violent, la dureté des phases hip-hop donne un certain côté Guano Apes à ces compositions, sans pour autant flirter avec la dureté d’un rapcore. On notera aussi un apport en discrètes sonorités électroniques sur, entre autre, « Tyrant » et « D.O.I. », offrant un certain punch à l’album sans pour autant l’alourdir. Si l’on pourrait croire que le groupe touche à tout sans avoir sa propre personnalité, et bien il en est tout autre. Car Mad Fret a justement trouvé sa voie, tout en ayant malheureusement perdu sa voix. Impossible de trouver un groupe similaire, ici on parle de vraie personnalité et de propre personnalité. Entre rock et metal, ces nanas ont réussi à trouver un savant mélange de violence et de mélodie, en ayant pour majeure influence le metal alternatif. Du côté instrumental, pas de grosse surprise, le jeu n’est pas vraiment technique, assez peu recherché il faut l’avouer, mais terriblement efficace. Comme quoi la simplicité peut aussi avoir un certain charme.

Là où Smash The Lie déçoit vraiment, c’est sur sa durée. 11 pistes, 36mns. Quand chaque titre est une merveille, il est dur d’en voir venir les dernières notes, surtout quand un tel bijou se termine avec un titre comme « In The Moonlight », un morceau d’exception où la chanteuse se lâche à un ‘let me suck you in the moonlight‘ des plus excitants. Il est encore plus dur de se dire que cet album sera le seul où Jinah chantera, puisque celle-ci, à mon plus grand désarroi, ne fait plus parti du groupe. Et sans elle, Mad Fret n’est pas Mad Fret.

En bref, n’y allons pas par 4 chemins, Smash the Lie est un pur chef d’œuvre digne de figurer au panthéon des meilleures sorties ‘visual-like, et pas que. Chaque piste est un réel cadeau, et l’on parcourt l’album de bout en bout sans s’ennuyer une seule seconde. Un album dont le seul défaut serait de m’avoir profondément fait aimer une voix que je risque de ne jamais réentendre. Un album qui me remplit le cœur à chaque écoute, le laissant vide quand il se termine. Le genre de CD auquel je suis impossible de trouver de réel défaut. Mais tant pis, j’espère qu’il vous touchera comme il l’a fait avec moi ! Dans tous les cas, il s’agit d’une solide release qui saura au moins ravir quelques auditeurs.

Note du rédacteur : etoile4edemie

Les + :

  • La petite touche électronique
  • Alliance de douceur et de hardcore
  • Psy. rock + nü = jackpot
  • Jinah, tout simplement par-faite

Les – :

  • Trop court
  • Le premier et dernier CD du groupe avec Jinah