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Chronique : DIGITAL NOVA – Orphelins

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Adepte de metal ‘conscient’ et surtout francophone, il était impossible de passer à côté d’Orphelins, second album de DIGITAL NOVA, jeune formation marseillaise sachant déjà ce qu’elle veut et surtout où elle veut autant emmener son public que sa musique. Il ne faut pas plus que quelques samples et une production léchée pour qu’Orphelins donne le ton et embarque l’auditeur, dès « Esclave et maître », titre d’ouverture. Le regard y est sombre, l’ambiance paradoxale, aérienne et pesante, comme si Deftones rencontrait No One is Innocent, sublimée par la langue française dont la plume jouit d’un champ lexical autant varié qu’imagé. Car oui, la force de DIGITAL NOVA, en plus de situer sa musicalité exquisement fusionnée entre old et new school réside bien dans la qualité de son écriture déployée par un rap lent, articulé et compréhensible ce qui accorde une véritable efficacité à chaque mot qui claque et chaque rime qui cogne (« Sous les cris », « La peur »). Pourtant, Orphelins ne se noie à aucun moment dans la litanie soporifique grâce à assez de soubresauts énervés, même très violents (« Le monde est beau » et ses 3 minutes sans relâchement) pour garder l’auditeur attentif, voire même rêveur au long de 40 minutes aussi obscures qu’épurées. Orphelins semble être une expression véritable d’un spleen urbain (« La peur », « Pas assez »), d’une collection de désillusions propre à la génération post-Cobain et même si DIGITAL NOVA ne tutoie pas (encore) les ténors du genre, il a suffisamment de personnalité, d’énergie et de rage à revendre pour se frayer un chemin parmi les plus bruyants… ce qui est d’autant plus intéressant quand l’artiste dit (crie) si bien son propos. Dans le plus propre héritage du metal français et de sa grande époque, DIGITAL NOVA, avec son deuxième album, apparaît aujourd’hui comme une sorte de d’air emprunt de nostalgie, effet Madeleine De Proust, en pied-de-nez véritable aux courants actuels et éphémères. Sans renier sa modernité, le groupe conjugue malaise générationnel, sentiment abandonnique, crise sociétale et perte de repaires suffisamment bien pour frapper juste et fort. Exécuté avec efficacité et servi par une écriture de qualité, même s’il s’accorde quelques apparences vieux-jeu, Orphelins gagne une classe résolument française et assez raffinée qui donne une saveur particulière à son metal plus cérébral. Intègres, les DIGITAL NOVA semblent être les gardiens sacrés du temple de la scène française et signent onze titres puissants et bien dosés. Orphelins est un disque à posséder impérativement si vous cherchez un groupe français de qualité, étrange et singulier, qui s’exprime dans la langue de Molière avec élégance et violence. Attention cependant à ne pas tomber dans la morosité trop appuyée pour la suite !

Julien-K

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