Retro Chronique : Monroe est Morte – Monroe est Morte

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Perdu, il ne s’agit pas d’un album à titre posthume de la célèbre Marilyn Monroe ! Ici, on parle d’un groupe ayant rendu, le temps d’un album, ses lettres de noblesse au rock avec un grand R. Car comme chacun le sait, le ‘rock français’ a été dernièrement et malheureusement affilié à des groupes comme BB Brunes ou Plasticines n’ayant, objectivement, aucun intérêt pour notre patrimoine culturel; au contraire de groupes regrettés comme, par exemple, Noir Désir. Et bien avec Monroe est Morte, sorti en 2008, c’est un véritable OVNI aux sonorités survoltées, dont chaque note se dessert furieusement dans nos oreilles, qui nous est offert. S’ils ont opté pour le choix certes banal de l’album éponyme, Monroe est Morte est tout aussi inoubliable que le nom du sex symbol qui l’accompagne. Retour sur un album qui aura, en 3 jours, démonté le top de Fnac Music en se plaçant second. Du jamais vu pour un album entièrement autoproduit.

Monroe est Morte, c’est l’aventure de 4 Lillois ayant baigné tout petit dans le rock britannique des années 70 à 80, dont un que vous connaissez forcément, puisqu’il s’agit de Poun, chanteur aigu et fondateur des Black Bomb Ä ! Pour ceux qui ne connaissent ni l’un ni l’autre, et bien il s’agit d’un chanteur tout simplement exceptionnel, aux excentricités vocales hors-normes, et d’un des plus célèbres groupes de punk/metal/hardcore français. S’ils planchèrent pendant quelques heures sur le nom de la formation en cherchant ‘quelque chose qui sonnait rock’, c’est sur l’icône blonde de l’Amérique des années 50 qu’ils s’arrêtèrent car ‘c’est un nom que l’on oublie pas‘. Et bien leur musique non plus. Cocktail détonnant de mélodies rock’n’roll sauvages à base de riffs électriques inspirés, entre autre, par le power rock et le stone rock, Monroe est Morte s’offre une musique décomplexée et surtout déjantée, bien loin de ce que l’auditeur lambda pourrait écouter en rock habituel.

Pas d’intro inutile ni de blabla, l’album débute en grande pompe sur un premier titre portant très bien son nom, puisque « L’éveil » fait preuve d’une énergie à réveiller les morts. De quoi faire passer un simple 10.000 volts pour une douce caresse ! Les titres s’enchainent à une vitesse fulgurante dans un style similaire dont « Aime Moi, Hais Moi » et « Un Jour ». Encore une fois, ce sont des morceaux très audacieux dans leur attache à la scène rock, très loin de la ‘pop’n’roll’ de beaucoup d’acteurs de la musique française, si bien que l’on meurt d’envie de leur attacher l’étiquette ‘heavy rock’ au cou. Mais techniquement, difficile de ranger le groupe dans une case. Si ces premiers titres sonnent déjà le glas d’un paysage ludique au rock insipide et actuel pour l’époque, c’est parce que les textes sont travaillés, parfois avec humour, parfois avec un peu plus de sérieux, tout autant que les compositions qui brillent par leur originalité et leur culot. Quand l’heure était aux groupes rock niais et pop-ish, Monroe est Morte se voulait être le côté sombre d’une scène laissée dans un état assez pitoyable.

Viennent des titres un peu plus légers comme « Oser » doté d’un petit côté groovy, et « A toi d’accepter » et son fameux ‘je ris, j’oublie, je pleurs, je meurs de temps en temps‘ qui résume en quelques mots l’état d’âme de bon nombre d’entre nous. Mais aussi un titre aussi court qu’il est rapide et explosif avec « Addict », et ses paroles quasiment incompréhensibles pour beaucoup. Une sorte d’interlude musicale où ‘fracasser ma voix sur des riffs qui me rendent électriques, pour d’autres ça peut paraitre con, mais pour moi c’est thérapeutique‘. Quand je vous disais que les textes étaient brillants… Vous me croyez maintenant ?

Vous aurez, je l’espère, rapidement remarqué que LE point fort de Monroe est Morte est son amour pour le français. Poun nous ayant habitué à brailler en anglais dans BBÄ, on l’imaginait mal écrire des textes en français (bien qu’une de leurs plus anciennes demo ait été enregistrée en français…) et encore moins à vraiment chanter dans la langue de Molière. Et bien pour le coup, non seulement ses textes tiennent vraiment du génie simpliste, mais l’originalité de sa voix donne aux compositions une pure singularité. Si cette même voix pourrait rebuter quelques personnes, il faut avouer que notre petite pile électrique gère son chant à merveille, qui se permet même quelques hurlements des plus intéressants sur des titres déjà très puissants. Avec « Parano », dont le clip est paru sur Taratata (ce n’est pas rien), c’est une véritable déferlante de riffs électriques et mélodiques qui s’abat sur nous. Si le terme virtuose vous est inconnu, et bien vous venez d’en trouver… Et bien entendu, le chant donne énormément de charme à l’ensemble. Un véritable coup de cœur si tant est que l’on est prêt à accepter les extravagances vocales.

Les morceaux les plus enragés, dont « L’ivresse du Vice » et « Se Taire » ne manquent pas de sensations fortes et envoient du gros son à faire saturer les amplis des musiciens. S’ils pourraient être les morceaux les plus ‘violents’, « Superhero » met tout le monde d’accord en étant l’une des trois bombes de cet album. Ce qui me vient à l’esprit quand j’écoute ce morceau ? ‘Prends ça dans ta gueule’, tout simplement. Et si vous vous demandiez quelles sont les autres tueries de Monroe est Morte, ne vous inquiétez pas, ça arrive.

« Nihiliste », un titre peu étonnant pour un chanteur influencé par le punk et son système anarchique. Les premières notes se veulent lentes, assez lourdes, avec un chant très posé. Ce sera sans oublier que l’on est face à un groupe de furieux que les secondes passent et accélèrent le morceau pour déverser toute la rage de nos Lillois et surtout de Poun, qui se laisse aller à des hurlements pour une fois assez graves ! Difficile d’expliquer ça sur papier, mais le mot ‘baffe’ n’est jamais loin de mes pensées. Et comme tout album, la ballade acoustique est de mise avec « Scénario Vedette »  et ses 8 merveilleuses minutes. Le sens du mot ballade n’étant pas forcément le même pour eux que pour les autres, le groupe nous offre un final absolument magnifique et surtout très touchant. J’irais même jusqu’à vous avouer que les larmes me viennent aux yeux quand les dernières notes résonnent dans ma tête.

Tout simplement parce que Monroe est Morte fait parti de mes 3 albums favoris de tous les temps tout genre confondu. Et comme pour Smash The Lie (voir notre chronique), il s’agit du seul et unique album du groupe qui l’a écrit. D’un côté, c’est un album qui restera à jamais unique en son genre, ce n’est peut-être pas plus mal… Quant à sa qualité, et bien, l’album est juste dantesque, parfait sur tous les points. Pour un premier jet, ce fût une véritable perte que de voir Monroe est Morte se séparer peu de temps après sa sortie, surtout lorsque l’on sait que le second album était déjà prévu… C’est moche de dire ça, mais j’aurais préféré que Poun mette fin à son bébé BBÄ pour continuer l’aventure avec MeM. Vous pouvez maintenant me jeter des tomates, mais j’assume avec passion et amour mes propos !

Note du rédacteur :

Les + :

  • Des textes inspirés ET en français
  • De vrais musiciens talentueux
  • Un son travaillé, maitrisé, et original
  • Un chanteur extravagant à la voix exceptionnelle
  • Scénario Vedette, 8mns de pur bonheur

Les – :

  • Premier et dernier album du groupe…